Brooklyn Follies de Paul Auster

Résumé de l’éditeur : Nathan Glass a soixante ans. Une longue carrière dans une compagnie d’assurances à Manhattan, un divorce, un cancer en rémission et une certaine solitude qui ne l’empêche pas d’aborder le dernier versant de son existence avec sérénité. Sous le charme de Brooklyn et de ses habitants, il entreprend d’écrire un livre dans lequel seraient consignés ses souvenirs, ses lapsus, ses grandes et petites histoires mais aussi celles des gens qu’il a croisés, rencontrés ou aimés. Un matin de printemps de l’an 2000, dans une librairie, Nathan Glass retrouve son neveu Tom Wood, perdu de vue depuis longtemps. C’est ensemble qu’ils vont poursuivre leur chemin, partager leurs émotions, leurs faiblesses, leurs utopies mais aussi et surtout le rêve d’une vie meilleure à l’hôtel Existence…

Paul Auster est mon auteur favori depuis l’adolescence. Chacun de ses ouvrages a laissé en moi une empreinte indélébile. Il y a des auteurs comme ça qui vous saisissent à chaque fois. Veuillez donc m’excuser si les propos qui suivent ne sont pas très clair! J’ai mis un peu de temps à entrer dans cette histoire et à bien cerner la situation. Une fois le récit bien mis en place, quel régal! Comme souvent, Paul Auster nous entraine ici dans un univers particulier fait de situations où le hasard et les coïncidences tiennent une grande place. Il nous présente également des personnages forts et hauts en couleur avec une humanité hors norme qu’il instille en eux et qu’il nous transmet.

Grâce à sa plume inimitable aussi efficace que profonde, Paul Auster déroule un récit réaliste à l’américaine. Le contexte historique est en toile de fond sauf à la toute fin où une vraie cassure dans l’histoire américaine contemporaine se produit. L’auteur développe la jolie idée de « l’hôtel existence » comme un lieu intérieur pour trouver refuge et apaisement. D’ailleurs, je crois que j’y penserais dès que j’aurais besoin de me ressourcer quelques secondes.  Son amour pour son quartier fétiche où il vit transparait à travers ces pages. C’est une véritable petite ville dans la grande où la mixité sociale est présente et où tout le monde peut trouver sa place.

Je suis tellement heureuse d’avoir retrouvé mon auteur favori. Après quelques pages, je suis totalement entrée dans l’histoire. Les personnages, leurs parcours avant et pendant l’intrigue m’ont beaucoup émue. A travers ces lignes, on ressent toute l’humanité de Paul Auster mais aussi son amour pour son quartier, Brooklyn.

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Fanny

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Une bonne école de Richard Yates

Résumé de l’éditeur : Septembre 1941, Connecticut. À la Dorset Academy, un campus sélect tout de vieilles pierres et de pelouses géantes, on entend former les fils de la haute bourgeoisie – parents et enseignants répètent à l’envi que c’est une « bonne école ». Pourtant, à son arrivée à l’internat, William Grove découvre l’envers du décor : lui, le fils nerveux d’un couple divorcé, se retrouve projeté dans un climat de « libido à l’état pur », ou les garçons les plus populaires règnent en maîtres. Même les professeurs ressemblent à des lions en cage – en particulier Jack Draper, invalidé par la polio, témoin impuissant de la liaison qu’entretiennent au grand jour sa femme et le prof de français. Et puis il y a Edith Stone, le fantasme de tous les élèves, qui est prête à vivre son premier amour…

C’est toujours avec enthousiasme que je commence un Richard Yates. Une bonne école est son avant-dernier roman. Dès les premières pages, celui-ci m’a déroutée et surprise. Nous sommes introduits dans un pensionnat pour garçons perdu dans la campagne américaine. L’auteur nous dépeint un portrait au vitriol, réaliste et parfois cruel de ces établissements où les rivalités, les humiliations et les petits ou grands drames sont courants. L’ambiguïté réside dans la nostalgie qui transparait parfois. Ceci est surement du à une forte part d’autobiographie car il faut savoir que Richard Yates a fréquenté une institution semblable dans le Connecticut.

Le lecteur assiste presque à un huis-clos où les élèves sont livrés à eux-mêmes et doivent faire leurs armes. C’est parfois un peu violent, glauque et inquiétant. Les professeurs sont à la fois à la traine et franchement névrosés. Ils ne semblent pas vraiment à la hauteur de la fragile réputation de cette école. Le monde extérieur et la Seconde Guerre mondiale font quelques incursions. Ce conflit parait d’abord lointain et irréel. En touchant certains élèves, il finit par devenir le sujet de toutes les conversations. Les éléments autobiographiques sont très nombreux. On les reconnait notamment en William, le principal protagoniste.

Ce court roman est assez particulier et différent de ce que j’ai pu lire précédemment avec Richard Yates. J’ai ressenti un réel intérêt à son égard mais il m’a laissée perplexe par son ambiguïté latente. J’ai surement oublié de parler de plusieurs éléments mais j’avoue que mon ressenti reste flou. Je serait curieuse de connaitre d’autres avis pour en discuter.

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Fanny

Une assemblée de chacals de S. Craig Zahler / Rentrée littéraire 2017

Résumé de l’éditeur : Après avoir tiré un trait sur leurs jeunesses de braqueurs et d’assassins, les quatre membres du “Gang du grand boxeur” mènent désormais des existences rangées et paisibles. Jim a si bien réussi à refaire sa vie qu’il est sur le point d’épouser la sublime fille d’un shérif. Mais un fantôme ressurgi du passé annonce qu’il compte s’inviter à la cérémonie et profiter de la fête pour régler de vieux comptes. La mort dans l’âme, les quatre anciens amis n’ont plus qu’à se donner rendez-vous au mariage, où il faudra vaincre ou mourir. Mais ce qui les attend dépasse de très loin tout ce qu’ils avaient pu imaginer…

Avec ce roman, j’ai totalement repoussé mes limites en matière de littérature. Par pure curiosité, je me suis retrouvée avec ce western entre les mains. J’ai entendu beaucoup de bien de la maison d’édition Gallmeister et notamment chez le Rouquin bouquine. Ma première incursion dans cet univers m’a beaucoup plu, je dois l’avouer. Tous les codes du genre sont réunis : une bande de repris de justice, une confrontation armée sous haute tension, des décors à la Sergio Leone, des détails vestimentaires typiques et de belles chevauchées au cœur des grands espaces américains. Je me suis plutôt amusée avec cette lecture.

Dès les premières pages, le lecteur s’attend à un face à face lors d’un mariage qui aura lieu sous peu. L’auteur brode donc autour de cet événement à venir et fait monter la tension petit à petit. Ceci nous laisse le temps d’apprendre à connaitre les différents personnages qui se retrouvent après plusieurs années d’éloignement. A ma grande surprise, je me suis attachée à ces repentis assez facilement. Leur passé les a rattrapés malgré leurs efforts pour rentrer dans le rang. A noter, des détails parfois un peu gores de châtiments, d’actes de torture ou de blessures font également partie du genre. Je vous rassure, ce ne sont que quelques passages en minorité.

Ma lecture m’a plu. J’ai suivi cette histoire avec intérêt. Je me suis attachée aux quatre repentis et à leur entourage. Ces derniers apprennent à leur dépens que le passé n’est jamais loin. S. Craig Zahler a réuni tous les codes du western pour nous permettre un dépaysement et une plongée au cœur des grand espaces américains.

Lu grâce à la masse critique Babelio et aux éditions Gallmeister.

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Fanny

3 romans, 3 avis, 1 billet / Rentrée littéraire 2017

Je manque cruellement de temps pour tout chroniquer individuellement mais je souhaitais tout de même vous parler de ces trois découvertes littéraires réalisées il y a quelques semaines. Je vous laisse découvrir tout ça!

Une apparition de Sophie Fontanel

Et si arrêter la teinture et laisser pousser ses cheveux gris et blancs apportaient un vrai renouveau? C’est l’idée folle qu’a poursuivi Sophie Fontanelle. Pendant plusieurs mois, elle voit les cheveux blancs prendre le dessus sur sa teinture qu’elle entretenait obsessionnellement jusque là. Elle nous partage ses pensées lors de ce parcours, le regard d’autrui mais aussi l’envie qu’elle suscite chez d’autres femmes. Tout ceci sans pour autant porter de jugement mais plutôt comme un modèle à suivre pour se libérer d’un certain carcan. Le côté mondain (on croise Inès de la Fressange ou encore Arielle Dombasle) est surement ce qui m’a le moins plu. Ceci n’apporte rien à la réflexion intéressante et dans l’air du temps que Sophie Fontanelle développe dans son livre.

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Les maison des Turner d’Angela Flournoy

J’étais plutôt enthousiaste lorsque j’ai commencé ce livre. Dans son premier roman, Angela Flournoy nous plonge dans la vie d’une famille nombreuse afro-américaine. Le contexte me plaisait et le fait de faire intervenir le plus âgé et la plus jeune de la fratrie (qui compte treize frères et sœurs) m’a paru intéressant. J’avoue avoir assez vite décrochée avec  l’impression d’avoir survolée les 200 premières pages. L’ensemble m’a assez vite paru assez long et manquer d’un but. Depuis mon déménagement il y a un peu plus d’un mois, impossible de le reprendre. Le manque de temps et d’enthousiasme m’a clairement fait passer à autre chose. Je n’aime pas ce sentiment d’inachevé mais parfois il est impossible de passer au delà de ce blocage.

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Neverland de Timothée de Fombelle

Avec ce livre biographique pour adulte, Timothée de Fombelle s’essaie à un nouvel exercice. En un peu plus d’une centaine de pages, il part à la recherche de son enfance. Il nous partage ses souvenirs, ses sensations mais aussi ses sentiments. C’est l’occasion de faire remonter les nôtres souvent bien enfouis mais qui ne demandent qu’à refaire surface. Il nous présente l’enfance comme une bouée à laquelle se raccrocher dans nos vies d’adulte. Je dois dire que cette idée est assez réconfortante. Mon seul regret est qu’il s’agit d’un récit tellement intime que cela nous empêche parfois de totalement saisir son contenu. En effet, Timothée de Fombelle se livre complétement grâce à cette poésie qui lui est propre.

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Fanny

Si j’avais su que tu deviendrais si belle, je ne t’aurais jamais laissée partir de Judy Chicurel

Résumé de l’éditeur : Depuis sa rue de Comanche Street, à Long Island, Katie Hanson fait partie de cette jeunesse qui regarde de loin le rêve américain. Alors qu’en 1972 commence son dix-huitième été, que les soirées rallongent, que les rues et la plage s’animent, elle a le sentiment que sa vie reste en suspens. Ses pensées sont ailleurs, tournées vers sa mère qui l’a abandonnée, et vers Luke qu’elle aime secrètement et qui revient, transformé, de deux ans au Vietnam. Entre les confidences de ses meilleures amies et les soirées au bar de l’hôtel Starlight ou le jukebox entonne les classiques de l’époque, il y a pourtant de quoi la divertir. Mitch, vétéran à la jambe de bois qui noie son traumatisme dans l’alcool, y a élu domicile. Tous deux se lient d’amitié. Sous la chaleur écrasante et moite, le temps semble suspendu et propice à la réflexion sur la route à prendre, sur ceux qui nous entourent et que l’on va quitter. Avec toute sa fragilité et sa fantaisie, Katie porte à bout de bras ce roman poétique et émouvant qui évoque ces vieux Polaroïd aux couleurs défraîchies que l’on regarde avec nostalgie et tendresse.

J’aime les romans américains et plus particulièrement ceux empreints de mélancolie et d’un réalisme fort. Celui-ci en fait partie. Sous couvert d’une plume franche et dynamique, Judy Chicurel nous propose un instantané d’un certaine époque dans une petite bourgade de bord de mer de la côte Est des États-Unis. Nous sommes en 1972 et nous assistons aux dernières semaines de lycée de Katie mais aussi à l’été qui suit. Cette période est censée être synonyme de changement mais pour notre héroïne, les choses sont plus compliquées. Elle se cherche et voit les autres évoluer dans le bon sens comme dans le mauvais. Son abandon par sa mère est une vraie blessure qu’elle va devoir gérer.

Ne vous laissez pas duper par le paysage de carte postale de la couverture, le ton de ce roman est sans équivoque. C’est une jeunesse perdue et en proie à tous les extrêmes qui nous est donnée à voir. La guerre du Vietnam est toujours présente en filigrane. On comprend qu’elle est une grande cause de désillusion pour toute une génération. Une certaine jeunesse a été utilisée pour finalement être laissée pour compte une fois rentrée au pays. Certains choix politiques ne sont pas anodins et font de villes autrefois prisées, des ruines désertées où la misère s’accroit. C’est donc une Amérique en déclin qui nous est dépeinte loin du mythe du rêve américain où tout est possible.

Avec son premier roman Judy Chicurel prend le parti de faire un arrêt sur image d’une certaine époque des États-Unis. J’ai totalement adhéré à ce choix qui m’a semblé plein de sens. Elle décrit très bien une jeunesse entre désillusion et envie d’ailleurs. J’ai aimé ce roman notamment pour son réalisme. Une autrice à suivre, c’est certain!0_EvOVrnVous aimerez aussi découvrir :

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10 jours dans un asile de Nellie Bly

Résumé de l’éditeur : Engagée en 1887 au New York World du célèbre Joseph Pulitzer, Nellie Bly a pour mission de se faire passer pour folle et d’intégrer un asile d’aliénés, le Blackwell’s Island Hospital à New York. Elle y reste dix jours et en tire un brûlot. Dans ce reportage « undercover », elle met en lumière les conditions épouvantables d’internement des patientes ainsi que les méthodes criminelles du personnel.

Cela fait plusieurs mois que je souhaitais lire cet ouvrage. L’occasion d’une lecture commune avec Bénédicte était trop belle pour passer à côté. Il s’agit d’un recueil de plusieurs articles rédigés par Nellie Bly pour le journal New York Wold dans lequel elle relate son entrée et sa vie dans un asile pour investigation. Son récit commence de façon assez détendue. Nous la suivons dans ses tentatives de se faire interner et découvrons ses talents de comédienne. Ces passages sont d’ailleurs plutôt cocasses. Mais très vite, le lecteur sent cette atmosphère s’étioler pour laisser place au cœur du sujet. Et en effet, une fois internée, le constat est édifiant et glaçant.

Nellie Bly apporte une vision de première main de cette vie en asile. En effet, c’est le quotidien de femmes internées qui nous est donné à voir. Les enfermements pour des raisons floues, les diagnostics douteux, les mauvais traitements ainsi que la misogynie sont légions. Le seul bémol à émettre est que c’est finalement trop court, on aimerait savoir ce que sont devenues ces laissées pour compte même si je ne me fais aucune illusion sur leur devenir… Nellie Bly a su garder son sang froid mais aussi aller au delà de son travail de journaliste puisqu’elle s’est finalement engagée personnellement à dénoncer et faire évoluer les conditions de vie dans ces établissements.

Malgré sa brièveté, ce livre est très intéressant. On y découvre les coulisses et les conditions de l’internement de femmes en asile au XIXe siècle. A seulement 23 ans, Nellie Bly force le respect et l’admiration en bravant toutes les barrières et en dénonçant les conditions de détention de ces établissements dont on ne sortait que rarement. À noter également, la présence en fin d’ouvrage de deux articles bonus traitant de la recherche d’une place de domestique et de la vie d’ouvrière dans une usine.

Lu en lecture commune avec Bénédicte.

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Fanny

Petites surprises sur le chemin du bonheur de Monica Wood

Résumé de l’éditeur : A 104 ans, Mlle Ona Vitkus pensait en avoir fini avec les sentiments. Mais l’arrivée dans sa vie si ordonnée d’un jeune garçon pas comme les autres va tout chambouler. Du jour au lendemain, la vieille dame se trouve embringuée au cœur d’une famille en plein tourment, et même dans un road trip inattendu et burlesque. Chemin faisant, elle découvre que la vie lui réserve encore bien des surprises, et, surtout, qu’elle a encore beaucoup à offrir à ceux qui croyaient avoir tout perdu…

Une autrice inconnue et une maison d’édition dont je n’ai jamais lu d’ouvrages? Banco, je tente! Nous faisons la connaissance de plusieurs personnages. Dès le début, des questions se posent : quels liens ont-ils entre eux? Quel est ce mystère que renferment les premières pages? Mais très vite, l’impossible se dévoile et nous ouvre les yeux sur les tourments des protagonistes. C’est là que commence une véritable aventure pour une centenaire solitaire au caractère bien trempé. Nous la suivons alors qu’elle fait la connaissance d’abord du père puis de la mère d’un petit garçon scout qui vient l’aider dans certaines tâches mais surtout s’intéresse à son histoire personnelle. Entre flashbacks et temps présent, Monica Wood déroule un récit doux-amer.

Entre drame et situations cocasses, l’autrice distille des thématiques parfois difficiles ou tabou. Elle pose notamment la question de la perte et de la façon de sortir d’une telle épreuve et de vivre avec la douleur. C’est aussi la solitude de la vieillesse qui nous est montrée. Ona est attachante. A l’hiver de sa vie, elle apporte énormément à toute une famille. Son expérience, sa philosophie, son oreille attentive mais aussi son humour vont aider certains à se reconstruire. Elle est extrêmement attachante. Le monde loufoque du Guinness des records apporte une touche de fantaisie à l’ensemble. Les passionnés de listes en tout genre sont également mis à l’honneur. Je regrette simplement la longueur de certains passages.

Sans être un coup de cœur, ce roman m’a plu et m’a fait passer un bon moment de lecture. Malgré quelques longueurs, je me suis attachée aux personnages et à leur destin. Ne vous attendez pas un roman totalement feel-good car Monica Wood aborde des sujets bien difficiles.

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Fanny

L’immeuble Christodora de Tim Murphy

Résumé de l’éditeur : New York. Milly et Jared, couple aisé animé d’ambitions artistiques, habite l’immeuble Christodora, vieux building de Greenwich Village. Les habitants du Christodora mènent une vie de bohèmes bien loin de l’embourgeoisement qui guette peu à peu le quartier. Leur voisin, Hector, vit seul. Personnage complexe, ce junkie homosexuel portoricain n’est plus que l’ombre du militant flamboyant qu’il a été dans les années quatre-vingt. Mateo, le fils adoptif de Milly et Jared, est choyé par ses parents qui voient en lui un artiste. Mais le jeune homme, en plein questionnement sur ses origines, se rebelle contre ses parents et la bourgeoisie blanche qu’ils représentent. Milly, Jared, Hector et Mateo, autant de vies profondément liées d’une manière que personne n’aurait pu prévoir. Dans cette ville en constante évolution, les existences de demain sont hantées par le poids du passé.

Avant de commencer ma lecture, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre avec cette ouvrage. A la vue du résumé, je me suis doutée que ce roman serait rude et fort. Le moins que l’on puisse dire est que je n’ai pas été déçu une seule seconde. Mais j’avoue adorer lire ce genre de roman qui ouvre les yeux du lecteur et bouscule ses certitudes. L’immeuble Christodora nous fait rencontrer une multitude de personnages sur plusieurs générations en partant des années 80 jusqu’en 2021. On suit la chute ou au contraire l’élévation de chacun. On se rend vite compte que rien n’est écrit à l’avance et qu’une vie est faite de rebondissements insoupçonnables. Du processus créatif, en passant par les dégâts de la drogue et les ravages du sida, Tim Murphy nous donne à voir une Amérique réaliste sans filtre et loin des strass.

L’auteur connait son sujet, c’est certain. Les années sida aux États-Unis nous sont clairement explicitées ici. J’ai suivi avec passion mais aussi avec effroi le combat acharné pour faire reconnaitre la gravité de cette maladie et trouver une médication.  Il dépeint une époque finalement pas si lointaine de la notre. C’est donc, à mon sens, un roman engagé. C’est un vrai cri contre l’administration de l’époque, contre la lenteur des prises de décision et contre une société trop attentiste. Il met en avant tous les militants qui ont finalement permis les avancées qu’ils n’espéraient plus. C’est également un hommage à toutes les personnes atteintes de cette terrible maladie et à celles disparues faute de soins. Tim Murphy apporte de l’humanité et de la bienveillance envers ces écorchés vifs.

Un roman dense et fort. Il est aussi édifiant à propos des ravages de la drogue et d’une maladie dont on entend peu parler aujourd’hui mais qui fait pourtant toujours des victimes. J’ai adoré suivre ces destins incroyables. Il s’agit d’un récit passionnant doublé d’une grande humanité, de beaucoup d’émotion et d’un bel engagement.

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Mon dernier continent de Midge Raymond

9782234080997-001-xRésumé de l’éditeur : Ushuaia, la fin du monde, le début de tout. Deb et Keller se retrouvent chaque année au coeur des eaux froides de l’Antarctique pour étudier les manchots empereurs et les Adélie. Dans ce bout du monde entouré de glaciers et d’icebergs, ils oublient pour un temps les chagrins de leurs vies. Mais l’Antarctique, comme leur amour, est fragile et menacé. Une nouvelle saison commence. Au moment de lever l’ancre, Keller n’est pas à bord du Cormoran, le bateau qui doit les conduire à la station de recherche. Peu après, le Cormoran reçoit un signal de détresse d’un paquebot de croisière prisonnier des glaces…

Avec ce roman, Midge Raymond nous propose un voyage au cœur de l’Antarctique. Il règne sur ce continent sauvage et blanc, des températures polaires et une météo pour le moins inhospitalière. L’homme n’y est pas le bienvenu et pourtant les touristes affluent à l’aide de croisiéristes pas toujours très scrupuleux. Les scientifiques tentent d’encadrer tout ce petit monde afin de protéger la faune mais aussi de pouvoir avancer dans leurs propres recherches. L’auteur mélange la romance, le roman d’aventure et de catastrophe. Dès le début, l’intrigue est posée : un bateau va chavirer. Grâce à cette révélation rapide et à de nombreux flashbacks, l’auteur entretien son suspens et une certaine tension.

Malheureusement je n’ai pas ressenti une totale empathie pour les personnages. J’ai l’impression d’être rester trop en retrait et de ne pas les avoir assez approchés. C’est peut-être également dû au caractère assez fort de Deb qui empêche parfois de percer totalement sa carapace. Et puis, il faut le dire, l’ensemble et plus particulièrement les rebondissements sont assez prévisibles. Par contre, tout ce qui fait vibrer ces chercheurs et ces observateurs de la nature est très bien expliqué. On partage leur émerveillement et leur vocation. Il en va de même avec l’analyse des réactions humaines lors d’évènements extrêmes que j’ai trouvé réaliste.

Pour conclure, il est dommage que les personnages ne m’ait pas davantage marquée et que l’ensemble soit assez prévisible. Mais je retiendrais de ce roman ces magnifiques descriptions, toutes les choses que j’ai apprises sur la vie des manchots empereurs, la tension et les réactions humaines lors d’évènements extrêmes.

editions-stock-logoLu dans le cadre du Cold Winter Challenge.

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Nos âmes la nuit de Kent Haruf / Rentrée littéraire 2016

9782221187845Résumé de l’éditeur : Dans la petite ville de Holt, Colorado, dans une Amérique profonde et isolée, Addie, une septuagénaire, veuve depuis des décennies, fait une étrange proposition à son voisin, Louis, également veuf : voudrait-il bien passer de temps à autre la nuit avec elle, simplement pour parler, pour se tenir compagnie ? La solitude est parfois si dure… Bravant les cancans, Louis se rend donc régulièrement chez Addie. Ainsi commence une très belle histoire d’amour, lente et paisible, faite de confidences chuchotées dans la nuit, de mots de réconfort et d’encouragement. Une nouvelle jeunesse apaisée, toute teintée du bonheur de vieillir ensemble. Mais voilà, les choses ne vont pas se passer si simplement, les cancans vont bon train, et les familles s’en mêlent… Que va-t-il advenir de cette bulle de douceur si précieuse qu’Addie et Louis avaient réussi à construire ?

Ce court roman est assez étonnant. En effet, Kent Haruf nous propose une histoire sans prétention et épurée de toute fioriture. Il fait le choix d’aller à l’essentiel en un peu moins de 200 pages. On y trouve beaucoup de dialogues. Et les chapitres sont très courts. C’est donc une lecture rythmée et rapide qui s’effectue. Malgré cela, l’auteur arrive à transmettre des messages forts et à apporter du charisme à ses modestes héros. C’est l’hiver de la vie qui nous est conté ici. C’est le moment de faire le point et de tirer le bilan de ce qu’on a réalisé mais aussi de tout ce qu’on a perdu. Ce sont les sentiments, le partage, la solitude, la mort et les difficultés d’une existence bien remplie que l’auteur nous donne à voir.

L’intérêt de cette histoire réside clairement dans ses personnages hautement attachants. On aimerait rencontrer ces deux seniors et discuter avec eux. Ils ont beaucoup à nous apprendre et à partager. C’est aussi l’occasion de leur donner la parole face parfois à une jeunesse qui croit tout savoir, tout maîtriser et tout contrôler. On assiste également et avec émotion à l’émergence d’un lien d’attachement entre les deux protagonistes envers et contre tout mais surtout contre le qu’en-dira-t-on. Même si cela arrive tardivement et malgré quelques craintes, ils décident de vivre leur vie comme ils l’entendent. Ce roman est-il le témoin des propres peurs de Kent Haruf? Nous ne le sauront jamais car il a disparu juste avant la sortie de ce roman.

Je me range bien volontiers derrière l’avis positif général. Ce roman vous touche alors que vous ne vous y attendez pas forcément. Derrière une certaine simplicité, les mots font sens et marquent notre esprit de lecteur. Pour ne rien gâcher, l’ensemble est raconté avec beaucoup d’élégance et de pudeur. Addie et Louis resteront dans ma mémoire, c’est certain.

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