La porte du ciel de Dominique Fortier

9782365692915Résumé de l’éditeur : Au coeur de la Louisiane et de ses plantations de coton, deux fillettes grandissent ensemble. Tout les oppose. Eleanor est blanche, fille de médecin ; Eve est mulâtre, fille d’esclave. Elles sont l’ombre l’une de l’autre, soumises à un destin qu’aucune des deux n’a choisi. Dans leur vie, il y aura des murmures, des désirs interdits, des chemins de traverse. Tout près, surtout, il y aura la clameur d’une guerre où des hommes affrontent leurs frères sous deux bannières étoilées. Plus loin, dans l’Alabama, des femmes passent leur vie à coudre. Elles assemblent des bouts de tissu, Pénélopes modernes qui attendent le retour des maris, des pères, des fils partis combattre. Leurs courtepointes sont à l’image des États-Unis : un ensemble de morceaux tenus par un fil – celui de la couture, celui de l’écriture. Entre rêve et histoire, Dominique Fortier dépeint une Amérique de légende qui se déchire pour mieux s’inventer et pose avec force la question de la liberté.

La lecture de ce roman m’enthousiasmait sincèrement. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu. J’avoue avoir eu du mal à aller au bout des 250 pages. La thématique de base est pourtant passionnante. En effet, l’auteur nous introduit en Louisiane à l’époque où le fossé entre blancs libres et noirs esclaves semblent impossible à combler. C’est principalement la construction de ce roman qui m’a désarçonnée. Dominique Fortier fait le choix de passer du coq à l’âne régulièrement. Ceci m’a pas mal perturbée et m’a donné une impression de brouillon. Il y a également beaucoup de longueurs. A mon sens, elle détaille à outrance certaines idées qui s’assimilent rapidement mais aussi certaines scènes qui m’ont paru sans intérêt comme un combat de coq interminable par exemple.

Bien sûr, tout n’est pas mauvais dans ce roman. L’histoire d’Eleanor et d’Eve que l’ont suit par intermittence m’a plu. Elles s’interrogent beaucoup sur leur condition respective. Leur destin est assez intéressant à suivre. Par contre, il m’a été difficile de m’attacher à elles car il y a comme une barrière qui nous empêche de nous rapprocher. Ensuite, j’ai beaucoup aimé les chapitres purement historiques. Ils mettent le lecteur dans le contexte et son évolution. L’auteur fait souvent des sauts dans le temps. Ces passages permettent donc de bien se repérer dans la chronologie. Dominique Fortier livre ici un roman qu’on sent engagé. La liberté, l’égalité, le libre-arbitre, la condition des femmes sont autant d’éléments qui lui tiennent à cœur et qu’elle souhaite transmettre.

Malheureusement, ce ne fut pas une lecture totalement heureuse me concernant. C’est assez rare avec les éditions des Escales. Le style de l’auteur n’a pas réussi à me convaincre à cause d’un surplus de longueurs et de passages sans intérêt. Cependant, les chapitres concernant Eleanor et Eve ainsi que les passages purement historiques m’ont plu mais n’ont pas suffit à m’embarquer totalement.

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Fanny

La voix des vagues de Jackie Copleton

9782365691659Résumé de l’éditeur : Lorsqu’un homme horriblement défiguré frappe à la porte d’Amaterasu Takahashi et qu’il prétend être son petit-fils disparu depuis des années, Amaterasu est bouleversée. Elle aimerait tellement le croire, mais comment savoir s’il dit la vérité ? Ce qu’elle sait c’est que sa fille et son petit-fils sont forcément morts le 9 août 1945, le jour où les Américains ont bombardé Nagasaki ; elle sait aussi qu’elle a fouillé sa ville en ruine à la recherche des siens pendant des semaines. Avec l’arrivée de cet homme, Amaterasu doit se replonger dans un passé douloureux dominé par le chagrin, la perte et le remord. Elle qui a quitté son pays natal, le Japon, pour les États-Unis se remémore ce qu’elle a voulu oublier : son pays, sa jeunesse et sa relation compliquée avec sa fille. L’apparition de l’étranger sort Amaterasu de sa mélancolie et ouvre une boîte de Pandore d’où s’échappent les souvenirs qu’elle a laissé derrière elle …

Un roman qui se déroule en partie pendant la Seconde Guerre mondiale? Il est surement fait pour moi. Je ne me suis pas trompée puisque j’ai, dans l’ensemble, beaucoup aimé ma lecture. Ce qui est d’ailleurs souvent le cas avec les éditions des Escales. Ce livre-ci est un peu différent de ce que j’ai pu lire jusque maintenant sur cette période troublée puisqu’il prend sa source lors du bombardement nucléaire de Nagasaki au Japon le 9 août 1945. Cet évènement est assez peu présent dans la littérature que je parcours. J’ai donc appris pas mal d’éléments que ce soit sur la tragédie en elle-même ou sur la société japonaise en général. De plus, en tête de chapitre l’auteure nous initie à des notions reliées à des coutumes ou des philosophies japonaises.

Par le biais d’Amaterasu, Jackie Copleton déroule son récit petit à petit. Elle ne nous donne pas tous les détails d’un coup mais préfère les distiller au fur et à mesure. Nous n’avons qu’un seul point de vue. Ceci enlève un peu de cohérence et d’exactitude à l’ensemble. Au final, on ne sait qui détient la vérité car il y a beaucoup d’interprétation. Le lecteur voyage entre présent et flashbacks. Ce schéma apporte du rythme et permet une lecture pleine de surprises et de rebondissements. Jackie Copleton possède une belle plume : fluide, précise et imagée. Les descriptions de la ville avant, pendant et après la catastrophe sont très bien écrites. On se promène dans ces ruelles pleines de vie puis jonchées de morts. Le contraste est saisissant et fait froid dans le dos.

C’est un roman fort de par l’histoire de la ville de Nagasaki mais aussi de par celle toute personnelle des personnages. La belle écriture de l’auteure est une vraie valeur ajoutée. Cependant, je dois bien avouer que j’ai été un peu frustrée de n’avoir qu’un seul point de vue.

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Fanny

Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés de Jami Attenberg / Rentrée littéraire 2016

9782365691451Résumé de l’éditeur : Personnage haut en couleur, Mazie Phillips tient la billetterie du Venice, cinéma new-yorkais du Bowery, quartier populaire du sud de Manhattan où l’on croise diseuse de bonne aventure, mafieux, ouvriers, etc. Le jazz vit son âge d’or, les idylles et la consommation d’alcool – malgré la Prohibition – vont bon train. Mazie aime la vie, et ne se fait jamais prier pour quitter sa « cage » et faire la fête, notamment avec son amant « le capitaine ». Avec l’arrivée de la Grande Dépression, les sans-abri affluent dans le quartier et la vie de Mazie bascule. Elle aide sans relâche les plus démunis et décide d’ouvrir les portes du Venice à ceux qui ont tout perdu. Surnommée « la reine du Bowery », elle devient alors une personnalité incontournable de New York.

Avec son nouveau roman, Jami Attenberg nous propose de voyager dans le New-York des années 20 et 30. L’auteur tisse son roman à partir d’une personne ayant réellement existé mais dont il ne reste que très peu de trace. En réalité, la seule et unique source réside en un article de Joseph Mitchell dans le magazine The New Yorker. Cette inspiration a permis à l’auteur de croquer une héroïne bien particulière. Elle nous décrit aussi très bien l’atmosphère trouble qui règne à New-York lors de la Grande dépression et de la prohibition. C’est donc une Amérique désenchantée qui nous est présentée ainsi que le récit des laissés pour compte et des plus démunis. Ce roman est construit grâce à une succession de différents styles : le témoignage, l’autobiographie et le journal intime. C’est un schéma dynamique et vraiment judicieux.

Le moins que l’on puisse dire est que l’héroïne est hors du commun. En effet, elle est largement en avance sur son temps de par son indépendance ainsi que ses aventures et relations de passage. Derrière la vitre de la caisse de cinéma dans lequel elle travaille, Mazie voit défiler toute la faune de New-York. C’est aussi et surtout le reflet de l’évolution brutale de la société qui se présente à elle et par extension à nous. Derrière sa brusquerie de façade, Mazie a le cœur sur la main. Elle connait son quartier et toute les personnes qui le font vivre sur le bout des doigts. C’est donc tout naturellement qu’elle va mettre ce qu’elle possède au service d’autrui. Ce livre porte de multiples messages de tolérance, de bienveillance et d’abstraction de soi sans forcément de jugement. Tout à fait dans l’air du temps et en adéquation avec l’actualité.

Ce roman m’a beaucoup plu. On y découvre un personnage haut en couleur aux convictions bien marquées. A sa manière, c’est une super-héroïne de son quartier de New-York alors que la Grande Dépression et la prohibition font des ravages et laissent sur leur passage des personnes démunies. Jami Attenberg nous offre un très beau travail en rendant hommage à Mazie, femme d’abord ordinaire mais que ses actions rendent extraordinaire.big-logoVous aimerez aussi découvrir :

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Fanny

La maison des hautes falaises de Karen Viggers

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Résumé de l’éditeur : Hanté par un passé douloureux, Lex Henderson part s’installer dans un petit village isolé, sur la côte australienne. Très vite, il tombe sous le charme de cet endroit sauvage, où les journées sont rythmées par le sac et le ressac de l’océan. Au loin, il aperçoit parfois des baleines. Majestueuses, elles le fascinent. Peu de temps après son arrivée, sa route croise celle de Callista, artiste passionnée, elle aussi blessée par la vie. Attirés l’un par l’autre, ils ont pourtant du mal à se comprendre et à laisser libre cours à leurs sentiments. Parviendront-ils à oublier leurs passés respectifs pour guérir et faire de nouveau confiance à la vie ?

Voici une nouvelle lecture au compteur de 2016 avec ce roman contemporain tout droit venu d’Australie. Nous sommes très vite introduits dans un milieu sauvage à la météo capricieuse et parfois violente. Les descriptions des paysages sont superbes. C’est une vie différente qui nous est montrée plus proche de la nature et propice à se trouver soi-même. Par ce roman, Karen Viggers sensibilise clairement son lectorat à la protection des baleines et de leur écosystème. L’auteur est vétérinaire et connait donc très bien son sujet. Elle nous décrit parfaitement ces mammifères marins et nous explique beaucoup de choses à leur propos. On se rend vite compte que ces animaux sont aussi gigantesques que majestueux tout en étant fascinants. Elle dénonce également les méfaits réalisés à leur encontre et notamment leur chasse.

Lex et Callista sont deux personnages marqués au fer rouge qui trouvent dans cet endroit reculé un peu de sérénité. Les épreuves qu’ils ont traversé chacun de leur côté sont d’abord une faiblesse qui doit se transformer en force petit à petit. Mais ce chemin est long et semé d’embûche. Ce sont donc des personnages intéressants à suivre. Cependant, ces deux protagonistes se cherchent trop tout au long du roman. Ceci apporte parfois quelques longueurs déplaisantes que l’on aime pas trouver dans un roman avec autant de potentiel. Toutefois, c’est bien le seul bémol que je trouve à ce récit. Les personnages secondaires (les habitants d’un petit village reculé) apporte une certaine fraîcheur et un peu d’humour qui permettent de contrebalancer les éléments dramatiques. Le final est excellent et maintient en haleine le lecteur tout en le faisant réfléchir.

Malgré des longueurs dans quelques rares passages, j’aime aimé ce roman au dépaysement garanti. On apprend beaucoup tout en se divertissant. Grâce à la maison d’édition Les Escales et en compagnie de d’autres blogueuses, j’ai pu poser quatre questions à Karen Viggers. Je peux vous dire que c’est une femme passionnante et passionnée. J’espère pouvoir vous partager ses réponses bientôt.

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Fanny

Interview d’auteur #1 – Iona Grey nous parle de Lettres à Stella

Je débute aujourd’hui un nouveau rendez-vous qui sera surement mensuel. En effet, je suis partie du constat que les écrivains ne sont pas toujours mis en avant sur les blogs littéraires contrairement à leur livre. Je vais donc essayer de donner la parole à ceux qui nous procurent de quoi assouvir notre passion et qui voudront bien répondre à mes questions.

C’est Iona Grey qui inaugure cette nouvelle catégorie d’articles. Son premier roman Lettres à Stella (Letters to the lost en version originale) est sortie aux éditions des Escales le 12 mai 2016. Cet auteur tout droit venu du nord de l’Angleterre à accepter avec beaucoup d’enthousiasme de nous révéler quelques petites choses à propos de son roman mais aussi de sa vie d’écrivain. Mon avis sur le livre :

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1. Lettres à Stella est votre premier roman et est maintenant publié dans 12 pays. Quels sentiments ressentez-vous à cette évocation?

Un mélange d’étonnement, d’excitation et une immense reconnaissance. C’est un peu surréaliste, dans le bon sens du terme, de penser que des personnes le lisent dans autant de pays et de langues différents.

2. Racontez-nous vos habitudes d’écriture.

J’écris à plein temps tout en veillant sur ma famille. Mes enfants sont tous grands maintenant donc c’est plus facile de trouver du temps pour écrire bien que, d’une certaine manière, je trouve que ces adolescents prennent davantage de place moralement que de jeunes enfants. Je n’ai plus à les habiller le matin ou à les mettre au lit mais c’est surprenant l’effet que peut avoir sur ma capacité à me concentrer le stress des examens, l’argumentation à propos des piercings, des sorties ou des teintures pour cheveux.

3. Qu’est-ce qui a inspiré l’écriture de ce roman?

Une combinaison de plusieurs choses je pense. Depuis très longtemps, j’avais une idée en tête à propos d’une maison ordinaire dans une rue ordinaire qui serait restée longtemps vide et le  pourquoi de cette situation. Un jour, alors que je passais dans la chambre de ma fille, j’ai vu une lettre ouverte sur le bureau et la phrase « Letters to the lost » m’est venue à l’esprit. C’est cela qui m’a donné le titre (pour la version anglaise!) et une idée pour travailler autour. L’histoire a grandi ensuite.

4. Vous avez mêlé le roman avec l’espistolaire. Pourquoi avez-vous choisi ce schéma? Est-ce que cela n’a pas été trop difficile de trouver un bon équilibre?

Je savais depuis le début que ces lettres allaient jouer un rôle clé dans l’histoire car elles apportent un lien entre le présent et le passé. J’ai écrit les passages des années 1940 en premier et donc au fur et à mesure les lettres de Dan à Stella qui remplissent le temps où ils sont séparés. Je me suis assurée que je respectais bien la chronologie de la guerre. Le raid aérien auquel Dan prend part m’a donné une structure rigide autour de laquelle travailler ce qui a rendu la tâche en réalité plus facile. Ce n’est pas avant d’avoir fini l’histoire des années 1940 que je suis revenue au début du livre pour écrire le présent y compris la première lettre que Dan envoie pour essayer de retrouver Stella. A partir de ce moment, sa voix fut vraiment claire dans ma tête et j’ai adoré écrire à son propos.

5. Votre roman se déroule à Londres. Vous décrivez régulièrement la ville et ses rues. Est-ce une ville que vous connaissez bien et qui vous inspire?

Je vis dans une petite ville agricole du nord-ouest de l’Angleterre loin de Londres (dans tous les sens du terme!) mais je la visite régulièrement. Au fil des années j’en suis venue à bien la connaitre. Comme visiteur, je recherchais particulièrement tous les détails que je pourrais introduire dans un livre. J’ai souvent planifié des balades à pied autour d’une partie bien précise de la ville ou pour aller voir des bâtiments spécifiques. J’ai trouvé cela vraiment très inspirant. Bien que la ville ait été durement frappée durant le Blitz et que tant de troupes du monde entier soient passées par là pendant ces extraordinaires années de guerre, c’est incroyable à quel point elle est similaire aujourd’hui.

6. Votre roman pose la question de la femme dans la société. Était-ce important pour vous de les mettre à l’honneur ?

J’ai voulu écrire sur les femmes ordinaires parce que je pense que souvent elles ont (naturellement) été exclues de la fiction historique. Pour beaucoup de femmes, la Seconde Guerre mondiale a fourni indépendance et opportunité puisqu’elles ont été encouragées à prendre un rôle actif. Cependant, mon intérêt s’est porté vers ce que c’était que d’être laissé à la maison et d’être déconnecté des grandes avancées réalisées vers l’égalité, de vivre dans la peur pas seulement d’un ennemi étranger mais aussi d’un ennemi beaucoup plus proche de la maison. A cette époque, les femmes n’avaient souvent aucun moyen de s’enfuir loin d’un mari abusif sans le support de la loi ou de leur communauté. J’ai voulu examiner ce que cela faisait et aussi voir comment les attitudes envers plusieurs questions touchant les femmes ont changé dans les années intermédiaires.

7. La maison de Greenfields Lane a une place importante dans votre roman. Comme Daphné du Maurier, avez-vous voulu que cette demeure soit un personnage à part entière?

Je suis fascinée par les maisons. Je me trouve toujours attirée par les histoires ayant des maisons en leur centre. Pour moi, le thème de la « maison » a un pouvoir très fort. J’aime l’idée qu’elles retiennent une impression des gens qui y ont vécus et des évènements qui s’y sont déroulés. J’adore les écritures descriptives et les mises en scène et si cela évoque une maison suffisamment forte pour la faire ressentir comme un personnage à part entière, j’en serais très heureuse!

8. Jess est perdue et à la croisée des chemins. Trouver Stella lui donne un but ainsi qu’un sens à sa vie. Comment avez-vous pensé à ce personnage qui fait la connexion entre le passé et le présent?

Quand j’ai eu l’idée d’une maison vide et abandonnée, j’ai imaginé qu’elle pouvait être découverte par quelqu’un de brisé à la recherche de quelque chose d’inattendu. Jess a été un personnage très agréable à écrire car elle combine une extrême vulnérabilité avec une certaine dureté. Elle est aussi du nord de l’Angleterre que j’aime (car j’en viens aussi!).

9. Sur Instagram, j’ai cru comprendre que vous étiez en train de travailler sur un nouveau projet. Pouvez-vous nous en dire davantage?

C’est un livre avec une autre maison en son centre mais cette fois plus grande et plus grandiose. Je prends beaucoup de plaisir à imaginer les énormes et élégantes pièces et les effets qu’une époque peut avoir sur sa splendeur. L’histoire commence au tout début de la guerre, en septembre 1939, quand personne ne réalise vraiment quelles épreuves s’annoncent. C’est une période instable de bouleversements et d’incertitudes. L’ordre ancien est menacé et les circonstances réunissent des personnes des plus improbables. Et bien sûre, c’est une histoire d’amour!

10. Quels sont les romans qui vous ont le plus marqué?

Juste quand j’ai commencé à écrire Lettres à Stella un ami m’a envoyé un exemplaire de Une vie après l’autre (Life After Life) de Kate Atkinson que j’ai beaucoup aimé et trouvé extrêmement inspirant. Son premier livre, Dans les coulisses du musée (Behind the Scenes at the Museum), reste un de mes préférés. J’ai toujours trouvé les livres où le passé est vue depuis le présent complétement irrésistibles. Je me souviens du frisson que j’ai eu lorsque j’ai lu la première ligne de Le messager (The Go-between) de L. P. Hartley quand j’étais adolescente : « Le passé est un pays étrangé : ils font les choses différemment là-bas. » (« The past is a foreign country: they do things differently there. »). Un livre sur lequel je reviens encore et encore et que je recommande à chaque opportunité est La partie de chasse (The Shooting Party) de Isabel Colegate qui est très joliment écrit, évocateur et poignant. Suite Française d’Irène Nemirovsky est l’un des rares et précieux livres qui vous fait vous sentir à bout de souffle pendant la lecture et perdu à la fin.

Merci beaucoup et bon weekend!

Merci!

Pour lire la version originale de l’interview c’est par ici :

J’espère que cela vous a plu. N’hésitez pas à réagir, je me ferais un plaisir de relayer vos impressions à Iona Grey.

Interview réalisée dans le cadre du mois anglais.

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Fanny

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Lettres à Stella de Iona Grey

9782365691628Résumé de l’éditeur : À la nuit tombée, fuyant la violence de son compagnon, une jeune femme court dans les rues glacées de Londres. Jess n’a nulle part où aller. Surgissant dans une ruelle déserte, elle trouve refuge dans une maison abandonnée. Le lendemain matin, le facteur glisse une lettre mystérieuse par la porte. Incapable de résister à la tentation, Jess ne peut s’empêcher de la lire et se retrouve plongée dans une histoire d’amour d’un autre temps. 1943. Dans une église de Londres bombardée par le Blitz, Stella rencontre Dan, un aviateur américain. Très vite, ils sont irrésistiblement attirés l’un par l’autre. Leur histoire est a priori impossible. Rien ne joue en leur faveur : elle vient de se marier à un pasteur, lui n’a qu’une chance sur cinq de sortir vivant de cette guerre. Perdus et sans repères, la seule chose à laquelle les deux amants peuvent s’accrocher sont les lettres qu’ils s’écrivent, promesses d’un bonheur à venir.

J’ai découvert ce roman pour la première fois chez Aurélie du blog Une valise remplie d’histoires. Une histoire d’amour contrariée sur fond de Seconde Guerre mondiale, il n’en fallait pas moins pour me tenter. Je dois dire que je n’ai pas été déçue. L’auteur joue habilement entre deux temps (le présent et les années de guerre) mais aussi entre deux genres (le roman et l’épistolaire). Ceci apporte beaucoup de rythme, de rebondissement et casse une éventuelle routine. Le fin douce-amère m’a franchement charmée. Elle donne du sens à toute l’histoire qui a précédé et est franchement belle. Le contexte historique du Blitz est bien décrit avec tout plein de petits détails qui rendent l’époque plus vrai que nature.

Les protagonistes sont intéressants à suivre. Jess est un très beau personnage en quête d’un sens à sa vie. On ne cesse de s’inquiéter pour Stella et Dan. Mais ce livre est bien plus qu’une banale et énième histoire d’amour. L’auteur n’hésite pas à martyriser un peu ses personnages car leurs histoires personnelles sont loin d’être idylliques. La condition des femmes y est essentielle. Iona Grey nous donne à voir comment ce conflit a permis aux femmes de trouver une certaine indépendance ainsi qu’un rôle plus valorisant dans la société. De même qu’une certaine maison de ville a une place très importante dans ce roman à la manière d’un personnage à part entière. Elle représente beaucoup et notamment l’espoir d’une vie nouvelle pour nos différents héros.

Mon avis est quelque peu dithyrambique mais j’avoue bien volontiers avoir été charmée par cette histoire aux abords simples mais qui recèle nombre d’éléments qui mis bout à bout tiennent debout et créent un très joli roman.

Retrouvez l’interview que l’auteur a bien voulu m’accorder par ici :

Lu dans le cadre de la masse critique de Babelio.

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big-logoLu dans le cadre du mois anglais.

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Etta et Otto (et Russell et James) de Emma Hooper

9782365690829Résumé de l’éditeur : Dans sa ferme du fin fond du Saskatchewan, Etta, 83 ans, n’a jamais vu l’océan. Un matin, elle enfile ses bottes, emporte un fusil et du chocolat et entame les 3 232 kilomètres qui la séparent de la mer. « J’essaierai de ne pas oublier de rentrer. » C’est le mot qu’elle laisse à Otto, son mari. Lui a déjà vu l’océan, il l’a même traversé des années plus tôt, pour prendre part à une guerre lointaine. Il comprend la décision de sa femme mais, maintenant qu’elle n’est plus là, ne sait plus comment vivre. Russell, l’ami d’enfance d’Otto, a passé sa vie à aimer Etta de loin. Il ne peut se résoudre à la laisser seule et part à sa suite. Et qui sait, peut-être pourra-t-il chasser le caribou en chemin.

Ce beau roman m’a permis quelques heures de répit après les attentats du 13 novembre. Certes, il faut continuer à vivre malgré l’incertitude de la situation et de l’avenir mais lorsque les évènements sont trop lourds à porter un livre est toujours le bienvenu pour se ressourcer. Etta et Otto est un road-trip canadien. Nous suivons Etta, 83 ans, dans sa quête pour voir la mer pour la première fois de sa vie en parcourant plusieurs milliers de kilomètres. Elle va faire des rencontres parfois farfelues mais pleines de sens. Otto est un beau personnage qui doit vivre sans sa femme. En effet, cette dernière s’occupait de tout à la maison, il doit donc se prendre en main ce qui nous donne à lire des moments assez drôles.

Nous oscillons entre présent et flashbacks ainsi qu’entre trois points de vue différents. Nous assistons donc à la rencontre entre Etta et Otto au début de la Seconde Guerre mondiale. Nous comprenons ce qu’ils ont traversé durant tant d’années. Cette histoire possède une vraie force et peut faire écho en chacun d’entre nous. Les thèmes de la vieillesse, de la perte de mémoire et du souvenir sont toujours présents. C’est nostalgique, mélancolique mais toujours pudique et sensible. On s’attache facilement aux différents protagonistes qui ont tous vécu des coups durs. Les descriptions des différents paysages canadiens sont exquises à lire. On ressent toute la grandeur de ce territoire.

Comme vous l’aurez compris, ce livre est une belle découverte. Pour un premier roman Emma Hooper s’en sort haut la main. Le mélange présent/flashbacks, points de vue distincts, thématique de la vieillesse et road-trip fonctionne très bien. J’ai également apprécié la sensibilité, la pudeur et la profondeur de l’ensemble.

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