2 romans, 2 avis, 1 billet #2

Adobe Photoshop PDFLes Outrepasseurs, Tome 1 : Les héritiers de Cindy Van Wilder

J’ai acheté ce roman lors des Imaginales 2014 en même temps que de rencontrer l’auteure. Il s’agit d’une personne franche, sympathique et toute en bonne humeur. J’ai un peu attendu avant de découvrir ce premier tome mais je dois dire que je n’ai pas été déçue. En effet, Cindy dresse une histoire assez complexe et prenante. La majorité du récit se déroule lors d’un flashback vers le Moyen-âge. A mon sens, le style d’écriture est encore un peu timide. Même si ma lecture n’en a pas été gâchée, j’ai pu ressentir quelques maladresses mais rien de bien méchant. Peter découvre ses ancêtres et n’est finalement que peu présent dans ce premier tome. Je me suis passionnée et étonnée en même temps que ce jeune héros. Il est vrai qu’au début le décor planté peut paraitre un peu flou. Cependant, au fil des pages tout devient limpide.

Ce début de saga est ambitieux, intéressant et a su me convaincre. Cindy Van Wilder ne tombe pas dans la facilité et nous promet de belles aventures à venir. J’avoue avoir hâte de découvrir le second tome car je souhaite davantage apprendre à connaitre Peter et ce qu’il va advenir de son destin et de celui de Shirley qui lui est lié.

9782221146255

Un dernier moment de folie, nouvelles oubliées de Richard Yates

Voici un auteur que j’aime tout particulièrement. Jusqu’à présent je n’avais lu de lui que des romans. C’est donc avec plaisir que je l’ai découvert dans un genre parfois glissant. Je dois dire que Richard Yates le maitrise avec brio. J’ai particulièrement aimé la fin cinglante en une seule phrase de la première nouvelle (Le Canal). Des cloches dans le petit matin reste le texte le plus marquant, le plus émouvant mais aussi le plus terrible. Richard Yates reste fidèle à ses thèmes de prédilection comme la lassitude, la difficulté de trouver sa place, l’influence et le souvenir de la guerre. C’est particulièrement bien écrit, c’est fin et c’est réfléchi. Mention spéciale pour la  couverture que je trouve complétement adapté.

C’est une réussite totale! Il s’agit d’un magnifique recueil de nouvelles. Encore une fois, Richard Yates a su m’embarquer dans son univers. L’ensemble est beau et touchant. Cet auteur devient une valeur sûre. Je n’hésiterais plus à aller vers l’un de ses ouvrages.

Fanny

MaddAddam de Margaret Atwood / Rentrée littéraire 2014

9782221141304Résumé de l’éditeur : Quand ce roman commence, la plus grande partie de la population de la Terre a été exterminée par une épidémie créée par l’homme ou, plus exactement, par un certain Crake, qui avait décidé de sauver la planète en éliminant l’humanité et en la remplaçant par des créatures innocentes, herbivores et pacifistes, les Crakers. Un petit groupe de survivants, comprenant des MaddAddam – des biogénéticiens terroristes qui luttaient auparavant contre les Corporations –, des Jardiniers de Dieu, qui se consacraient à la prière et à la vénération de la Terre, et les Crakers, évolue dans ce monde postapocalyptique. Leurs leaders, Toby et Zeb, protègent cette nouvelle communauté des offensives des Painballers ultraviolents et des porcons géants, des hybrides de porcs et d’humains avec qui ils devront conclure finalement un pacte pour venir à bout de menaces plus dangereuses encore pour tous. Les survivants forment un groupe traumatisé et cynique mais ou naissent des histoires d’amour et de solidarité, signe d’espoir pour l’avenir de l’humanité.

Ce roman de science-fiction n’a rien à envier à la grande mode de la dystopie adolescente et young-adult puisqu’ici l’auteure va bien plus loin et instaure un univers plus complexe, poussé, recherché, vraisemblable et donc plus intéressant. Il existe un élément que j’aime particulièrement dans ce genre de roman post-apocalyptique, c’est le côté survie, système D voire régression technologique et retour à des façons de vivre plus anciennes et à des valeurs saines et primordiales. Le lecteur se met d’ailleurs forcément à la place des héros. Des questions s’immiscent dans notre esprit tels que : « Qu’est-ce que je serais prêt à faire pour sauver ma peau et celle de mon entourage dans des conditions extrêmes ». Malgré les conditions difficiles, les menaces et les sentiments exacerbés, nous sommes régulièrement face à des moments de sérénité qui permettent de relâcher la tension. Il y en a bien besoin dans ce monde terrible!

Certains éléments rappellent notre environnement ou l’actualité comme la recherche à tout prix de la jeunesse, le pouvoir de l’argent et du sexe. L’auteure pose la question du chemin que l’humanité est en train de prendre et le résultat de notre consommation à tout va. Voulons-nous d’un monde comme nous le décrit Margaret Atwood? Il y a certains éléments troublants et notamment le fait que les créatures créées par l’homme, les crackers, sont terriblement attachantes et attendrissantes. Quelles sont les limites relationnelles avec ces êtres artificiels? Malgré une certaine noirceur l’histoire finit sur une belle note et un joli ton. Malgré tout des questions restent en suspens. Cet opus peut se lire indépendamment des deux premiers tomes de la série (Le dernier homme et Le temps du déluge). Il faut tout de même un temps d’adaptation à l’univers créé ainsi qu’à la mise en forme du récit. D’ailleurs j’ai grandement apprécié les flashbacks sur la vie de Zebulon (dit Zeb). Ils permettent de bien comprendre et de s’approprier tout ce qu’a tissé précédemment Magaret Atwood.

Des personnages attachants, un humour noir, un récit rythmé, une belle plume et une ambiance recherché, ce roman fut un plaisir à parcourir. Cette histoire dystopique fait froid dans la dos car il est impossible de ne pas reconnaitre l’aboutissement du chemin qu’est en train de prendre notre société de surconsommation. A lire!

Fanny

La lumière des étoiles mortes de John Banville / Rentrée littéraire 2014

9782221133644Résumé de l’éditeur : Qu’est-ce qui sépare la mémoire de l’imagination ? Cette question hante Alex alors qu’il se remémore son premier – peut-être son unique – amour, Mme Gray, la mère de son meilleur ami d’adolescence. Pourquoi ces souvenirs resurgissent-ils maintenant, à cinquante ans de distance, se télescopant avec ceux de la mort de sa fille, Cass, dix ans plus tôt ? Un grand Banville, troublant et sensuel, sur la façon dont les jeux du temps malmènent le cœur humain.

Je ne connaissais pas du tout cet auteur irlandais avant de découvrir son nouveau roman édité et traduit pour cette rentrée littéraire. J’ai donc pu à mon tour profiter de sa plume et d’une ambiance bien particulières. En effet, l’écriture de l’auteure est un délice à lire. Le vocabulaire est soutenu et varié. Le tout est surmonté d’une sensualité et d’une sensibilité qui donne à cette histoire un ton délicat et plein de sens. John Banville met en place un beau roman qui tourne autour de la fugue des souvenirs à propos d’évènements qui ont pu jalonnés notre vie. Alex, un acteur sur le retour, tente de coucher par écrit ses pensées. Mais la mémoire est bien facétieuse et certains détails lui échappent provoquant parfois chez lui une certaine frustration.

La construction du récit m’a plu. Nous partageons notre lecture entre le temps présent et flashbacks. Certains passages sont assez émouvants et ont su me toucher. Le titre est une parfaite métaphore et représente très bien ce que contient ce livre ainsi que les sentiments du personnage principal. On est forcé de se reconnaitre dans cette nostalgie et cette prise de conscience des aléas de la mémoire. On aimerait tout retenir, tout enfermé dans notre esprit à la manière de la pensine du monde d’Harry Potter. En ce qui concerne les personnages, Mme Gray, avec qui Alex a une aventure alors qu’il n’a que 15 ans, reste une figure floue dans le sens où on ne connait pas ce qu’elle ressent vis-à-vis d’Alex ni ses motivations de continuer leur liaison.

Ce roman habilement écrit et mené est pour ma part une réussite. Il est empli de sens, de vérité et de sensibilité. John Banville nous offre une histoire où la mémoire joue des tours au héros en oubliant ou au contraire en exacerbant certains souvenirs. Un auteur à découvrir et une plume à savourer.

Fanny