Miss Charity de Marie-Aude Murail

Résumé de l’éditeur : Charity est une fille. Une petite fille. Elle est comme tous les enfants : débordante de curiosité, assoiffée de contacts humains, de paroles et d’échanges, impatiente de créer et de participer à la vie du monde. Mais voilà, une petite fille de la bonne société anglaise des années 1880, ça doit se taire et ne pas trop se montrer, sauf à l’église, à la rigueur. Les adultes qui l’entourent ne font pas attention à elle, ses petites soeurs sont mortes. Alors Charity se réfugie au troisième étage de sa maison en compagnie de Tabitha, sa bonne. Pour ne pas devenir folle d’ennui, ou folle tout court, elle élève des souris dans la nursery, dresse un lapin, étudie des champignons au microscope, apprend Shakespeare par coeur et dessine inlassablement des corbeaux par temps de neige, avec l’espoir qu’un jour quelque chose va lui arriver…

Il était grand temps que je découvre Marie-Aude Murail, devenue classique dans le paysage de la littérature jeunesse française. Inspiré de la vie de l’écrivaine pour la jeunesse Beatrix Potter, ce roman fut une bulle de plaisir au milieu de mes lectures habituelles. Charity grandit durant l’ère victorienne faite de carcans  et de convenances étouffantes, et d’autant plus lorsqu’on est une femme. Cependant, notre héroïne est une enfant singulière et différente, c’est en cela qu’il est difficile de la contenir pour la conformer à un modèle de jeune fille accomplie. L’existence de Charity n’est donc pas toute rose, loin de là, mais Marie-Aude Murail possède un don pour faire de l’adversité une force.

J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre Charity et à la voir grandir puisque nous partageons son existence sur une période assez longue. Sa passion pour le dessin, les champignons et les animaux est d’une fraicheur épatante. La place de la femme est clairement au cœur du récit. Toute jeune fille est conditionnée pour un rôle prédéfini. Marie-Aude Murail signe donc un roman presque engagé. Le glissement du destin de notre jeune héroïne vers l’écriture et la publication est passionnant et plein de rebondissement. Les dernières pages laissent une Miss Charity épanouie, indépendante et ayant trouvée sa voix au grand dam de certains de ces contemporains.

Miss Charity m’a souvent été conseillé et je comprends maintenant pourquoi. Une héroïne attachante, une thématique forte encore d’actualité aujourd’hui, un contexte bien rendu et une fantaisie aussi drôle que poignante font de ce roman une perle parmi la littérature jeunesse. Mention spéciale aux illustrations de Philippe Dumas qui réhaussent encore un peu plus l’ensemble. Je suis en train de découvrir un autre ouvrage de Marie-Aude Murail : le premier tome de Sauveur & fils, un régal!

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Fanny

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La saga des marquises de Marie-Pierre Farkas et Muriel Bloch

Résumé de l’éditeur : 1862. La jeune Éléonore a une oreille exceptionnelle. Son père devient fou de rage lorsqu’il découvre qu’elle joue de la musique en cachette. Pour lui faire passer l’envie de devenir musicienne, il l’envoie à Paris chez son oncle et sa tante, qui tiennent une blanchisserie. Mais l’adolescente trouve le moyen de se faire embaucher dans l’atelier de fabrication d’instruments du génial Adolphe Sax. La destinée hors du commun d’une famille de musiciennes aux temps de la Commune et des premières Expositions universelles! Au travers d’une saga historique aux personnages féminins inoubliables et au rythme frénétique, voici l’histoire des premiers cuivres et des débuts du jazz qui se déploie sur deux continents.

Ce titre jeunesse d’abord publié en deux tomes m’était totalement inconnu avant de le découvrir sur le forum Whoopsy Daisy. Marie-Pierre Farkas et Muriel Bloch nous entraine dans un tourbillon et une fresque historique aux côtés de plusieurs générations d’une même famille. Le récit débute au milieu du XIXe siècle pour se terminer dans les premières années du XXe siècle entre la France et les États-Unis. La musique et son évolution sont clairement le fil rouge de ce roman. C’est d’ailleurs l’occasion de croiser Adolphe Sax, George Gershwin, Charles Conn, Louis Armstrong, Joséphine Baker et j’en passe. En un peu moins de 300 pages, il est impossible de détailler chaque rencontre ou chaque fait historique mais pour un jeune lectorat, ce livre apporte une bonne vue d’ensemble.

Nous suivons principalement une toute jeune mère, Éléonore, accompagnée de sa fille, Carmel. Ce sont des personnages entiers et clairvoyants. Leur liberté est sans concession et va outre les convenances de l’époque. Marie-Pierre Farkas et Muriel Bloch ont réussi à retranscrire les atmosphères, sans éviter les difficultés, bien différentes de chaque ville traversée par nos deux héroïnes : Paris, la Nouvelle-Orléans, Chicago ou encore New-York. Elles font la connaissance de personnages déterminants et hauts en couleur. La place de la femme dans la société, le racisme et la ségrégation sont quelques-unes des thématiques abordées. Ces dernières sont servies par une plume imagée et expressive très agréable à parcourir.

Ce récit vif au rythme soutenu m’a beaucoup plu. Il y a peut-être un peu trop de rencontres de personnages historiques ou en tout cas célèbres pour faire de cet ouvrage un roman totalement crédible. J’avoue lui pardonner cette maladresse car elle permet d’apprendre plein d’éléments.

Lu grâce à la masse critique Babelio et aux éditions Hélium.

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Fanny

Je te dois tout le bonheur de ma vie de Carole d’Yvoire

Résumé de l’éditeur : Dans un récit inédit, vivant et abondamment illustré, Carole d’Yvoire raconte les premières années et la rencontre de deux êtres fascinants : Virginia Stephen et Leonard Woolf, dont l’union sera symbolisée en 1917 par la naissance de la maison d’édition Hogarth Press. Sont ainsi célébrés dans ce texte émouvant une période activité artistique foisonnante et ceux qui, face au tragique, choisissent l’affirmation de la vie, d’une « vie intense et triomphante ».

Dès sa sortie, ce livre a rejoint ma bibliothèque. Cela fait longtemps que je souhaitais en apprendre davantage à propos de Virginia Woolf notamment grâce au forum Whoopsy Daisy. Pour quelqu’un ayant une grande connaissance du sujet, ce livre n’apportera pas forcément beaucoup d’élément. Me concernant, je partais pratiquement de zéro. Carole d’Yvoire propose un ouvrage permettant d’aborder facilement Virginia et Leonard Woolf. En un peu plus de 150 pages, c’est une belle biographie mais aussi une analyse fine du couple Woolf qui se déroulent sous nos yeux. Elle rétablit également la vérité face aux exagérations et aux fantasmes que Virginia Woolf a suscité.

J’ai beaucoup appris et notamment sur Leonard. Le récit de ses premières années d’adulte à Ceylan m’ont passionnée. Leur union n’était pas si évidente que cela et pourtant, ils vont savoir surpasser les difficultés pour s’entendre. Carole d’Yvoire s’arrête volontairement assez rapidement après leur mariage. Elle fait également un petit point sur le succès de la Hogarh Press, maison d’édition et imprimerie du couple. Les différentes photos, reproductions de tableaux ou images sont une vraie valeur ajoutée et aident à se représenter les différents membres du Bloomsbury group. L’objet-livre est superbe. C’est un bel écrin à cet hommage à Virginia et Leonard.

Comme vous l’avez compris, cet ouvrage m’a convaincue de bout en bout. J’ai beaucoup aimé découvrir ce couple. Pour ne rien gâcher, Carole d’Yvoire propose une analyse fine en parallèle de la biographie pure. Le Père-Noël m’a apporté le journal intégral de Virginia Woolf. Il n’y a plus qu’à se plonger dans les 1500 pages de ce récit!

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Fanny

L’archipel d’une autre vie d’Andreï Makine

Résumé de l’éditeur : Aux confins de l’Extrême-Orient russe, dans le souffle du Pacifique, s’étendent des terres qui paraissent échapper à l’Histoire… Qui est donc ce criminel aux multiples visages que Pavel Gartsev et ses compagnons doivent capturer à travers l’immensité de la taïga ? Lorsque Pavel connaîtra la véritable identité du fugitif, sa vie en sera bouleversée.

Ce roman nous entraine dans une traque à travers la taïga russe. L’identité du fuyard est sur toutes les bouches des poursuivants et surtout de Pavel Gartsev, notre héros. La nature est omniprésente. Elle peut représenter une vraie chape de plomb, empêchant d’avancer. Mais elle peut aussi et surtout être une alliée précieuse. Elle permet de se recentrer sur soi, sur son corps mais aussi son esprit. Le long chemin que parcourt Pavel le met à rude épreuve par des douleurs aussi bien physiques que psychiques. Mais ces dernières vont lui ouvrir les yeux et lui faire découvrir qu’un autre monde et un autre mode de vie est possible. Il s’agit d’un court roman développant de grandes idées.

Le contexte historique est en filigrane. Nous sommes d’abord en 1970 pour vivre ensuite un flashback vers l’année 1952. Staline et sa dictature sont encore au pouvoir pour quelques mois et font régner un climat de terreur sur cette immense pays qu’est la Russie mais aussi sur le monde. La guerre froide fait rage et les risques d’escalade vers une guerre nucléaire sont réels.  L’auteur ne désigne jamais clairement le régime stalinien mais le suggère à maintes reprise. On comprend tout de même que la nature sauvage et indifférente à la nature humaine est un refuge. Andreï Makine remet en cause une société, son idéologie et sa violence. La chute donne tout son sens à ce qui a précédé.

Ce roman est d’abord passionnant de par son côté thriller. Il change ensuite de ton pour se transformer en fuite d’un système dans lequel le héros ne se reconnait pas. En un peu moins de 250 pages Andreï Makine nous fait réfléchir sur nos sociétés et sur la place trop subordonnée que nous donnons à la nature.

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Fanny

Fais-moi peur de Malika Ferdjoukh

Résumé de l’éditeur : Monsieur N. n’avait pas été un criminel toute sa vie. La preuve, il avait déjà neuf ans quand il tua pour la première fois. Bien entendu, à cette époque, il n’était pas encore monsieur N..Il était Léo, petit garçon qui passait ses vacances chez Mémé et Pépé…. Et puis, vingt ans plus tard, le voici, rôdant autour de la maison de la famille Mintz. Les parents sont sortis, les enfants font du pop-corn, Odette voudrait aller chercher un sapin au cimetière, elle craint que le Père Noël ne les oublie. Monsieur N. ne les oublie pas, lui. Il a déjà tué son chien Thor, il a mis un manteau rouge, il se prépare. Un roman haletant, tendu, mais plein d’humour aussi. Un thriller de Noël, qui ne vous lâche pas.

C’est toujours une immense joie de retrouver la plume de Malika Ferdjoukh. C’est son cinquième roman que je lis. Il est assez différent de ceux qui ont précédé puisqu’il s’agit d’un thriller jeunesse. Elle fait le choix de présenter le criminel dès les premières pages. Il est animé d’une haine et d’un antisémitisme implacables. Nous le suivons régulièrement dans son parcours destructeur. Dans le même temps, le lecteur est introduit dans la chaleureuse maison des Mintz. Alors que les parents sont de sortie, l’espiègle fratrie en profite pour laisser libre cours à un joyeux bazar. Mais monsieur N. se rapproche tout doucement de la maison de cette famille juive pour la recouvrir de ténèbre, de peur et abolir toute forme d’insouciance.

Le style si particulier de Malika Ferdjoukh est toujours présent. Sa fantaisie est un régal à découvrir et redécouvrir. Les comiques de mot, de geste et de situation sont toujours présents. Ils viennent contrecarrer toute la noirceur que monsieur N. diffuse. La tension est tout de même bien présente mais bien dosée. J’ai beaucoup aimé découvrir chaque enfant de la fratrie Mintz. Ils ont tous un caractère bien propre et sont attachants. Leur réflexion ou observation sur la religion et l’envie d’avoir un sapin de Noël m’ont paru intéressantes et pertinentes. On aurait presque envie que les pages se tournent encore et encore pour passer plus de temps en leur compagnie dans ce cocon où la mixité à sa place peu importe les.

Malika Ferdjoukh a le don de faire passer des messages concernant des sujets importants et parfois difficiles à saisir tout en distillant un certain humour et une fantaisie si singulière. Je souhaite à tous les jeunes de pouvoir croiser la route d’un roman de cette auteure car je suis certaine qu’il en sortira grandi. La période de Noël approche à grand pas, cette histoire m’a donné des envies de revoir Maman, j’ai raté l’avion!

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  • Broadway Limited, Tome 1 : Un dîner avec Cary Grant 
  • Chaque soir à 11 heures
  • Quatre sœurs
  • Taille 42

Fanny

Le jour d’avant de Sorj Chalandon / Rentrée littéraire 2017

Résumé de l’éditeur : « Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

Le jour d’avant est ma première rencontre avec Sorj Chalandon. J’ai beaucoup aimé toute la première partie de ce roman. La mine, ses codes et sa terminologie bien particulière m’ont passionnée. Le principal protagoniste, Michel Flavent, est instantanément attachant. Nous découvrons la fosse 3 Saint-Amé de Lens-Liévin à travers ses yeux de façon émouvante et édifiante. C’est toute une époque, toute l’activité d’une ville et tout un monde qui nous sont donnés à voir. Le premier rebondissement est excellent et bien porté. Ensuite, j’ai eu l’impression de m’embourber. A mon sens, la seconde partie est moins intéressante et la beauté de ce roman se perd dans les trop longues scènes d’un jugement.

Sorj Chalandon met en scène une quête de vérité et de réhabilitation. C’est aussi le récit d’un cheminement cérébral qui fait d’un mensonge une canne pour aider à continuer à vivre. La relation entre Michel et son grand frère Jojo est bien traitée et analysée. Nous sommes témoins d’un lien fort et unique. J’ai adoré les différentes scènes de leur complicité. J’ai très facilement ressenti une certaine revendication de la part de l’auteur ainsi qu’un engagement qui rehausse un peu plus le tout. En décrivant les diverses défaillances de sécurité à Liévin, il rétablit la mémoire et redonne une voix aux 42 victimes de cette catastrophe minière trop vite oubliée.

J’ai beaucoup aimé l’immersion dans le monde et toutes les spécificités de la mine et du travail de mineur. L’intrigue principale m’a intéressée ainsi que le principal rebondissement franchement inattendu. Par contre et à mon sens, le roman s’embourbe sur la fin et notamment lors du procès du protagoniste qui ne m’a pas passionnée ni touchée.

Lu dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire 2017.

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Fanny

Ces extravagantes sœurs Mitford d’Annick Le Floc’hmoan

Résumé de l’éditeur : Au début du XXe siècle, dans la noblesse anglaise encore flamboyante, naissent les célèbres sœurs Mitford. Leur destin sera hors du commun. Nancy, amoureuse de la France et de Gaston Palewski, gaulliste historique, devient une romancière célèbre. Diana brûle pour le fascisme anglais naissant et se compromet auprès de son chef de file ; Unity devient une proche amie de Hitler ; tandis que Jessica, l’avant-dernière de la fratrie, s’engage auprès des jeunes républicains espagnols avant de rejoindre le parti communiste. Seules Pamela et Déborah suivent la voie rêvée par leurs parents, et se marient dans le luxe et le conservatisme. A travers le portrait étonnant de ces femmes passionnées, prises dans les tourments de la crise économique et des deux guerres mondiales, ce document présente une vibrante traversée du siècle.

Les six sœurs Mitford (Nancy, Pamela, Diana, Unity, Jessica et Deborah) sont issues d’une famille aristocratique britannique. J’ai littéralement adoré les suivre de leur plus tendre enfance jusqu’à leur disparition. Certaines sont assez extrêmes et difficilement appréciables comme Diana et Unity. Leur allégeance aux idées nazies m’ont pour le moins refroidie à leur égard. Leur fanatisme soulève beaucoup d’interrogations. Ma préférence est allée vers Nancy et Jessica. Nancy possède une personnalité assez ambiguë à la fois généreuse et parfois méchante. On comprend assez rapidement qu’elle n’a jamais été aimée à sa juste valeur. Jessica m’a impressionnée. Elle s’est affranchie de sa haute extraction pour poursuivre ses idéaux dans l’air du temps.

La biographie de ces destins hors du commun côtoie une fresque historique du XXe siècle. Ces deux éléments se lient très bien ensemble. En effet, Annick Le Floc’hmoan arrive parfaitement à retranscrire l’atmosphère de chaque époque que traverse les sœurs Mitford. Les glissements sociaux, idéologiques et politiques de plusieurs pays (le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne, la France ou encore les États-Unis) sont finement analysés et intégrés au récit. C’est aussi l’effondrement de l’aristocratie britannique toute puissante qui nous est montré. Pour ne rien gâcher, le tout se lit comme un roman. Les citations de lettres et d’autobiographies sont bien intégrées au texte et permettent de donner du crédit à l’ensemble.

Ces extravagantes sœurs Mitford est une biographie passionnante. Les destins personnels de chaque sœur (mais aussi du reste de la famille) se marient parfaitement avec la fresque historique et donne un ouvrage de qualité. J’avoue m’être plongée dans ces pages avec une véritable fascination. A tel point, que je me suis déjà procurée La poursuite de l’amour de Nancy et Rebelles honorables de Jessica!

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Fanny

3 romans, 3 avis, 1 billet

Petit à petit je rattrape mon retard. J’ai lu beaucoup de livres ces derniers mois dont je souhaite vous parler. Voici donc une nouvelle fournée de trois ouvrages très différents les uns des autres.

Gala et Dali : de l’autre côté du miroir de Dominique de Gasquet et Paquita Llorens Vergés

Dominique de Gasquet a partagé des moments inoubliables avec Salvador et Gala Dalí alors qu’elle n’était encore qu’une jeune femme. Plusieurs décennies plus tard, elle décide de retrouver les intimes de ce couple hors du commun et mythique afin d’écrire ce livre. C’est évidemment un hommage à Gala et Dalí mais aussi à toute une époque, à l’art, à une ville espagnole du nom de Cadaquès (bien rendue par de belles descriptions), à Arturo et Paquita (domestiques mais surtout amis indéfectibles). J’ai beaucoup appris sur ces deux personnalités au caractère bien trempé et sur leur vie pour le moins extraordinaire. Les quelques photos d’archives qui agrémentent l’ouvrage sont superbes et donnent une matière palpable à tout ce qui est raconté.

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Lettres choisies de la famille Brontë (1821-1855) recueil de Constance Lacroix

Je voue une admiration et une adoration particulières pour Charlotte, Anne et Emily Brontë. Après cette lecture, cette sensation n’a fait que se renforcer. Ce recueil est une vraie pépite ainsi qu’une mine d’informations directes. On découvre la vie difficile d’une petite paroisse de la partie nord de l’Angleterre. La météorologie, le paysage, la maladie, l’éloignement de grandes villes ne font pas d’Haworth un endroit propice à l’épanouissement. Et pourtant, la fratrie Brontë va puiser dans son imagination pour surmonter leur condition. Les lettres de Charlotte sont majoritaires. Cette dernière est extrêmement clairvoyante sur sa situation de femme. Dans les moments d’abattement, elle arrive toujours à rebondir. De la peine, de la joie et de l’émotion avec ce bel ouvrage.

L’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski de Romain Slocombe

Le premier opus en compagnie de Léon Sadorski m’avait déjà fait froid dans le dos et aussi beaucoup réfléchir. Nous le retrouvons dans ce nouveau tome plus virulent et remonté que jamais. Romain Slocombe nous propulse une nouvelle fois en plein cœur de l’occupation allemande à Paris durant la Seconde Guerre mondiale. Il nous introduit dans les coulisses de la collaboration et de la traque des indésirables selon l’idéologie nazie. Léon Sadorski est un personnage plus qu’ambigu à la psychologie brouillée. Les descriptions des différentes scènes de tortures auxquelles nous assistons ainsi que de la rafle du Vél’ d’Hiv sont impressionnantes et difficilement tenables. La violence et l’acharnement sont inouïs. Ce roman est percutant et saisissant.

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  • L’affaire Léon Sadorski de Romain Slocombe
  • Le monde infernal de Branwell Brontë de Daphne du Maurier
  • Mariage en douce d’Arianne Chemin

Fanny

Mariage en douce d’Ariane Chemin

Résumé de l’éditeur : À l’automne 1963, deux inconnus grimpent la petite route en lacets qui mène au village de Sarrola, en Corse. Romain Gary, le héros de la résistance et de la littérature, épouse Jean Seberg, la star de la Nouvelle Vague, loin des paparazzis. De cette cérémonie secrète, il ne reste que deux photographies en noir et blanc, encore auréolées d’un parfum de secret et de maquis.

Il est de ces histoires qui demandent que le temps s’écoule avant d’être racontée. C’est le cas du mariage secret entre Romain Gary, monstre de la littérature française, et Jean Seberg, actrice américaine. Cette union devient presque un mythe, une légende grâce à une poignée de témoins qui ont longtemps gardé le silence et peu de preuves si ce n’est un acte d’état civil d’une petite bourgade de Corse et deux photographies. Ariane Chemin nous raconte cette journée si particulière que même les deux futurs époux semblent absents. C’est aussi l’histoire d’un couple hors du commun que le divorce n’a pas réellement réussi à séparer mais que la mort finit par réunir.

Ariane Chemin fait régulièrement des apartés sur le parcours de ces deux personnalités mais aussi sur le contexte historique et artistique d’une certaine époque. Le seul reproche que je peux émettre à propos de ce livre est qu’il est trop court. Tout n’est qu’effleuré sans être approfondi. Mais c’est aussi un bienfait puisqu’il donne envie d’aller plus loin et de mieux connaitre Romain Gary et Jean Seberg. Il s’agit d’un court livre retraçant un événement fugace. Le tout est porté par une plume douce et bienveillante. Les fins de chapitre sont agrémentées soit d’une photographie d’archives soit d’un cliché d’Ariane Chemin.

Ce court récit lu d’une traite m’a introduite dans l’intimité d’un couple mythique. A partir de cette journée de noce secrète, Ariane Chemin déroule le parcours de deux personnalités si particulières et si attachantes. Cet ouvrage m’a laissée sur ma faim par sa brièveté mais pour mieux aller découvrir Romain Gary et Jean Seberg par d’autres biais.

Lu grâce à la masse critique Babelio et aux éditions Points.

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Fanny

Pourquoi je n’ai pas écrit de film sur Sitting Bull de Claire Barré / Rentrée littéraire 2017

Résumé de l’éditeur : « Je pars pour le Dakota du Sud. Direction Amsterdam, puis Minneapolis, ou un troisième avion m’emmènera à Rapid City, ville située aux pieds des Black Hills, en plein territoire indien. Là-bas, une voiture de location m’attend. Je vais conduire jusqu’à la petite ville de Deadwood, pour y rejoindre l’hôtel que j’ai réservé en ligne, il y a quelques mois. L’établissement s’appelle le Mineral Palace Hotel & Gaming et possède son propre casino. Alors que l’avion décolle, mon esprit continue à s’interroger, à revenir en boucle sur tous les curieux événements qui m’ont poussée à entreprendre ce voyage. » Quand Sitting Bull apparaît mystérieusement dans sa cuisine, Claire, scénariste parisienne et mère de deux enfants, cherche à décrypter le sens de cette vision… Sa quête la conduit d’abord chez une chamane russe, puis auprès d’Ernie LaPointe, l’arrière-petit- fils du célèbre chef indien.

Ce livre de la rentrée littéraire m’a très rapidement fait de l’œil. Son titre ainsi que son pitch m’ont tout de suite donné envie de plonger entre les pages de cet ouvrage. Mon intuition ne m’a pas fait défaut puisque ce fut un coup de cœur. Claire Barré nous fait part du jour où sa vie à basculer. En effet, la vision de Sitting Bull dans sa cuisine va l’amener à découvrir sa prédisposition pour le chamanisme. Nous la suivons dans son parcours spirituel. Elle apprivoise ce don et apprend à s’en servir. En parallèle nous assistons à son émouvante rencontre avec le descendant de Sitting Bull, Ernie Lapointe, lors d’un voyage aux États-Unis.

Claire Barré m’a tout simplement bouleversée. Je ne suis pas du tout portée spiritualité ou religion mais avec des mots simples elle a réussi à susciter mon intérêt quant à son cheminement. Sa rencontre avec Ernier Lapointe et sa femme Sonja est franchement touchante. C’est l’occasion pour elle de rappeler l’horreur qu’ont vécu les indiens d’Amérique mais aussi d’évoquer la façon dont la tradition ainsi que les croyances ont survécu à ce massacre. Claire Barré porte un discours qui remet en perspective nos modes de vie et nos schémas de pensée. Elle m’a ouvert les yeux et fait réfléchir sur bon nombre d’éléments.

J’ai l’impression de ne pas avoir réussi à transmettre dans cet article ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre qui a remué pas mal de choses en moi. Par contre, je ne peux que vous inciter à découvrir pourquoi Claire Barré n’a pas écrit de film sur Sitting Bull car la raison est pleine de sens.

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