Le coeur à bout de souffle de Saul Bellow

9782221133255Nous rencontrons Kenneth, un jeune homme se trouvant dans une situation amoureuse difficile et ayant une petite fille. Il entretient une relation particulière de confident avec son oncle, Benn Cradder. Ils ont tous les deux de grandes capacités intellectuelles. Le neveu est universitaire spécialiste de la littérature russe et l’oncle est botaniste. Cependant, ils ne sont pas du tout aptes aux relations sociales et amoureuses. Ceci provoque des situations à la fois cocasse et terribles.

Dès les premières pages nous sommes prévenus : la principale particularité du narrateur (Kenneth) est de divaguer sur divers sujets et de partir dans des digressions n’ayant rien à voir avec la conversation de départ. C’est ainsi qu’il nous parle de son oncle et ne peut s’empêcher de faire des parenthèses. Il est souvent dur à suivre sur le terrain de la littérature russe et de la psychanalyse qui sont parfois difficiles à appréhender. Ces égarements ne sont pas très accessibles car ils traitent de sujets bien ciblés. J’ai parfois eu l’impression de me perdre en chemin.

Ce roman de 600 pages est agréable à lire dans l’ensemble. Mais certains passages m’ont paru quelque peu longuet notamment à cause des égarements des deux personnages. Par contre, j’avoue avoir régulièrement souri devant leurs difficultés face aux relations amoureuses. Ils ne semblent pas vraiment doués pour cela. Les deux personnages principaux sont attachants par leur inaptitude à se conformer à la société.

Je suis très heureuse de découvrir un peu plus la littérature américaine que je lis finalement peu. Après Richard Yates, j’ai découvert avec Saul Bellow une autre façon de décrire les relations humaines. Par contre, les longueurs et les thèmes difficilement accessibles ont un peu gâché ma lecture. Heureusement, l’humour, la trame principale, les flashbacks et les personnages sont bien agréables.

Merci aux éditions Robert Laffont – Pavillons Poche, à Christelle pour l’envoi de ce livre.

Fanny

Un été à Cold Spring de Richard Yates

9782221138861

Résumé de l’éditeur : Long Island, fin des années 1930. Fils d’un officier en retraite et d’une mère neurasthénique, le très séduisant Evan Shepard n’a pas dix-huit ans quand il épouse Mary, une lycéenne « provocante », tombée enceinte peu après leur première sortie au cinéma. S’il se révèle un mécanicien prometteur, il est parfaitement dénué d’ambition tandis que Mary, elle, prépare son entrée à l’université dès la naissance de leur fille : elle veut devenir un « être à part entière ». Rapidement, c’est l’échec du couple, puis le divorce. Quelques années plus tard, une seconde chance s’offre à Evan en la personne de Rachel Drake. Étonnamment douce, vertueuse et effacée, parfaite antithèse de Mary, elle est la fille de Gloria, une hystérique en mal d’amour et la sœur de Phil, un adolescent brillant, chétif et complexé.

Dans son roman, Richard Yates (1926-1992) s’attarde sur ses personnages. Il développe leur caractère, et l’incidence de leur passé sur ce qu’ils vivent lors de cet été de 1942. Ils ont des comportements et des caractères stéréotypés. L’attachement aux personnages ne se fait pas par leur sympathie mais par la découverte de leur vice, de leur défaut, de leur déconvenue. Parfois, l’auteur nous dévoile quelques révélations sur eux et notamment sur la mère d’Evan. Ce qui m’a le plus marqué, ce sont les regrets que transportent les personnages ainsi que les actes manqués et leur enferment dans un certain cadre qui les emportent dans la haine et la frustration. Chaque personnage est mis en avant au fil du roman. Nous connaissons leur façon de voir les choses. On oscille entre joie puis assez vite désenchantement comme s’ils s’embourbaient dans des situations qu’ils n’ont pas souhaité.

L’auteur déroule sous nos yeux la fresque pessimiste d’une Amérique des années 30 puis 40 en pleine rupture entre conservatisme et modernité. Le traitement de cette époque est particulier car l’auteur l’a vécu lors de son enfance et rédige ce roman en 1986 avec un grand recul. La seconde guerre mondiale qui fait rage nous est souvent rappelée et inscrit encore plus le récit dans un désenchantement omniprésent. L’ambiance du roman est parfois pesante et tendue. Ceci place régulièrement le lecteur à la place des personnages qui veulent à tout prix fuir leur vie.

Ce livre est agréable et rapide à lire. Richard Yates use d’une écriture acérée et sans appel. Dommage qu’il n’y ait pas une vraie fin. Je m’attendais vraiment à un final comme La fenêtre panoramique (je n’ai vu que le film connu sous le nom Les noces rebelles…) par exemple. Nous laissons les personnages là au bord de la route sans évolution. Il faut savoir que c’est un roman qui n’est pas basé sur la rechercher d’action ou de rebondissement mais bien sur une peinture d’une famille modeste de l’Amérique des années 40. Cependant l’auteur sait très bien nous embarqué dans cette époque, cette atmosphère particulière.

Voilà un petit livre en apparence mais grand par le sens et ses personnages. Un été à Cold Spring me donne envie de découvrir d’autres romans de l’auteur.

Merci aux éditions Robert Laffont – Pavillons Poche, à Christelle ainsi qu’à Cécile pour l’envoi de ce livre.

 Fanny

Lectures intimes de Virginia Woolf

Ce livre est en fait un recueil d’essais et de réflexions littéraires rédigés par Virginia Woolf. Il est possible de distinguer deux parties. La première porte sur des écrivains en particuliers (Jane Austen, Charlotte et Emily Brontë, Thomas Hardy, Henry James, Madame de Sévigné, etc.). La seconde se focalise davantage sur des genres littéraires (biographies, mémoires, essais, etc.) et sur la vie des écrivains en général  (La vie et le romancier, Métiers de femmes, etc.).

Il s’agit d’une lecture à la fois rigoureuse car le vocabulaire et la façon d’écrire sont assez soutenus mais aussi facile à lire. A mon avis, il est mieux de connaitre un minimum les romans et les auteurs dont elle nous parle ou au moins s’être renseigné auparavant afin de bien saisir tout ce dont il est question. Parfois, il m’est arrivé de me retrouver dans une ignorance totale du sujet. Ces passages furent quelque peu fastidieux.

En lisant ce recueil il faut garder à l’esprit que tout ce que dit Virginia Woolf est subjectif. Elle donne son point de vue. A chaque fois elle nuance son avis en nous donnant les qualités de tel chose ou de tel auteur mais aussi les défauts et travers. Cependant, elle conclut bien souvent sur un auteur avec bienveillance et en complimentant. Voilà, par exemple, ce qu’elle dit à la fin du chapitre sur Jane Austen :

« Vaines sont les spéculations : l’artiste la plus parfaite parmi les femmes, l’écrivain dont les livres sont immortels, mourut  » juste comme elle commençait à avoir confiance en son propre succès. « »

Une lettre incendiaire de Virginia nous est également retranscrite. C’est là que nous nous rendons compte de son caractère bien trempé et de sa répartie. Elle n’y va pas de main morte. A travers cette lecture on ressent vraiment la femme libre et engagée (notamment du point de vue de la condition féminine) qui se cache derrière ce personnage de la vie littéraire anglaise dans une société en pleine mutation. Elle met également en avant ses amis intellectuels du Bloomsbury Group. D’ailleurs ce livre permet d’en apprendre beaucoup et de voir sous un autre jour la littérature du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle.

Une lecture intéressante et très enrichissante qui donne envie de découvrir les romans de Virginia Woolf.

Merci aux éditions Robert Laffont – Pavillons Poche, à Christelle ainsi qu’à Cécile pour l’envoi de ce livre.

 

 Fanny