La grâce des brigands de Véronique Ovaldé / Rentrée littéraire 2013

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Résumé de l’éditeur : « Maria Cristina Väätonen a seize ans lorsqu’elle quitte la ville de son enfance, une bourgade située dans le grand Nord, entourée de marais et plongée dans la brume la plupart de l’année. Elle laisse derrière elle un père taciturne, une mère bigote et une sœur jalouse, pour s’installer à Santa Monica (Los Angeles). C’est le début des années 70 et des rêves libertaires. Elle n’a pas encore écrit le roman dans lequel elle réglera ses comptes avec sa famille, et qui la propulsera sur la scène littéraire. Et elle n’est pas encore l’amante de Rafael Claramunt. Séducteur invétéré, cet excentrique a connu son heure de gloire et se consacre désormais à entretenir sa légende d’écrivain nobélisable. Est-il un pygmalion ou un imposteur qui cherche à s’approprier le talent de Maria Cristina ? »

Aujourd’hui je vous parle d’un livre qui m’a donné un sentiment bien étrange en le refermant. Je n’ai eu aucun mal à aller au bout tout en étant incapable de rentrer totalement dans l’histoire. Il existe comme une barrière entre le lecteur et les personnages. Celle-ci nous empêche d’avoir de l’empathie même dans les moments les plus terribles ainsi que de comprendre et d’atteindre leur sentiment et leur ressenti. Les personnages sont stéréotypés et déjà vus : entre le pygmalion, la mère complétement névrosée, le père dépressif et l’écrivain qui se cherche. Pourtant ils sont plutôt loufoques et dérangés et auraient pu servir à merveille le récit.

Toutefois nous avons sous les yeux une écriture et une construction maitrisées. Véronique Ovaldé possède sans aucun doute un style singulier et agréable. Deux types de narration se croisent : la troisième personne puis quelque fois la première personne. Mais nous ne savons pas qui prête sa voix à cette dernière ni pourquoi. La construction du roman est assez commune mais elle a le mérite de donner un sens particulier au roman puisque nous passons du présent vers un flashback pour revenir au présent. Les thèmes abordés sont plutôt intéressants : comment réussir par soi-même, le poids d’une enfance et d’une éducation difficile en dehors du monde réel, le passé qui nous rattrape.

A mon sens, la fin brutale n’apporte rien. On ne sait pas bien quelle est le but de ce roman. Même après coup je ne sais pas ce que Véronique Ovaldé a voulu nous transmettre. Il en va de même en ce qui concerne le contexte de l’ouest américain des années 70. Bizarrement, j’ai à la fois plutôt aimé suivre l’histoire de cet enfant puis de cette femme tout en restant au bord de la route. Malgré une certaine fantaisie tout ceci manque sérieusement de charme et d’accessibilité. On referme ce livre sans plus de tristesse que ça. Cette histoire ne me laissera malheureusement pas de souvenir impérissable…

Voilà un avis bien mitigé pour ma première rencontre avec cette auteure. J’ai ressenti comme un mélange de fascination et de perplexité. Je suis malheureusement restée à l’extérieure de l’action malgré un style vraiment agréable. Cependant, il manque quelque chose pour emporter le lecteur qui voit passer les évènements sans y prendre part un seul instant.

Lu dans le cadre d’une lecture commune avec Camille.

Lu dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire 2013 de Priceminister. Merci pour l’envoi.

Fanny

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Instinct primaire de Pia Petersen / Rentrée littéraire 2013

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La collection Les affranchis des éditions NiL regroupe des œuvres épistolaires. En effet, chaque livre est une lettre destinée à une personne. Ici Pia Petersen écrit à son ex-compagnon. Elle lui expose tout l’amour qu’elle lui porte mais aussi sa façon de voir la vie et en particulier la vie de couple. Leur histoire n’a pas fonctionné puisque qu’elle ne souhaitait pas se marier ni avoir d’enfant alors que lui si. Dans cette lettre, Pia Petersen se confie à lui sur ses regrets, ses doutes passés et ses convictions les plus intimes.

Comme vous l’aurez compris, il s’agit d’un récit engagé d’une femme qui croit fort en ses convictions. Dans son passé, face à des femmes atterrées à l’idée qu’elle ne veuille pas d’enfant  elle a parfois eu du mal à assumer sa pensée, elle nous l’expose sans aucune concession en utilisant ses propres mots. Elle est touchante par son humanité, ses faiblesse mais aussi par sa combativité à ne pas se plier aux normes. Ce que j’ai apprécié c’est que Pia Petersen ne dénigre pas les femmes qui ont des enfants. Elles dénoncent seulement celles qui ne respectent pas sa façon de voir les choses et de mener sa vie.

Ce livre contient également une bonne dose d’émotion puisqu’à plusieurs reprises l’auteure dévoile à l’homme qu’elle aime tout l’amour qu’elle lui porte. Mais elle ne peut renoncer à ce qu’elle est et à ce qu’elle ressent au plus profond d’elle-même. Il s’agit d’une belle preuve de sincérité, d’honnêteté, de tolérance et de respect des choix de vie d’autrui.  Pia Petersen fait tomber les tabous avec brio et sobriété. La société nous enferme dans un rôle qui ne nous est pas forcément adapté. Il faut savoir s’affranchir de ces codes pour vivre sa vie malgré les regards et les jugements extérieurs. Il s’agit d’une lettre qui prend aussi la forme d’un manifeste et d’un coup de gueule à l’encontre des jugements. Elle dévoile une pensée intime, profonde dont ont parle peu dans notre société.

Je me suis reconnue à plusieurs reprises. En effet, à seulement 23 ans je subis déjà des réflexions de ce genre. Comme si ayant fini les études, ayant un compagnon et ayant un travail je suis seulement bonne à faire un enfant ou que ma personnalité ne sera complète seulement lorsque j’aurais donné la vie. Pour ma part, je pense qu’il est possible de s’accomplir et de devenir quelqu’un de bien en dehors de la maternité. Je trouve ça assez triste et réducteur.  Bizarrement, ces remarques ne viennent jamais de ma famille (ils savent à quoi s’en tenir avec moi) mais plutôt de collègues de travail ou de connaissances. Toujours est-il que l’idée d’avoir un enfant ou de me marier ne me vient même pas à l’esprit et pourtant je me sens très bien dans mes baskets.

Voilà un petit livre à mettre entre les mains de femmes et d’hommes pour une prise de conscience dans une société qui se targue d’être ouverte et moderne.. Qu’on soit d’accord ou non avec ce qu’expose l’auteure, il fait forcément réfléchir et nous mène vers davantage de tolérance. La conclusion : un homme ou une femme peut très bien trouver le sens de sa vie, s’accomplir, s’affirmer et faire de belles choses sans pour autant être marié ou parent. A réfléchir et à accepter…

Merci aux éditions Robert Laffont – NiL, à Christelle ainsi qu’à Cécile pour l’envoi de ce roman.

Fanny

Cinq jours de Douglas Kennedy / Rentrée littéraire 2013

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Je vous retrouve aujourd’hui pour la chronique d’un roman de cette rentrée littéraire 2013. Douglas Kennedy est l’auteur de multiple bestseller. Malgré cela je n’avais encore jamais eu l’occasion de lire un de ces romans.

Laura (marié, deux enfants) est malheureuse en ménage. Elle travaille comme technicienne de radiologie dans le Maine et assiste de temps en temps à des colloques. C’est ainsi qu’elle doit se rendre à l’un d’entre eux à Boston pendant tout un weekend. Il va y faire une rencontre, celle de Richard, qui va changer sa vie de femme.

Autant le dire tout de suite l’intérêt de ce roman ne réside pas dans l’action mais bien dans l’analyse psychologique et l’introspection des personnages. L’auteur s’attache clairement à décortiquer leurs états-d’âme et l’impact du passé sur leur vie présente. Comment ne pas se reconnaitre dans l’une ou l’autre de ces personnes à un moment de notre vie ? Ainsi les thèmes du couple, des relations parents-enfants sont très présents. Ils ne correspondent pas du tout à mes préoccupations actuelles mais grâce à la superbe écriture de Doulgas Kennedy, les destins de Laura et Richard ont su me toucher.

L’auteur a mis en place pour son récit une construction originale divisée en cinq parties qui correspondent à cinq jours de la vie de Laura et de Richard. La majorité du récit se déroule sous forme de conversations et de confidences entre nos deux héros. C’est ainsi que nous faisons leur connaissance grâce à l’évocation de leur passé. Ce dernier est très présent et semble bloquer leur vie actuelle. Nous ressentons leurs regrets, leurs choix douloureux ainsi que la pression familiale et le poids du regard de leurs parents dans leur jeunesse.

Il s’agit d’un beau roman tout en subtilité avec une fin douce-amère et une morale disant que tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir. Si j’en ai l’occasion j’essaierais de découvrir un autre roman de Douglas Kennedy car son écriture m’a largement convaincu.

Page facebook française de l’auteur :

Douglas Kennedy répond aux questions de 4 blogueuses :

Merci aux éditions Belfond et à Jérémy pour l’envoi de ce roman.

Fanny

Transatlantic de Colum McCann / Rentrée littéraire 2013

Colum McCann est un auteur qui m’était totalement inconnu. J’ai découvert une plume de talent. En effet, il possède une belle écriture souvent pleine de poésie et imagée. On prend plaisir à tourner les pages et à se plonger dans cette fresque historique entre l’Irlande et les États-Unis. Son roman est très riche. En effet l’auteur aborde beaucoup de thèmes. Il s’agit d’un roman sur la lignée familiale avec l’importance des racines mais aussi sur les relations mères-filles qui y sont très présentes.

Ce roman est divisé en plusieurs parties. Chacune d’entre elle traite d’un personnage en particulier et de son entourage. C’est ainsi que de chapitre en chapitre nous retrouvons la descendance, les aïeux ou les proches de Lily Duggan, jeune domestique d’Irlande, qui part en 1845 pour les États-Unis. L’auteur sait parfaitement nous dérouler sous les yeux le destin de plusieurs générations malgré les guerres, les conflits sociaux, les malheurs familiaux. J’ai adoré découvrir tous ces personnages et le monde dans lequel ils vivent. Par contre, ce roman mérite de l’attention et une certaine gymnastique à la lecture car des sauts dans le temps par des retours en arrière ou des bons en avant sont souvent réalisés. Ceci implique de bien se souvenir des personnages et de leur place dans leur généalogie ou leur rôle. En tout cas la construction complexe et originale est maitrisée. Je salue d’ailleurs le travail de recherche qui a été réalisé. Il donne vraiment toute sa crédibilité au récit.

L’Irlande et son histoire mouvementée sont toujours en toile de fond. Colum McCann y associe également les États-Unis d’où le titre du livre. C’est vrai qu’énormément d’irlandais se sont exilés là-bas notamment au début du XXe siècle. Durant ma lecture j’ai eu l’occasion de traverser trois siècles : le XIXe, le XXe et le début du XXIe siècle avec leurs caractéristiques propres. J’ai assisté à la lutte pour l’abolition de l’esclavage, la première traversée transatlantique sans escale, la vie difficile des récolteurs de glace aux États-Unis au XIXe siècle et bien d’autres choses encore.

Le seul défaut de cette histoire est la fin… Durant les dernières pages je me suis vraiment attendue à des rebondissements et à un peu de piment. On l’attend avec impatience mais elle ne nous apporte pas de révélation particulière.

Malgré une fin qui n’a pas été à la hauteur de mes espérances j’ai su apprécié ce livre pour l’enchevêtrement maitrisé des destins de toute cette panoplie de personnages. Je retiendrais de cette lecture l’écriture de l’auteur, le découpage original du récit, le pont entre les États-Unis et l’Irlande ainsi que tout ce que j’ai pu apprendre. Un beau roman sur les acteurs de l’histoire.

Fanny

Parce que tu me plais de Fabien Prade / Rentrée littéraire 2013

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Parce que tu me plais est un roman racontant l’histoire de Théo. C’est un jeune homme de 25 ans qui ne pense qu’à jouer aux jeux-vidéos, voir ses amis, faire la fête et si possible passer des nuits avec des filles de passage. Cette vie lui convient très bien jusqu’au jour où il fait la rencontre de Diane, une fille bien sous tous rapports et bientôt mariée.

Dès le début de ma lecture, je me suis demandée où l’auteur voulait nous emmener. Théo est homme un peu borderline et ayant des réactions extrêmes. Je n’ai pas su aimer ni comprendre ce personnage ni au début ni à la fin. Dans la vie, ce genre de personnes m’agace sincèrement. Je pensais réellement que la rencontre de Diane allait le changer et lui faire voir la vie sous un autre jour. Mais non pas du tout puisqu’il n’évolue pas. J’ai surtout ressenti de la pitié à son égard. Pour moi l’auteur nous montre une jeunesse bien triste. Heureusement toutes les personnes de cette génération (pas loin de la mienne) ne se laissent pas vivre à ce point. Le public visé est, à mon sens, assez restreint car beaucoup de personnes ne se reconnaitrons pas dans le personnage de Théo ni dans cette vie parisienne débridée.

Ce livre est très court (120 pages) et se lit en une heure. L’auteur a une écriture fluide mais très directe et crue. A la lecture de ce roman, il est facile de ressentir que Fabien Prade a travaillé sur des courts-métrage grâce à son écriture très imagée, l’enchainement des scènes, les dialogues très présents et le vocabulaire du narrateur (Théo) très orale. Tout se déroule sous nos yeux sans que l’on y mette aucun effort. Une vraie réussite de ce côté là. Le format poche est très sympa avec cette couverture à rabat épaisse mais souple. Ce livre est très agréable en main.

Comme vous l’aurez compris ce roman n’a pas su me convaincre par son histoire ni par ses personnages. J’ai l’impression d’être passée à côté du sens de ce livre. Par contre, j’ai été séduite par l’écriture directe, imagée et très orale de l’auteur ainsi que l’amour qui arrive sans que l’on s’y attende et vient bousculer nos croyances et nos habitudes.

Je remercie les éditions Robert Laffont – NiL, Christelle ainsi que Cécile pour l’envoi de ce roman car malgré une petite déception toute découverte et expérience littéraire est bonne à prendre.

Fanny

Quelques heures au Livre sur la Place, Nancy (54), le 15 septembre 2013

Il s’agit d’un salon créé en 1978 qui regroupe des auteurs et une littérature généralistes. En effet, tous les genres et les styles sont présents. Cependant, en déambulant sous le chapiteau on se rend vite compte que la rentrée littéraire est largement mise en avant. De grands noms étaient donc présents comme Amélie Nothomb, Valentine Goby, Franz-Olivier Giesbert, les frères Bogdanoff, Sofi Oksanen et bien d’autres encore. Quelques figures de la fantasy étaient également au rendez-vous comme Samantha Bailly, Jean-Luc Bizien ou Pierre pevel. J’ai pu croiser des personnalités populaires tels que Nelson Monfort, Annie Duperey, Tatiana de Rosnay, David Foenkinos ou encore Eric-Emmanuel Schmitt. Kheira a, quant à elle, assité à une lecture de Stéphane Bern à l’hôtel de ville et l’a rencontré ensuite. La chanceuse !

Pour ma part je me suis arrêtée aux stands de deux auteures : Samantha Bailly et Claudie Gallay.

– J’ai une sympathie particulière pour Samantha Bailly grâce à la lecture de Ce qui nous lie mais aussi grâce à notre précédente rencontre lors des Imaginales. C’est donc avec plaisir que je l’ai retrouvé et que nous avons discuté. Au départ, je pensais lui prendre son dernier roman graphique Kotori, le chant du moineau (adaptation d’un conte traditionnel japonais) mais ils n’avaient plus aucun exemple. Donc j’ai acheté le précèdent réalisé en 2012 et dessiné par Ein Lee. : La princesse au bol enchanté  que cette jeune auteure m’a gentiment dédicacé.

– Je n’avais pas du tout prévu de programme ni vraiment regardé qui était présent. Cependant, j’ai eu envie de m’arrêter devant Claudie Gallay. Son livre Une part de ciel, sorti lors de la rentrée littéraire, a eu un certain succès. Cependant je me suis tournée vers son fameux roman Les Déferlantes qu’elle m’a dédicacé. Elle m’a parlé de son livre, de sa méthode d’écriture et le tout avec beaucoup de passion. Il s’agit d’une femme vraiment sympathique, ouverte, humaine et qui met très à l’aise. L’amour commun de la Basse-Normandie a notamment était un très bon moyen de prolonger la discussion.

J’ai ressenti à la rencontre de ces deux auteures toujours les mêmes sentiments que lors des Imaginales : un peu de trac mais beaucoup de satisfaction et de bonheur. J’ai également retrouvé au Livre sur la place cette fête et cette effervescence  particulière au salon littéraire.

    

Site internet de l’évènement : – Page facebook :

Vous pouvez également retrouver le compte-rendu passionnant de ma collègue Kheira :

Fanny

Folles de Django de Alexis Salatko / Rentrée littéraire 2013

Je vous retrouve aujourd’hui avec une biographie romancée qui se place directement en deuxième position dans l’ordre de préférence des romans de la rentrée littéraire que j’ai pu découvrir. Un livre excellent, passionnant, bien écrit, enrichissant et bien mené.

Alexis Salatko est habitué à cette exercice puisqu’il a déjà écrit plusieurs biographies romancées de personnalités comme Louis-Ferdinand Céline (Céline’s Band), Flannery O’Connor (Milledgeville, sanctuaire des oiseaux et des fous) ou encore Vladimir Horowitz (Horowitz et mon père). Ici l’auteur se penche sur le fondateur et la grande figure du jazz manouche : Django Reinhardt. Je connais déjà bien quelques-uns de ses morceaux. C’est une musique que j’apprécie et que je ne rechigne pas à écouter. J’ai donc été ravie de cette lecture qui m’a permis de comprendre les fondements de ce genre ainsi que la vie de son créateur et de son entourage. Avec ce roman, Alexis Salatko nous offre une plongée dans le milieu musical et plus particulièrement du jazz des années 1930 aux années 1950. Nous croisons le chemin entre autres de Jean Cocteau, Duke Ellington ou encore Louis Armstrong.

A travers le regard de trois générations de femmes, nous découvrons un homme qui aurait pu être également un véritable personnage de roman. Nous avons donc Maggie puis sa fille Jenny et enfin sa petite fille Dinah qui prennent chacune le relais et une place importante auprès de Django. Pour les deux premières ce sont même des relations plutôt ambiguës. Elles l’ont toutes soutenue à leur manière dans les moments de galère comme dans les moments de gloire. Maggie meurt en véritable héroïne durant la seconde guerre mondiale. Ce personnage m’a d’ailleurs beaucoup touché.

Django est un personnage plein de paradoxe : attachée à sa culture manouche tout en flambant grâce à des voitures américaines ou des vêtements pour le moins inattendus (chaussures avec un costume blanc ou encore foulard en soie). Nous découvrons aussi un caractère et une vision de la vie particulière. Même si parfois il a un culot pas croyable on finit par le pardonner car il a souvent grand cœur. Il s’agit d’un personnage vraiment sympathique vu de l’extérieur. Je dis ceci car à mon avis (et celui de l’auteur) travailler avec une personne comme lui devait demander beaucoup de patiente et de tolérance !

Alexis Salatko  apporte un ton et une écriture particulière grâce à l’utilisation de mots gitans, à un ton léger mais aussi très familier. Ceci nous rend ce grand personnage très proche de nous. L’auteur nous apporte également une analyse de la musique de Django : ses inspirations, son combat pour rejouer après la perte de ses doigts mais aussi ses doutes. Par contre, j’aurais bien aimé qu’à la fin l’auteur nous explique son travail de recherche, ses sources ainsi que la part de fiction de son roman.

Pour terminer, il s’agit réellement d’un bon livre pour en apprendre beaucoup sur Django Reinhardt en peu de pages et facilement. Son histoire résonne encore en nous après la lecture. Me voilà qui réécoute Minor Swing, Georgia on my mind ou encore son interprétation du 1er mouvement du concerto en ré mineur de Jean-Sébastien Bach : des mélodies devenues mythiques. En fait nous avons les avantages d’une biographie sans en avoir les inconvénients c’est-à-dire l’exigence et la grande attention que demande souvent leur lecture.

Merci aux éditions Robert Laffont, à Christelle ainsi qu’à Cécile pour l’envoi de ce roman.

Réécouter l’émission Le grand bain de France Inter : Alexis Salatko raconte Django 

Fanny

Des pêches pour Monsieur le Curé de Joanne Harris / Rentrée littéraire 2013

Ce livre fait suite au roman à succès de Joanne Harris : Chocolat. Vianne a continué sa vie mais loin de Lansquenet. C’est à Paris que nous la retrouvons à bord d’une péniche aménagée en habitation. Mais un évènement va quelques peu troubler sa vie. En effet, elle reçoit une lettre d’outre-tombe d’Armande lui sommant de revenir à Lansquenet car là-bas des gens ont besoin d’elle.

Nous voilà repartie pour Lansquenet mais cette fois les problèmes et les divergences sont beaucoup plus difficiles à gérer et assez délicats. En effet, nous assistons plus à une guerre entre deux religions : catholiques et musulmans. Cette communauté s’est installée dans un quartier de la ville. Mais quiproquos, incompréhensions et autres préjugés vont mettre le feu aux poudres.

Ce roman ne m’a pas vraiment emballé. Je pense que l’auteure met beaucoup de ses convictions personnelles en avant dans son roman. Ceci m’a gêné car soit le lecteur est d’accord avec ses idéaux soit pas du tout. Je trouve ce choix assez audacieux. Mais avec moi ceci n’est passé qu’à moitié. Je suis assez hermétique à toutes formes de religions donc c’est vrai qu’avoir sous les yeux 500 pages où ce thème est archi-présent a été un peu difficile. Mais heureusement l’auteure fait passer beaucoup de messages à mon avis positifs comme par exemple que bien souvent la religion n’est qu’un prétexte à la haine ainsi qu’un message de tolérance. Ceci m’a un peu réconciliée avec ce roman.

Le style de l’auteure est fluide et agréable. Mais malheureusement peu d’émotions sont passées… Cette fois-ci Monsieur le Curé est très attachant mais Vianne et ses filles beaucoup moins. D’ailleurs ces dernières, si craquantes, m’ont semblé être reléguées au rang de personnages secondaires alors qu’il y avait un véritable potentiel à les faire agir un peu plus.

Sur ce livre, la mise en page est bien pensée. Le roman est divisé en plusieurs grandes parties et sous le numéro de chaque chapitre un quartier de lune est dessiné. La couverture et le design sont vraiment très chouettes.

Pour finir, ce roman n’a pas su me séduire. Je n’ai pas retrouvé les qualités du premier roman. La tolérance à outrance à fini par m’agacer et m’exaspérer. Je pense que les convictions de l’auteure ont été trop présentes pour moi.

Merci aux éditions Charleston pour la découverte de ce roman.

Sortie le 26 août 2013.

Fanny

Le jardin blanc de Stéphanie Barron / Rentrée littéraire 2013

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En 2008, Jo Bellamy, paysagiste, se voit confier un travail particulier. En effet, un riche américain lui demande de reproduire à l’identique pour sa nouvelle propriété le célèbre Jardin Blanc de Sissinghurst (Royaume-Uni) appartenant à Vita Sackville-West et son mari Harold Nicolson. Une fois arrivée dans le Kent pour commencer ses relevés, elle fait une étrange découverte. Dans une cabane à outils elle retrouve un carnet qui renferme bien des mystères. Tout rappelle l’écriture et le style de Virginia Woolf, grande amie de Vita, mais les dates ne correspondent pas. Plusieurs questions se font jour : Et si Virginia Woolf ne s’était pas suicidée le 28 mars 1941 ? Pourquoi le grand-père de Jo s’est-il, lui aussi, donné la mort avant qu’elle ne parte pour l’Angleterre ?

Nous avons donc à faire à une réécriture de la mort d’une auteure célèbre du début du XXe siècle : Virginia Woolf. Je n’ai jamais lu un seul de ses romans. Autant vous dire que j’ai appris beaucoup de choses en lisant ce livre. Il est d’ailleurs très facile de démêler les faits historiques de la fiction pendant notre lecture. On en apprend également beaucoup sur la vie de Vita Sackville-West durant la seconde guerre mondiale ainsi que sur leur petite communauté d’intellectuels : le Bloomsbury Group.

Le gros point faible de ce roman est l’intrigue qui n’est pas particulièrement poussée ni très originale. Elle aurait surement mérité d’être un peu plus fouillée. En effet, nous sommes censés suivre les héros dans la recherche d’un fragment de document perdu. Or, leur progression est trop facile et les obstacles aisément surmontables. C’est dommage car il y a tout un contexte propice à la mise en place d’une aventure passionnante et haletante.

Stéphanie Barron a une écriture fluide et maitrisée. Cependant quelques tournures de phrases très localisées m’ont paru étranges à certains moments. Ceci est surement dû à la traduction. J’ai parfois eu du mal à bien identifier les liens entre les personnages entourant Vita et Virginia. Mais une fois le roman bien lancé, il n’y a plus eu de problème. L’auteure a une très bonne maitrise de l’horticulture. Elle décrit avec précision et une certaine admiration ce jardin blanc. Ces détails laissent rêveurs et m’ont fait voyager car j’ai retrouvé l’ambiance des jardins anglais. Dans le roman, il est clair que le jardinage est un exutoire et un pied de nez à la guerre qui fait rage et aux bombardements. Un joli paradoxe.

Il s’agit d’un bon roman servi par une belle écriture. Il est très certainement divertissant mais aurait mérité une intrigue davantage travaillée. Cependant il reste agréable à lire et les pages se tournent toutes seules malgré ses quelques petits défauts. Je retiendrais de ce livre des connaissances sur le Bloomsbury Group ainsi que les descriptions horticoles.

Merci aux éditions Robert Laffont – NiL, à Christelle ainsi qu’à Cécile pour l’envoi de ce roman.

Fanny

Le plus beau de tous les pays de Grace McCLeen / Rentrée littéraire 2013

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Résumé de l’éditeur : « Mon nom est Judith McPherson. J’ai dix ans. Lundi, il s’est produit un miracle. »
Judith McPherson n’a pas grand-chose dans la vie. Elle vit avec son père John au pied des montagnes, dans une ville de « fenêtres cassées et d’hommes aux dents cassées », dans un pavillon silencieux, plein de reliques poussiéreuses, de souvenirs de sa mère qu’elle n’a jamais connue. Si la ville est entièrement gouvernée par l’économie des usines, les McPherson vivent sous l’autorité de la sainte Bible. Ils appartiennent à une secte, les Frères, qui étudient quotidiennement le texte et effectuent tous les dimanches du porte-à-porte dans les rues environnantes pour avertir de l’imminence de l’Apocalypse.

Victime de brimades à l’école, Judith trouve du réconfort dans la création, loin des regards, d’un monde en miniature avec des montagnes de papier mâché et des rivières en film alimentaire, des champs de velours côtelé marron et un miroir pour la mer. Judith l’appelle « Le Plus beau de tous les pays », d’après une phrase tirée du livre d’Ézéchiel. Un soir, Judith a une idée. Peut-être que si elle fait tomber la neige dans le plus beau de tous les pays, il n’y aura pas d’école le lundi. Lorsqu’elle ouvre les rideaux de sa chambre le lendemain, le monde par-delà sa fenêtre est devenu blanc. Et désormais, Dieu se met à lui parler. C’est là que les ennuis commencent. Les miracles ultérieurs de Judith sont plus équivoques que la neige, et surtout moins contrôlés… Et bientôt, c’est la situation des McPherson, déjà en butte au mépris du reste de la ville, qui s’en trouve bouleversée. Mais, diable, pourquoi Judith a-t-elle précisément été choisie par l’Être suprême ? Et que souhaite-t-Il réaliser grâce à elle ?

Attention chronique coup de cœur pour un roman atypique mais magistral !

Judith est une héroïne attachante et très sensible. Elle cherche une échappatoire à la culpabilité de la mort de sa mère que lui fait ressentir la grande tristesse de son père. On la suit dans ses doutes, ses pensées, ses peurs mais aussi tout l’espoir ou le désespoir qu’elle a en elle. Nous nous rendons vite compte de la difficulté pour elle de s’adapter au monde extérieur, de sortir de sa bulle, de grandir. Ce roman nous parle de tolérance, de pardon mais aussi de la difficulté de s’adapter à une certaine société et à un monde d’adulte. Elle apprend aussi beaucoup de ces erreurs et cherche à les réparer. Le père de la jeune fille est au départ plutôt antipathique. Mais nous apprenons, au fil des pages et par le biais de Judith, à l’apprivoiser, à l’apprécier et même à avoir de la sympathie pour ce personnage plein de faiblesses. Il agit souvent avec brusquerie avec sa fille mais on finit par comprendre quelles tracasseries le hantent et la protection maladroite qu’il veut apporter à sa chère Judith.

L’auteure a une magnifique écriture fluide et s’adapte à son personnage de petite fille de dix ans qui évolue et réfléchit très vite. J’ai vraiment aimé la mise en forme du récit avec ses chapitres courts qui ne permettent aucun temps mort et laisse place à un rythme soutenu et à une tension qui monte crescendo. Nous avons là un véritable page-turner que je n’ai pas pu lâcher pendant deux jours. Il se lit très vite car la sympathie pour Judith est tellement grande que nous voulons absolument connaitre son destin et la suite des évènements. Certains d’entre vous savent que je suis carrément hermétique à toute forme de religion (mais je reste très tolérante envers les croyants). Dans ce roman les allusions bibliques sont très nombreuses, elles sont toujours amenées avec beaucoup de délicatesse et donnent un sens à l’histoire et aux évènements à venir car Judith est en contact régulier avec Dieu.

Un roman touchant, atypique, haletant avec un suspens qui grimpe. Judith et son père sont des personnages attachants mais aussi étonnants. A eux deux, ils possèdent une force incroyable. Je le conseille à tous pour les leçons apportées qui remettent les pendules à l’heure. Notre petite Judith nous donne à travers sa vision des choses une belle leçon de vie. A lire et à réfléchir ensuite.

Merci aux éditions Robert Laffont – NiL, à Christelle ainsi qu’à Cécile pour l’envoi de ce roman.

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