3 romans, 3 avis, 1 billet / Rentrée littéraire 2017

Je manque cruellement de temps pour tout chroniquer individuellement mais je souhaitais tout de même vous parler de ces trois découvertes littéraires réalisées il y a quelques semaines. Je vous laisse découvrir tout ça!

Une apparition de Sophie Fontanel

Et si arrêter la teinture et laisser pousser ses cheveux gris et blancs apportaient un vrai renouveau? C’est l’idée folle qu’a poursuivi Sophie Fontanelle. Pendant plusieurs mois, elle voit les cheveux blancs prendre le dessus sur sa teinture qu’elle entretenait obsessionnellement jusque là. Elle nous partage ses pensées lors de ce parcours, le regard d’autrui mais aussi l’envie qu’elle suscite chez d’autres femmes. Tout ceci sans pour autant porter de jugement mais plutôt comme un modèle à suivre pour se libérer d’un certain carcan. Le côté mondain (on croise Inès de la Fressange ou encore Arielle Dombasle) est surement ce qui m’a le moins plu. Ceci n’apporte rien à la réflexion intéressante et dans l’air du temps que Sophie Fontanelle développe dans son livre.

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Les maison des Turner d’Angela Flournoy

J’étais plutôt enthousiaste lorsque j’ai commencé ce livre. Dans son premier roman, Angela Flournoy nous plonge dans la vie d’une famille nombreuse afro-américaine. Le contexte me plaisait et le fait de faire intervenir le plus âgé et la plus jeune de la fratrie (qui compte treize frères et sœurs) m’a paru intéressant. J’avoue avoir assez vite décrochée avec  l’impression d’avoir survolée les 200 premières pages. L’ensemble m’a assez vite paru assez long et manquer d’un but. Depuis mon déménagement il y a un peu plus d’un mois, impossible de le reprendre. Le manque de temps et d’enthousiasme m’a clairement fait passer à autre chose. Je n’aime pas ce sentiment d’inachevé mais parfois il est impossible de passer au delà de ce blocage.

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Neverland de Timothée de Fombelle

Avec ce livre biographique pour adulte, Timothée de Fombelle s’essaie à un nouvel exercice. En un peu plus d’une centaine de pages, il part à la recherche de son enfance. Il nous partage ses souvenirs, ses sensations mais aussi ses sentiments. C’est l’occasion de faire remonter les nôtres souvent bien enfouis mais qui ne demandent qu’à refaire surface. Il nous présente l’enfance comme une bouée à laquelle se raccrocher dans nos vies d’adulte. Je dois dire que cette idée est assez réconfortante. Mon seul regret est qu’il s’agit d’un récit tellement intime que cela nous empêche parfois de totalement saisir son contenu. En effet, Timothée de Fombelle se livre complétement grâce à cette poésie qui lui est propre.

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Fanny

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Si j’avais su que tu deviendrais si belle, je ne t’aurais jamais laissée partir de Judy Chicurel

Résumé de l’éditeur : Depuis sa rue de Comanche Street, à Long Island, Katie Hanson fait partie de cette jeunesse qui regarde de loin le rêve américain. Alors qu’en 1972 commence son dix-huitième été, que les soirées rallongent, que les rues et la plage s’animent, elle a le sentiment que sa vie reste en suspens. Ses pensées sont ailleurs, tournées vers sa mère qui l’a abandonnée, et vers Luke qu’elle aime secrètement et qui revient, transformé, de deux ans au Vietnam. Entre les confidences de ses meilleures amies et les soirées au bar de l’hôtel Starlight ou le jukebox entonne les classiques de l’époque, il y a pourtant de quoi la divertir. Mitch, vétéran à la jambe de bois qui noie son traumatisme dans l’alcool, y a élu domicile. Tous deux se lient d’amitié. Sous la chaleur écrasante et moite, le temps semble suspendu et propice à la réflexion sur la route à prendre, sur ceux qui nous entourent et que l’on va quitter. Avec toute sa fragilité et sa fantaisie, Katie porte à bout de bras ce roman poétique et émouvant qui évoque ces vieux Polaroïd aux couleurs défraîchies que l’on regarde avec nostalgie et tendresse.

J’aime les romans américains et plus particulièrement ceux empreints de mélancolie et d’un réalisme fort. Celui-ci en fait partie. Sous couvert d’une plume franche et dynamique, Judy Chicurel nous propose un instantané d’un certaine époque dans une petite bourgade de bord de mer de la côte Est des États-Unis. Nous sommes en 1972 et nous assistons aux dernières semaines de lycée de Katie mais aussi à l’été qui suit. Cette période est censée être synonyme de changement mais pour notre héroïne, les choses sont plus compliquées. Elle se cherche et voit les autres évoluer dans le bon sens comme dans le mauvais. Son abandon par sa mère est une vraie blessure qu’elle va devoir gérer.

Ne vous laissez pas duper par le paysage de carte postale de la couverture, le ton de ce roman est sans équivoque. C’est une jeunesse perdue et en proie à tous les extrêmes qui nous est donnée à voir. La guerre du Vietnam est toujours présente en filigrane. On comprend qu’elle est une grande cause de désillusion pour toute une génération. Une certaine jeunesse a été utilisée pour finalement être laissée pour compte une fois rentrée au pays. Certains choix politiques ne sont pas anodins et font de villes autrefois prisées, des ruines désertées où la misère s’accroit. C’est donc une Amérique en déclin qui nous est dépeinte loin du mythe du rêve américain où tout est possible.

Avec son premier roman Judy Chicurel prend le parti de faire un arrêt sur image d’une certaine époque des États-Unis. J’ai totalement adhéré à ce choix qui m’a semblé plein de sens. Elle décrit très bien une jeunesse entre désillusion et envie d’ailleurs. J’ai aimé ce roman notamment pour son réalisme. Une autrice à suivre, c’est certain!0_EvOVrnVous aimerez aussi découvrir :

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Fanny

10 jours dans un asile de Nellie Bly

Résumé de l’éditeur : Engagée en 1887 au New York World du célèbre Joseph Pulitzer, Nellie Bly a pour mission de se faire passer pour folle et d’intégrer un asile d’aliénés, le Blackwell’s Island Hospital à New York. Elle y reste dix jours et en tire un brûlot. Dans ce reportage « undercover », elle met en lumière les conditions épouvantables d’internement des patientes ainsi que les méthodes criminelles du personnel.

Cela fait plusieurs mois que je souhaitais lire cet ouvrage. L’occasion d’une lecture commune avec Bénédicte était trop belle pour passer à côté. Il s’agit d’un recueil de plusieurs articles rédigés par Nellie Bly pour le journal New York Wold dans lequel elle relate son entrée et sa vie dans un asile pour investigation. Son récit commence de façon assez détendue. Nous la suivons dans ses tentatives de se faire interner et découvrons ses talents de comédienne. Ces passages sont d’ailleurs plutôt cocasses. Mais très vite, le lecteur sent cette atmosphère s’étioler pour laisser place au cœur du sujet. Et en effet, une fois internée, le constat est édifiant et glaçant.

Nellie Bly apporte une vision de première main de cette vie en asile. En effet, c’est le quotidien de femmes internées qui nous est donné à voir. Les enfermements pour des raisons floues, les diagnostics douteux, les mauvais traitements ainsi que la misogynie sont légions. Le seul bémol à émettre est que c’est finalement trop court, on aimerait savoir ce que sont devenues ces laissées pour compte même si je ne me fais aucune illusion sur leur devenir… Nellie Bly a su garder son sang froid mais aussi aller au delà de son travail de journaliste puisqu’elle s’est finalement engagée personnellement à dénoncer et faire évoluer les conditions de vie dans ces établissements.

Malgré sa brièveté, ce livre est très intéressant. On y découvre les coulisses et les conditions de l’internement de femmes en asile au XIXe siècle. A seulement 23 ans, Nellie Bly force le respect et l’admiration en bravant toutes les barrières et en dénonçant les conditions de détention de ces établissements dont on ne sortait que rarement. À noter également, la présence en fin d’ouvrage de deux articles bonus traitant de la recherche d’une place de domestique et de la vie d’ouvrière dans une usine.

Lu en lecture commune avec Bénédicte.

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Fanny

Petites surprises sur le chemin du bonheur de Monica Wood

Résumé de l’éditeur : A 104 ans, Mlle Ona Vitkus pensait en avoir fini avec les sentiments. Mais l’arrivée dans sa vie si ordonnée d’un jeune garçon pas comme les autres va tout chambouler. Du jour au lendemain, la vieille dame se trouve embringuée au cœur d’une famille en plein tourment, et même dans un road trip inattendu et burlesque. Chemin faisant, elle découvre que la vie lui réserve encore bien des surprises, et, surtout, qu’elle a encore beaucoup à offrir à ceux qui croyaient avoir tout perdu…

Une autrice inconnue et une maison d’édition dont je n’ai jamais lu d’ouvrages? Banco, je tente! Nous faisons la connaissance de plusieurs personnages. Dès le début, des questions se posent : quels liens ont-ils entre eux? Quel est ce mystère que renferment les premières pages? Mais très vite, l’impossible se dévoile et nous ouvre les yeux sur les tourments des protagonistes. C’est là que commence une véritable aventure pour une centenaire solitaire au caractère bien trempé. Nous la suivons alors qu’elle fait la connaissance d’abord du père puis de la mère d’un petit garçon scout qui vient l’aider dans certaines tâches mais surtout s’intéresse à son histoire personnelle. Entre flashbacks et temps présent, Monica Wood déroule un récit doux-amer.

Entre drame et situations cocasses, l’autrice distille des thématiques parfois difficiles ou tabou. Elle pose notamment la question de la perte et de la façon de sortir d’une telle épreuve et de vivre avec la douleur. C’est aussi la solitude de la vieillesse qui nous est montrée. Ona est attachante. A l’hiver de sa vie, elle apporte énormément à toute une famille. Son expérience, sa philosophie, son oreille attentive mais aussi son humour vont aider certains à se reconstruire. Elle est extrêmement attachante. Le monde loufoque du Guinness des records apporte une touche de fantaisie à l’ensemble. Les passionnés de listes en tout genre sont également mis à l’honneur. Je regrette simplement la longueur de certains passages.

Sans être un coup de cœur, ce roman m’a plu et m’a fait passer un bon moment de lecture. Malgré quelques longueurs, je me suis attachée aux personnages et à leur destin. Ne vous attendez pas un roman totalement feel-good car Monica Wood aborde des sujets bien difficiles.

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Fanny

L’immeuble Christodora de Tim Murphy

Résumé de l’éditeur : New York. Milly et Jared, couple aisé animé d’ambitions artistiques, habite l’immeuble Christodora, vieux building de Greenwich Village. Les habitants du Christodora mènent une vie de bohèmes bien loin de l’embourgeoisement qui guette peu à peu le quartier. Leur voisin, Hector, vit seul. Personnage complexe, ce junkie homosexuel portoricain n’est plus que l’ombre du militant flamboyant qu’il a été dans les années quatre-vingt. Mateo, le fils adoptif de Milly et Jared, est choyé par ses parents qui voient en lui un artiste. Mais le jeune homme, en plein questionnement sur ses origines, se rebelle contre ses parents et la bourgeoisie blanche qu’ils représentent. Milly, Jared, Hector et Mateo, autant de vies profondément liées d’une manière que personne n’aurait pu prévoir. Dans cette ville en constante évolution, les existences de demain sont hantées par le poids du passé.

Avant de commencer ma lecture, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre avec cette ouvrage. A la vue du résumé, je me suis doutée que ce roman serait rude et fort. Le moins que l’on puisse dire est que je n’ai pas été déçu une seule seconde. Mais j’avoue adorer lire ce genre de roman qui ouvre les yeux du lecteur et bouscule ses certitudes. L’immeuble Christodora nous fait rencontrer une multitude de personnages sur plusieurs générations en partant des années 80 jusqu’en 2021. On suit la chute ou au contraire l’élévation de chacun. On se rend vite compte que rien n’est écrit à l’avance et qu’une vie est faite de rebondissements insoupçonnables. Du processus créatif, en passant par les dégâts de la drogue et les ravages du sida, Tim Murphy nous donne à voir une Amérique réaliste sans filtre et loin des strass.

L’auteur connait son sujet, c’est certain. Les années sida aux États-Unis nous sont clairement explicitées ici. J’ai suivi avec passion mais aussi avec effroi le combat acharné pour faire reconnaitre la gravité de cette maladie et trouver une médication.  Il dépeint une époque finalement pas si lointaine de la notre. C’est donc, à mon sens, un roman engagé. C’est un vrai cri contre l’administration de l’époque, contre la lenteur des prises de décision et contre une société trop attentiste. Il met en avant tous les militants qui ont finalement permis les avancées qu’ils n’espéraient plus. C’est également un hommage à toutes les personnes atteintes de cette terrible maladie et à celles disparues faute de soins. Tim Murphy apporte de l’humanité et de la bienveillance envers ces écorchés vifs.

Un roman dense et fort. Il est aussi édifiant à propos des ravages de la drogue et d’une maladie dont on entend peu parler aujourd’hui mais qui fait pourtant toujours des victimes. J’ai adoré suivre ces destins incroyables. Il s’agit d’un récit passionnant doublé d’une grande humanité, de beaucoup d’émotion et d’un bel engagement.

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Fanny

Mon dernier continent de Midge Raymond

9782234080997-001-xRésumé de l’éditeur : Ushuaia, la fin du monde, le début de tout. Deb et Keller se retrouvent chaque année au coeur des eaux froides de l’Antarctique pour étudier les manchots empereurs et les Adélie. Dans ce bout du monde entouré de glaciers et d’icebergs, ils oublient pour un temps les chagrins de leurs vies. Mais l’Antarctique, comme leur amour, est fragile et menacé. Une nouvelle saison commence. Au moment de lever l’ancre, Keller n’est pas à bord du Cormoran, le bateau qui doit les conduire à la station de recherche. Peu après, le Cormoran reçoit un signal de détresse d’un paquebot de croisière prisonnier des glaces…

Avec ce roman, Midge Raymond nous propose un voyage au cœur de l’Antarctique. Il règne sur ce continent sauvage et blanc, des températures polaires et une météo pour le moins inhospitalière. L’homme n’y est pas le bienvenu et pourtant les touristes affluent à l’aide de croisiéristes pas toujours très scrupuleux. Les scientifiques tentent d’encadrer tout ce petit monde afin de protéger la faune mais aussi de pouvoir avancer dans leurs propres recherches. L’auteur mélange la romance, le roman d’aventure et de catastrophe. Dès le début, l’intrigue est posée : un bateau va chavirer. Grâce à cette révélation rapide et à de nombreux flashbacks, l’auteur entretien son suspens et une certaine tension.

Malheureusement je n’ai pas ressenti une totale empathie pour les personnages. J’ai l’impression d’être rester trop en retrait et de ne pas les avoir assez approchés. C’est peut-être également dû au caractère assez fort de Deb qui empêche parfois de percer totalement sa carapace. Et puis, il faut le dire, l’ensemble et plus particulièrement les rebondissements sont assez prévisibles. Par contre, tout ce qui fait vibrer ces chercheurs et ces observateurs de la nature est très bien expliqué. On partage leur émerveillement et leur vocation. Il en va de même avec l’analyse des réactions humaines lors d’évènements extrêmes que j’ai trouvé réaliste.

Pour conclure, il est dommage que les personnages ne m’ait pas davantage marquée et que l’ensemble soit assez prévisible. Mais je retiendrais de ce roman ces magnifiques descriptions, toutes les choses que j’ai apprises sur la vie des manchots empereurs, la tension et les réactions humaines lors d’évènements extrêmes.

editions-stock-logoLu dans le cadre du Cold Winter Challenge.

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Fanny

Nos âmes la nuit de Kent Haruf / Rentrée littéraire 2016

9782221187845Résumé de l’éditeur : Dans la petite ville de Holt, Colorado, dans une Amérique profonde et isolée, Addie, une septuagénaire, veuve depuis des décennies, fait une étrange proposition à son voisin, Louis, également veuf : voudrait-il bien passer de temps à autre la nuit avec elle, simplement pour parler, pour se tenir compagnie ? La solitude est parfois si dure… Bravant les cancans, Louis se rend donc régulièrement chez Addie. Ainsi commence une très belle histoire d’amour, lente et paisible, faite de confidences chuchotées dans la nuit, de mots de réconfort et d’encouragement. Une nouvelle jeunesse apaisée, toute teintée du bonheur de vieillir ensemble. Mais voilà, les choses ne vont pas se passer si simplement, les cancans vont bon train, et les familles s’en mêlent… Que va-t-il advenir de cette bulle de douceur si précieuse qu’Addie et Louis avaient réussi à construire ?

Ce court roman est assez étonnant. En effet, Kent Haruf nous propose une histoire sans prétention et épurée de toute fioriture. Il fait le choix d’aller à l’essentiel en un peu moins de 200 pages. On y trouve beaucoup de dialogues. Et les chapitres sont très courts. C’est donc une lecture rythmée et rapide qui s’effectue. Malgré cela, l’auteur arrive à transmettre des messages forts et à apporter du charisme à ses modestes héros. C’est l’hiver de la vie qui nous est conté ici. C’est le moment de faire le point et de tirer le bilan de ce qu’on a réalisé mais aussi de tout ce qu’on a perdu. Ce sont les sentiments, le partage, la solitude, la mort et les difficultés d’une existence bien remplie que l’auteur nous donne à voir.

L’intérêt de cette histoire réside clairement dans ses personnages hautement attachants. On aimerait rencontrer ces deux seniors et discuter avec eux. Ils ont beaucoup à nous apprendre et à partager. C’est aussi l’occasion de leur donner la parole face parfois à une jeunesse qui croit tout savoir, tout maîtriser et tout contrôler. On assiste également et avec émotion à l’émergence d’un lien d’attachement entre les deux protagonistes envers et contre tout mais surtout contre le qu’en-dira-t-on. Même si cela arrive tardivement et malgré quelques craintes, ils décident de vivre leur vie comme ils l’entendent. Ce roman est-il le témoin des propres peurs de Kent Haruf? Nous ne le sauront jamais car il a disparu juste avant la sortie de ce roman.

Je me range bien volontiers derrière l’avis positif général. Ce roman vous touche alors que vous ne vous y attendez pas forcément. Derrière une certaine simplicité, les mots font sens et marquent notre esprit de lecteur. Pour ne rien gâcher, l’ensemble est raconté avec beaucoup d’élégance et de pudeur. Addie et Louis resteront dans ma mémoire, c’est certain.

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Fanny

The Girls de Emma Cline / Rentrée littéraire 2016

81exqc-2uklRésumé de l’éditeur : Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n’a que Connie, son amie d’enfance. Lorsqu’une dispute les sépare au début de l’été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l’atmosphère d’abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l’aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d’une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l’adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s’y faire accepter. Tandis qu’elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s’aperçoit pas qu’elle s’approche inéluctablement d’une violence impensable.

Pour son premier roman, Emma Cline s’est attelée à un sujet coup de poing et plutôt ambitieux. En effet, elle s’inspire de la secte de Charles Manson ayant défrayée la chronique aux États-Unis dans les années 60. Ici, les noms sont modifiés mais le parallèle est très facile à faire. L’auteur nous introduit dans ce groupe dirigé par un homme froid, pervers et colérique. Il est entouré de quelques hommes. Mais la majorité de ces adeptes sont des femmes dont il se sert pour assouvir ses pulsions sexuelles. Elles sont désœuvrées, fragiles et coupées de leur famille. Ce groupe vit en reclus dans un minimalisme et un dénuement outrancier. Ils pratiquent le vol et la pression pour subvenir à leurs besoins. C’est souvent assez glauque. Le lecteur reste toujours dans une position inconfortable car une ambiance malsaine se dégage à chaque page.

Nous suivons Evie dans une alternance de chapitres entre adolescence et âge adulte. Emma Cline étudie sa psychologie d’une manière très poussée. Quels éléments peuvent pousser une  adolescente de 14 ans à s’insérer dans une secte et à aller jusqu’à la dernière limite avant le meurtre ? Le lecteur assiste au lent glissement de la vie de notre héroïne sans pouvoir rien y faire. Sa vie ne lui convient pas et découvre en Suzanne un modèle à suivre. C’est aussi l’importance d’appartenir à un groupe qui est explicitée ici. Nous sommes spectateurs des drames qui se jouent dans cette petite communauté. Nous découvrons aussi l’Evie adulte dans sa nouvelle vie après les procès (elle-même n’a pas été inquiétée par la justice). Ce pan trouble de son existence est gravé en elle, la poursuit et faire naitre une multitude d’interrogations.

The girls n’est clairement pas facile à lire. Ce livre choque, bouscule et met son lecteur dans une posture inconfortable de spectateur d’une descente aux enfers. Il s’agit d’une fiction qui frise aussi parfois avec le reportage. Ce premier roman au sujet ambitieux est une réussite. Emma Cline est sans aucun doute un auteur à suivre.

Lu en lecture commune avec Fanny.

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Fanny

Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés de Jami Attenberg / Rentrée littéraire 2016

9782365691451Résumé de l’éditeur : Personnage haut en couleur, Mazie Phillips tient la billetterie du Venice, cinéma new-yorkais du Bowery, quartier populaire du sud de Manhattan où l’on croise diseuse de bonne aventure, mafieux, ouvriers, etc. Le jazz vit son âge d’or, les idylles et la consommation d’alcool – malgré la Prohibition – vont bon train. Mazie aime la vie, et ne se fait jamais prier pour quitter sa « cage » et faire la fête, notamment avec son amant « le capitaine ». Avec l’arrivée de la Grande Dépression, les sans-abri affluent dans le quartier et la vie de Mazie bascule. Elle aide sans relâche les plus démunis et décide d’ouvrir les portes du Venice à ceux qui ont tout perdu. Surnommée « la reine du Bowery », elle devient alors une personnalité incontournable de New York.

Avec son nouveau roman, Jami Attenberg nous propose de voyager dans le New-York des années 20 et 30. L’auteur tisse son roman à partir d’une personne ayant réellement existé mais dont il ne reste que très peu de trace. En réalité, la seule et unique source réside en un article de Joseph Mitchell dans le magazine The New Yorker. Cette inspiration a permis à l’auteur de croquer une héroïne bien particulière. Elle nous décrit aussi très bien l’atmosphère trouble qui règne à New-York lors de la Grande dépression et de la prohibition. C’est donc une Amérique désenchantée qui nous est présentée ainsi que le récit des laissés pour compte et des plus démunis. Ce roman est construit grâce à une succession de différents styles : le témoignage, l’autobiographie et le journal intime. C’est un schéma dynamique et vraiment judicieux.

Le moins que l’on puisse dire est que l’héroïne est hors du commun. En effet, elle est largement en avance sur son temps de par son indépendance ainsi que ses aventures et relations de passage. Derrière la vitre de la caisse de cinéma dans lequel elle travaille, Mazie voit défiler toute la faune de New-York. C’est aussi et surtout le reflet de l’évolution brutale de la société qui se présente à elle et par extension à nous. Derrière sa brusquerie de façade, Mazie a le cœur sur la main. Elle connait son quartier et toute les personnes qui le font vivre sur le bout des doigts. C’est donc tout naturellement qu’elle va mettre ce qu’elle possède au service d’autrui. Ce livre porte de multiples messages de tolérance, de bienveillance et d’abstraction de soi sans forcément de jugement. Tout à fait dans l’air du temps et en adéquation avec l’actualité.

Ce roman m’a beaucoup plu. On y découvre un personnage haut en couleur aux convictions bien marquées. A sa manière, c’est une super-héroïne de son quartier de New-York alors que la Grande Dépression et la prohibition font des ravages et laissent sur leur passage des personnes démunies. Jami Attenberg nous offre un très beau travail en rendant hommage à Mazie, femme d’abord ordinaire mais que ses actions rendent extraordinaire.big-logoVous aimerez aussi découvrir :

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Yaak Valley, Montana de Smith Henderson / Rentrée littéraire 2016

9782714456786Résumé de l’éditeur : La première fois qu’il l’a vu, Pete a cru rêver. Des gosses paumés, il en croise constamment dans son job d’assistant social. Mais, tout de même, un enfant en pleine forêt, méfiant, en guenilles, l’air affamé… Pete s’accroche, laisse de la nourriture, des vêtements et finit par gagner la confiance du petit. Suffisamment pour découvrir que le garçon n’est pas seul. Sa mère et ses frères et soeurs sont introuvables, il vit avec son père, Jeremiah Pearl, un fondamentaliste chrétien qui fuit la civilisation pour se préparer à l’Apocalypse et comploter contre un gouvernement corrompu et dépravé. Petit à petit, entre Pete et Jeremiah s’installe une relation étrange. Car Jeremiah s’est isolé par désespoir, après un drame atroce ; Pete de son côté est au bord de sombrer : son frère est recherché par la police ; son ex, alcoolique, collectionne les amants ; et, surtout, sa fille de quatorze ans a disparu quelque part le long de la route du Texas…

Dès l’annonce de la parution de ce roman, j’ai voulu le découvrir car je m’intéresse de plus en plus à la littérature américaine. Je ne pouvais évidemment pas passer à côté. Le récit prend place dans les années 80. Le contexte historique en lui-même n’est pas très développé. Ce roman pourrait d’ailleurs très bien se dérouler de nos jours. Nous avons plus affaire à une analyse sociale de cette période et d’un état des États-Unis. La Yaak Valley est toute proche du Canada. Une nature hostile y occupe encore une majeure partie de l’espace. Nous avons deux récits en parallèle : celui de Pete et celui de l’errance de sa fille après sa fugue. Tout fini par s’imbriquer et se recouper dans les dernières pages du roman. Un intérêt pour ces différentes histoires s’installe donc très vite.

Nous suivons principalement l’histoire d’un assistant-social, Pete, qui voue sa vie à son métier. Il a un attachement particulier pour les enfants qu’il ne peut s’empêcher de vouloir sauver au détriment de sa propre vie et de sa propre famille. Notre héros se retrouve face à des situations à peine croyables. D’ailleurs, certains passages peuvent choquer. Mais c’est aussi ce qui fait que ce roman est bon. Nous sommes dans un réalisme total. Rien ne nous est caché sur la situation de chaque protagoniste : un jeune homme qui perd régulièrement les pédales, une petite fille à la mère droguée, un garçon embarqué dans les idées survivalistes de son père. Ce roman est aussi l’occasion de dénoncer la faiblesse des institutions, de la collaboration entre services et des moyens.

C’est un roman difficile, assez long à lire et à digérer mais qui vaut qu’on s’y intéresse. J’ai aimé ce côté hyperréaliste qui se dégage de chaque page. Le métier d’assistant-social y est mis en avant avec tout ce qu’il contient d’abstraction de soi et de rudesse. Une belle découverte!

belfond

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