Le roi disait que j’étais diable de Clara Dupont-Monod / Rentrée littéraire 2014

9782246853855-XRésumé de l’éditeur : Depuis le XIIe siècle, Aliénor d’Aquitaine a sa légende. On l’a décrite libre, sorcière, conquérante : « le roi disait que j’étais diable », selon la formule de l’évêque de Tournai…
Clara Dupont-Monod reprend cette figure mythique et invente ses premières années comme reine de France, aux côtés de Louis VII. Leurs voix alternent pour dessiner le portrait poignant d’une Aliénor ambitieuse, fragile, et le roman d’un amour impossible. Des noces royales à la seconde croisade, du chant des troubadours au fracas des armes, émerge un Moyen Age lumineux, qui prépare sa mue.

Ce roman nous donne à lire tour à tour le point de vue d’Aliénor d’Aquitaine et celui de Louis VII. Le but de l’auteure n’est clairement pas de retranscrire la réalité mais bien de nous apporter une interprétation très personnelle de ce qu’ont pu être les sentiments des deux protagonistes l’un envers l’autre. Le thème du couple est prédominent. Il s’agit d’une vision clairement moderne dans un contexte où les mariages sont arrangés et où il faut faire avec des affinités souvent absentes. En effet, ici deux personnalités se font face et semblent avoir du mal à se comprendre.

Les pensées des personnages sont profondes et bien amenées. A aucun moment je n’ai ressenti d’invraisemblance ou une impression d’en faire trop. Clara Dupont-Monod écrit avec douceur, pudeur et retenu. C’est surement ce qui rend ce livre encore un peu plus crédible. C’est une façon originale de nous faire renouer avec une période historique souvent méconnue mais pourtant foisonnante d’évènements. En effet, l’auteure a su insérer les faits historiques avec habileté. Elle s’en sort d’ailleurs très bien car j’ai eu la sensation d’avoir appris pas mal de choses.

Voici donc un roman original qui met en scène des personnages historiques tout en apportant une interprétation toute personnelle voire moderne de la part de l’auteure. Cette dernière ne nous expose qu’une partie de l’histoire d’Aliénor. La brièveté de ce récit me fait penser qu’une suite sur le même mode me plairait beaucoup. Je vous conseille donc ce livre rien que pour la découverte.

Lu dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire 2014 de Priceminister.

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Fanny

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Le Best-seller de la rentrée littéraire de Olivier Larizza / Rentrée littéraire 2014

le-best-seller-de-la-rentree-litteraire-couv.inddRésumé de l’éditeur : Quel est l’hurluberlu qui a inventé la rentrée littéraire ? Si l’argent ne fait pas le bonheur, pourquoi les éditeurs n’en donnent-ils pas plus ? Comment un auteur traversant une période de vaches maigres peut-il faire un bœuf en librairie ? Et le grand Shakespeare, il chaussait du combien ? Ces questions fondamentales tenaillent Octave Carezza, écrivain de 37 ans qui rêve d’écrire un best-seller et de trouver l’amour. Il lui arrive moult aventures rocambolesques avec ses lectrices, ses éditeurs, ses confrères croisés dans les salons du livre, cette drôle de dame qui s’appelle Inspiration ou encore l’e-book, invention fabuleuse qui va révolutionner nos vies avant de nous pousser à faire la révolution… Avec un sens de l’humour irrésistible, Olivier Larizza brosse une satire épatante de nos mœurs littéraires.

Aujourd’hui je vous parle d’un livre dont mon ressenti est en demi-teinte. Certains points m’ont plu d’autres beaucoup moins. La première partie de ce livre est celle qui m’a le plus convaincue. C’est la plus romancée et la plus drôle à mon sens. Olivier Larizza nous présente son personnage et ses réflexions d’auteur qui cherche à percer. Le tout est cocasse, pertinent et bien exprimé. La deuxième partie beaucoup plus critique m’a en revanche moins séduite. En effet, l’humour se teinte de cynisme et d’ironie. Le ton change complétement.

Ce que j’ai finalement le plus apprécié dans ce livre c’est le regard acéré de l’auteur sur les maisons d’édition et leur business, sur la rentrée littéraire, sur les auteurs désespérés d’être reconnus un jour mais aussi sur les lecteurs. Je n’ai pas été toujours d’accord avec Olivier Larizza et notamment à propos des liseuses. Cependant la forme de ce passage est drôle car le héros fait tout pour déconseiller à une personne d’acheter une Kobo. Vous imaginez donc les subterfuges et les manœuvre pour l’en empêcher !

Ce livre est surement à part dans cette rentrée littéraire. Il en prend le contre-pied comme un pied de nez à cet évènement. Ce sont plutôt des divergences de point de vue avec l’auteure qui m’ont empêché d’apprécier complétement son œuvre. Cependant je salue la prise de risque mais aussi la plume acérée.

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Le bal des hommes de Arnaud Gonzague et Olivier Tosseri / Rentrée littéraire 2014

9782221145883

Résumé de l’éditeur : Une nuit de 1934, un inconnu pénètre dans le zoo de Vincennes, abat et émascule deux fauves avant de prendre la fuite. Les autorités sont convaincues que les pénis tranchés vont alimenter un trafic d’aphrodisiaques destiné aux homosexuels parisiens. L’affaire est confiée à l’inspecteur Blèche. Cet homme glacé, doté d’une intelligence supérieure, est chargé à la Brigade mondaine de surveiller les « invertis ». Son enquête le conduira à exhumer de dangereux secrets dans le « gay Paris » des années 1930, monde extraordinaire à jamais disparu.

Le contexte dans lequel se déroule l’intrigue de ce roman policier est l’un des points forts. En effet il a tout pour me plaire. Les auteurs nous donnent à voir l’envers du décor de la ville lumière. La société parallèle sombre et violente qui nous est exposée met tout de suite dans l’ambiance. Les années 30 sont bien décrites grâce notamment à l’évocation de grands noms et de hauts-lieux du milieu homosexuel. Le récit rédigé à quatre mains est servi par un style d’écriture qui m’a franchement convaincu. Il est assez cru, franc ainsi qu’explicite mais sied parfaitement à l’histoire et aux personnages mis en scène.

Gonzague et Tosseri insèrent régulièrement des flashbacks vers la Première Guerre mondiale. Ceci ajoute encore une dimension dramatique à l’ensemble. Finalement, le seul reproche qu’il serait possible de faire est qu’il existe pas mal d’intrigues parallèles. Heureusement, je ne me suis pas perdue en route mais je peux comprendre la gêne occasionnée chez certains lecteurs. Le traitement des homosexuels de l’époque est forcément exposé. Le constat que les choses n’ont pas vraiment évolué est affligeant. Le héros, l’inspecteur Blèche de la bridage mondaine, est un personnage que j’ai aimé suivre. Il possède une carapace et un franc parlé qui cache un homme blessé. Il n’est pas forcément facile à cerner mais n’en est pas moins attachant.

C’est un roman qui a su m’intéresser et me donner envie de connaitre le fin mot de l’histoire. Le tout est parfois dure et brutale mais le jeu en vaut la chandelle. Je suis sortie des mes sentiers battus avec ce livre. Ça ne fait jamais de mal de bousculer ses habitudes et d’aller vers d’autres horizons.

Fanny

Y comme Romy de Myriam Levain, Julia Tissier et illsutré par Louison / Rentrée littéraire 2014

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Résumé de l’éditeur : Romy a grandi en jouant aux pogs, en regardant les Tortues Ninja et en chattant sur MSN bien avant l’arrivée de Facebook. À presque trente ans, elle vit dans un studio, à défaut de pouvoir se payer un appartement d’« adulte », et papillonne de soirée en soirée avec sa B.F.F. Sonia à la recherche du grand amour… ou au moins de quoi égayer ses nuits. Mecs, boulot, famille, quotidien : Romy, c’est nous en pire.

Ce livre illustré nous dépeint la vie de Romy. Comme moi elle fait partie de la génération Y (personnes nées entre les années 80 et 90). Malgré sa vie ordinaire, Romy a ses grands moments de solitude mais aussi de bonheur. Tout ceci provoque la plupart du temps des scènes très drôles et cocasses. Le pire, c’est lorsque j’ai commencé à me reconnaitre. D’un coup, je ne me suis plus sentie seule. Il y a notamment le mythique et incontournable épisode du coiffeur qui m’a semblé très proche de mon expérience. [No comment!] Mais mine de rien les auteures de ces chroniques ont su apporter un questionnement sur notre société, sur les relations amicales/amoureuses/familiales. Les difficultés et la pression de nos vies modernes sont exposées et montrent bien que la génération Y n’est pas épargnée par les soucis, les déceptions et les déconvenues.

20141005_112820La mise en forme m’a beaucoup plu. Chaque anecdote correspond à un chapitre et est illustrée d’un dessin de Louison. J’avoue avoir découvert cette dessinatrice avec ce livre. Ses illustrations apportent une valeur ajoutée à l’ensemble. Un visage est mis sur le nom de Romy. Les détails et les références sont bien vus. Le tout est coloré, drôle et apporte une touche de fraicheur. Aucun élément n’est laissé de côté. Par exemple la couleur de l’arrière-plan du dessin est reprise pour le titre du chapitre. Le format semi-poche presque carré est agréable en main. Je crois que je n’hésiterais pas à relire quelques passages au hasard à l’occasion. C’est d’ailleurs l’avantage du découpage choisi.

Ce livre n’est pas seulement girly et léger. Il apporte un bel éclairage via l’humour sur la génération Y que ce soit sur les éléments positifs comme négatifs. Louison, la dessinatrice, amène sa touche à l’ensemble. C’est très agréable, bien ficelé et intelligent. Une réussite donc.

Lu en lecture commune avec Leiloona, Karine, Cryssilda.

Fanny

Et toujours ces ombres sur le fleuve… de Nathalie de Broc / Rentrée littéraire 2014

9782258093270Résumé de l’éditeur : La petite Lucile a vu ses parents exécutés et jetés dans la Loire en cette tragique année 1793. Désormais, seul le désir de vengeance la tient en vie. Quel qu’en soit le prix… Lucile court. Sur les pavés de Nantes. Elle court pour oublier ce qu’elle vient de voir. L’innommable. Jamais elle ne parviendra à effacer le souvenir des siens jetés nus dans la Loire en cette année de Terreur 1793. Pas plus qu’elle n’oubliera l’homme qui a présidé au destin funeste de ses parents et de son frère Théo. Un seul but désormais pour la petite orpheline : assouvir sa vengeance.
A quel prix…?

Avec son nouveau livre, Nathalie de Broc a su me captiver et me donner l’envie d’en savoir toujours plus. Cependant, ce roman historique aurait peut-être mérité de mettre davantage en avant le contexte des noyades de Nantes sous la Terreur en nous offrant plus de détails et d’explications. De même qu’une cinquantaine de pages en plus n’aurait pas été de trop pour développer davantage certaines scènes ainsi que certains personnages. La fin est ouverte. C’est à nous d’imaginer un final heureux ou au contraire dramatique. L’intrigue est dans l’ensemble bien menée. Par contre le style ne m’a pas toujours paru très fluide. J’ai buté sur certains mots car l’auteure utilise un vocabulaire particulier qui nous plonge dans la fin du XVIIIe siècle dont elle nous distille pas mal de détails de la vie quotidienne.

Cette histoire nous présente une initiation à la vie. En effet, Lucile doit assumer une véritable quête afin de venger ses parents. Notre héroïne grandit et ceci pas seulement physiquement mais aussi moralement. Son point de vue sur la situation évolue. Elle est d’abord habitée par une vengeance dévastatrice pour se transformer finalement en une certaine sagesse. Certains personnages secondaires ne sont pas assez développer à mon goût. Par exemple, j’aurais beaucoup aimé en savoir davantage sur Louison, jeune fille que rencontre Lucile lors de son errance. Elle est très attachante mais finalement nous savons très peu de choses sur elle alors que l’auteure nous suggère un passé intéressant sans en dire davantage.

J’émets un avis plutôt positif sur ce livre. Il m’a franchement intéressé et tenu en haleine. J’ai aimé suivre la quête de l’héroïne. Cependant avec le recul il me laisse comme un goût de trop peu dans l’immersion historique et le manque de détails.

Lu grâce à la masse critique Babelio et aux éditions Presse de la cité

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Fanny

Le cercle des femmes de Sophie Brocas / Rentrée littéraire 2014

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Résumé de l’éditeur : Lia vient d’avoir vingt ans. À la mort de son arrière-grand-mère, elle se retrouve dans sa maison de famille, dans les Landes, avec sa mère, sa grand-mère et la meilleure amie de la défunte. Durant ces quelques jours de funérailles, de deuil et d’intimité partagée, vient le moment d’échanger ses souvenirs, mais aussi de mettre de l’ordre dans les affaires de l’aïeule. Lia découvre à cette occasion des carnets de notes et des lettres soigneusement consignés dans une boîte à chaussures. À sa grande surprise, ces écrits relatent une version bien différente de la disparition du mari de son arrière-grand-mère que celle racontée depuis toujours dans le cercle familial. Poignantes, ces lettres révèlent surtout un destin brisé par la honte et le chagrin.

Aujourd’hui je vous présente ma grande déception de cette rentrée littéraire. Soyons honnête, je n’ai pas du tout adhéré à ce roman que ce soit sur le fond ou sur la forme. Le style et l’écriture sont, à mon sens, maladroits. Par exemple, les dialogues manquent de travail et de finesse. Certains d’entre eux se terminent très abruptement car il faut savoir que les personnages ont la manie (incompréhensible) de vouloir aller se coucher ou aller à la plage pendant une discussion cruciale… Toute la scène tombe ainsi à l’eau et vient saborder ce qui vient de se dérouler. Il y a pourtant quelques passages plutôt accrocheurs qui nous donnent envie d’en savoir un peu plus.

Au départ, l’auteure a bien réussi à m’intéresser et à attiser ma curiosité. J’ai commencé par tourner les pages sont soucis. Il en va de même avec les thèmes qui m’ont dans l’ensemble plu et notamment ceux traitant du secret de famille. Mais les défauts refont vite surface pour faire retomber l’enthousiasme comme un soufflet. Les personnages manquent de crédibilité. Marie est censée être une personne âgée mais elle n’agit jamais comme telle. Je n’ai pas du tout apprécié l’héroïne, Lia, qui est aussi la narratrice. Elle est franchement impertinente et injuste. Elle juge ses ainés sans connaitre les tenants et les aboutissants de leur histoire familiale. Ses tentatives de rébellion sont risibles et invraisemblables.

Comme vous l’aurez compris en lisant ma chronique ce roman n’a malheureusement pas su m’enthousiasmer comme je l’espérais. Il n’y a finalement que le thème du secret de famille et quelques passages bien écrits qui auront retenu mon attention.

Fanny

La lumière des étoiles mortes de John Banville / Rentrée littéraire 2014

9782221133644Résumé de l’éditeur : Qu’est-ce qui sépare la mémoire de l’imagination ? Cette question hante Alex alors qu’il se remémore son premier – peut-être son unique – amour, Mme Gray, la mère de son meilleur ami d’adolescence. Pourquoi ces souvenirs resurgissent-ils maintenant, à cinquante ans de distance, se télescopant avec ceux de la mort de sa fille, Cass, dix ans plus tôt ? Un grand Banville, troublant et sensuel, sur la façon dont les jeux du temps malmènent le cœur humain.

Je ne connaissais pas du tout cet auteur irlandais avant de découvrir son nouveau roman édité et traduit pour cette rentrée littéraire. J’ai donc pu à mon tour profiter de sa plume et d’une ambiance bien particulières. En effet, l’écriture de l’auteure est un délice à lire. Le vocabulaire est soutenu et varié. Le tout est surmonté d’une sensualité et d’une sensibilité qui donne à cette histoire un ton délicat et plein de sens. John Banville met en place un beau roman qui tourne autour de la fugue des souvenirs à propos d’évènements qui ont pu jalonnés notre vie. Alex, un acteur sur le retour, tente de coucher par écrit ses pensées. Mais la mémoire est bien facétieuse et certains détails lui échappent provoquant parfois chez lui une certaine frustration.

La construction du récit m’a plu. Nous partageons notre lecture entre le temps présent et flashbacks. Certains passages sont assez émouvants et ont su me toucher. Le titre est une parfaite métaphore et représente très bien ce que contient ce livre ainsi que les sentiments du personnage principal. On est forcé de se reconnaitre dans cette nostalgie et cette prise de conscience des aléas de la mémoire. On aimerait tout retenir, tout enfermé dans notre esprit à la manière de la pensine du monde d’Harry Potter. En ce qui concerne les personnages, Mme Gray, avec qui Alex a une aventure alors qu’il n’a que 15 ans, reste une figure floue dans le sens où on ne connait pas ce qu’elle ressent vis-à-vis d’Alex ni ses motivations de continuer leur liaison.

Ce roman habilement écrit et mené est pour ma part une réussite. Il est empli de sens, de vérité et de sensibilité. John Banville nous offre une histoire où la mémoire joue des tours au héros en oubliant ou au contraire en exacerbant certains souvenirs. Un auteur à découvrir et une plume à savourer.

Fanny