La vie rêvée de Virginia Fly de Angela Huth

918a3x5ixhlRésumé de l’éditeur : Souvent, debout face à ses élèves ou allongée sur son lit, Virginia Fly a la vision merveilleuse d’une main d’homme caressant son corps, déclenchant un frisson le long de son épine dorsale. Que ferait-elle si un inconnu apparaissait à la fenêtre, pénétrait dans la pièce et la séduisait? Car à trente et un ans, Virginia, toujours vierge, vit sagement chez ses parents, dans la banlieue de Londres. Il y a bien son ami Hans, un professeur mélomane, mais ce n’est pas lui qui assouvira ses fantasmes. Non, celui qu’elle attend, c’est Charlie, son correspondant américain, dont la visite s’annonce enfin après douze années d’échanges épistolaires. Seulement cette arrivée coïncide aussi avec la diffusion d’un reportage télévisé sur Virginia, qui se prend à rêver que, parmi les opportunités tout à coup florissantes, il en est une – peut-être le charmant Ulick Brand? – qui saura combler ses attentes.

Angela Huth est une autrice que je voulais découvrir depuis longtemps. Les filles de Hallows Farm (Land Girls) est surement son roman le plus connu. Une masse critique Babelio privilégiée a été l’occasion pour moi de plonger dans un univers so british. Le lecteur fait la rencontre de Virginia Fly, vieille fille vivant chez ses parents. Elle est la cible de tous les regards du voisinage. Ce phénomène s’amplifie lorsqu’elle participe à une émission de télévision qui met en avant sa virginité. De rencontre en rencontre, de rebondissement en rebondissement et de déception en déception nous entrons dans la vie de Virginia Fly qui n’est finalement pas si plate que cela. Loin de la!

Angela Huth est parfois bien cruelle avec son héroïne surtout lorsqu’elle nous la montre sous un jour franchement pathétique. En effet, Virginia a la fâcheuse tendance de nourrir des fantasmes sans réussir à les assouvir. Sous ses abords de jeune fille bien sous tout rapport Virginia Fly nous surprend souvent. Elle peut se montrer fougueuse mais aussi cinglante grâce à des remarques piquantes et bien senties. Nous avons donc affaire à un personnage principal qu’on prend plaisir à suivre. La fin douce-amère fait réfléchir et met aussi quelque peu mal-à-l’aise. Pas sûre qu’après toutes ces expériences Virginia Fly soit véritablement heureuse. Mais toujours est-il qu’elle fait un choix. Elle est ainsi le reflet de la pression sociale que subissent les femmes d’une certaine époque.

J’ai beaucoup aimé ce roman plus profond qu’il n’y parait. Tantôt cruel, tantôt cocasse et satirique, le lecteur fait la connaissance d’une antihéroïne. Nous la suivons avec beaucoup de plaisir mais aussi d’accablement parfois dans ces aventures entre Londres et sa banlieue. Une lecture drôle et piquante à la fois!

Participation au challenge A year in England de Titine.

11800031_10207543959508138_8537340896721806582_nLu grâce à la masse critique Babelio et aux éditions La table ronde.

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Fanny

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The Girls de Emma Cline / Rentrée littéraire 2016

81exqc-2uklRésumé de l’éditeur : Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n’a que Connie, son amie d’enfance. Lorsqu’une dispute les sépare au début de l’été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l’atmosphère d’abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l’aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d’une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l’adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s’y faire accepter. Tandis qu’elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s’aperçoit pas qu’elle s’approche inéluctablement d’une violence impensable.

Pour son premier roman, Emma Cline s’est attelée à un sujet coup de poing et plutôt ambitieux. En effet, elle s’inspire de la secte de Charles Manson ayant défrayée la chronique aux États-Unis dans les années 60. Ici, les noms sont modifiés mais le parallèle est très facile à faire. L’auteur nous introduit dans ce groupe dirigé par un homme froid, pervers et colérique. Il est entouré de quelques hommes. Mais la majorité de ces adeptes sont des femmes dont il se sert pour assouvir ses pulsions sexuelles. Elles sont désœuvrées, fragiles et coupées de leur famille. Ce groupe vit en reclus dans un minimalisme et un dénuement outrancier. Ils pratiquent le vol et la pression pour subvenir à leurs besoins. C’est souvent assez glauque. Le lecteur reste toujours dans une position inconfortable car une ambiance malsaine se dégage à chaque page.

Nous suivons Evie dans une alternance de chapitres entre adolescence et âge adulte. Emma Cline étudie sa psychologie d’une manière très poussée. Quels éléments peuvent pousser une  adolescente de 14 ans à s’insérer dans une secte et à aller jusqu’à la dernière limite avant le meurtre ? Le lecteur assiste au lent glissement de la vie de notre héroïne sans pouvoir rien y faire. Sa vie ne lui convient pas et découvre en Suzanne un modèle à suivre. C’est aussi l’importance d’appartenir à un groupe qui est explicitée ici. Nous sommes spectateurs des drames qui se jouent dans cette petite communauté. Nous découvrons aussi l’Evie adulte dans sa nouvelle vie après les procès (elle-même n’a pas été inquiétée par la justice). Ce pan trouble de son existence est gravé en elle, la poursuit et faire naitre une multitude d’interrogations.

The girls n’est clairement pas facile à lire. Ce livre choque, bouscule et met son lecteur dans une posture inconfortable de spectateur d’une descente aux enfers. Il s’agit d’une fiction qui frise aussi parfois avec le reportage. Ce premier roman au sujet ambitieux est une réussite. Emma Cline est sans aucun doute un auteur à suivre.

Lu en lecture commune avec Fanny.

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Fanny

Deux remords de Claude Monet de Michel Bernard / Rentrée littéraire 2016

i23497Résumé de l’éditeur : Lorsque Claude Monet, quelques mois avant sa disparition, confirma à l’État le don des Nymphéas, pour qu’ils soient installés à l’Orangerie selon ses indications, il y mit une ultime condition : l’achat un tableau peint soixante ans auparavant, Femmes au jardin, pour qu’il soit exposé au Louvre. À cette exigence et au choix de ce tableau, il ne donna aucun motif. Deux remords de Claude Monet raconte l’histoire d’amour et de mort qui, du flanc méditerranéen des Cévennes au bord de la Manche, de Londres aux Pays-Bas, de l’Île-de-France à la Normandie, entre le siège de Paris en 1870 et la tragédie de la Grande Guerre, hanta le peintre jusqu’au bout.

J’ai toujours eu une admiration et une passion pour l’impressionnisme et plus particulièrement pour l’un de ses fondateurs, Claude Monet. La visite de la maison du peintre à Giverny pendant mon adolescence et les années passant n’ont fait qu’accroitre mon intérêt. Du coup, il est évident que je ne pouvais passer à côté de cette parution. Ce roman est passionnant. Ils se divisent en trois grands chapitres. Les deux premières parties concernent la vie et la mort de Frédéric Bazille puis celles de Camille (première femme de Claude Monet). Elles donnent tout le sens, la profondeur et l’intensité à la dernière partie consacrée au peintre lui-même. Elles se complètent toutes parfaitement. Les descriptions de certains tableaux sont magnifiques. L’ensemble est, de toute façon, très bien écrit. La plume de l’auteur nous faire bien ressentir tout l’intérêt particulier que celui-ci porte à toutes ces personnes.

L’air de rien, Michel Bernard nous explique beaucoup de chose sur l’art de la peinture, sur certaines toiles, sur les personnes qui ont vécu au côté de Claude Monet, sur les différentes époques qu’a vécu le peintre et sur la fin de vie de ce dernier. Elle a d’ailleurs une place importante car c’est là que ressurgissent la nostalgie mais aussi et surtout les remords. J’ai été émue et impressionnée par ce vieux monsieur qu’est devenue Monet. Jusqu’au bout, il tente de laisser une trace tangible et visible par tous dans de grands musées parisiens des personnes qu’il a profondément aimé mais aussi très vite perdu. C’est certain que je ne verrais plus jamais les œuvres de Monet et de Bazille de la même façon. Dès que je les observerais, j’aurais dorénavant en tête ce que Michel Bernard m’a conté. Je crois que c’est d’ailleurs le plus beau compliment que je puisse faire à ce roman et à son auteur.

Je ne suis peut-être pas objective car l’impressionnisme et Claude Monet sont deux sujets que j’aime énormément. Tout dans ce livre m’a plu : le style d’écriture, le découpage du récit, les descriptions, les émotions. La beauté de l’objet-livre est aussi à noter. L’élégance, le design épuré, le grain de la couverture et du papier, la reproduction de quelques tableaux et la couleur rouge comme fil conducteur offrent un bel écrin à ce roman.

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Fanny

A l’orée du verger de Tracy Chevalier

I23426Résumé de l’éditeur : En 1838, dans l’Ohio, la famille Goodenough s’installe sur les terres marécageuses du Black Swamp, dans l’Ohio. Chaque hiver, la fièvre vient orner d’une nouvelle croix le bout de verger qui fait péniblement vivre cette famille de cultivateurs de pommes. Tandis que James, le père, tente d’obtenir de ces terres hostiles des fruits à la saveur parfaite, la mère, Sadie, en attend plutôt de l’eau-de-vie et parle à ses enfants disparus quand elle ne tape pas sur ceux qui restent. Quinze ans et un drame plus tard, leur fils Robert part tenter sa chance dans l’Ouest. Il sera garçon de ferme, mineur, orpailleur, puis renouera avec la passion des arbres en prélevant des pousses de séquoias géants pour un exportateur anglais fantasque qui les expédie dans le Vieux Monde. De son côté, sa sœur Martha n’a eu qu’un rêve : traverser l’Amérique à la recherche de son frère. Elle a un lourd secret à lui faire partager… 

Au fil de mes lectures, Tracy Chevalier devient une valeur sûre et incontournable. Ce nouveau roman, bien qu’assez différent des précédents que j’ai pu lire, ne fait que confirmer cette place dans ma vie de lectrice. Ici, l’auteur nous emmène d’abord dans l’Ohio puis dans l’ouest des États-Unis durant la première moitié du XIXe siècle.  L’atmosphère générale est assez sombre, dure, violente voire mélancolique parfois. L’écrivain nous donne à voir des vies difficiles au milieu d’une nature sauvage où les efforts et les espoirs ne sont pas toujours récompensés. Le corps et l’esprit sont donc mis à rude épreuve. La psychologie des personnages est travaillée et profonde.

Comme à son habitude, Tracy Chevalier excelle dans le mélange du romanesque et de la rigueur historique. C’est avec beaucoup de précision qu’elle nous détaille une époque et des modes de vie. L’ensemble est saisissant de réalisme. C’est le genre de roman qui demande non seulement un  travail d’écriture impressionnant mais aussi un travail de recherche de longue haleine. Pour corser encore un peu plus l’ensemble (parce que clairement Tracy Chevalier n’aime pas tomber dans la facilité), l’auteur nous offre un cours magistral concernant la culture des pommiers. Loin d’être ennuyeux, elle arrive à insérer parfaitement tous ces éléments dans son roman.

Je me suis régalée de bout en bout. C’est un très bon roman où le romanesque côtoie l’historique. Tracy Chevalier nous initie d’une belle façon à la culture des pommiers. C’est une lecture qui apprend beaucoup à son lecteur. A mon sens, il est impossible de ressortir indemne d’un tel ouvrage.

Lu dans le cadre du challenge XIXe siècle.

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Fanny