Les attentifs de Marc Mauguin

41sskihxjslRésumé de l’éditeur : Au coeur de l’Amérique des années 1930-1960, les personnages de douze tableaux d’Edward Hopper se croisent de manière inattendue. Un faisceau de solitaires, d’ambitieux redoutables, d’amants, de mères cruelles, de fantômes, de femmes mélancoliques et de rêveurs impénitents, tisse une comédie humaine grinçante et sensible. Marc Mauguin explore les âmes et saisit des instants de vie suspendus avant qu’une décision ou un accident ne vienne en modifier le cours. Sous sa plume, aussi originale que puissante, les toiles s’animent et nous aspirent.

Les attentifs est le premier roman de la toute nouvelle collection des éditions Robert Laffont intitulée « Les Passe-Murailles ». Pour un commencement, on peut dire que le défi est ambitieux. En effet, Marc Mauguin nous propose plusieurs nouvelles. Ces dernières font toutes références à des toiles d’Edgar Hopper. L’œuvre est d’abord reproduite en couleur, s’ensuit la courte histoire imaginée par l’auteur autour de cette dernière. Le lecteur fait donc un voyage dans les États-Unis des années 1930 à 1960. Les joies, les peines, les déconvenues, les regrets et les nostalgies des personnages nous sont dépeintes.

Je suis assez sensible aux charmes des nouvelles. Je suis souvent admirative de la façon dont les auteurs en très de peu de pages donnent corps à un texte et vie à des personnages. Les chutes sont souvent travaillées et apportent une vraie valeur ajoutée. Marc Mauguin réussit son double pari : l’exercice parfois glissant de la nouvelle et la rédaction d’un texte à partir d’un tableau. Il donne sa vérité sur les protagonistes présents sur les toiles mais aussi sur les lieux. Certaines histoires se recoupent. Ces clins d’oeil sont très agréables et permettent de donner un fil conducteur entre certaines nouvelles.

La démarche de Marc Mauguin m’a plu. Il a su donner vie à douze tableaux d’Edgar Hopper. Les personnages et les lieux prennent vie sous nos yeux. Il nous décrit une certaine Amérique avec des sentiments et des sensations. J’ai beaucoup aimé ma lecture. Je surveillerais la parution des prochains titres de cette toute nouvelle collection!

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Venez, vous dont l’œil étincelle de Jean-Christophe Duchon-Doris

9782260024033Résumé de l’éditeur : En cette année 736, le duc Mauronte, patrice de Marseille, s’inquiète pour l’indépendance de son fief, menacé au nord par les Francs de Charles Martel et au sud par les Sarrasins. S’il veut survivre, il doit s’allier à l’un des deux camps. Un choix d’autant plus délicat que Childebrand, le frère de Charles Martel, et Youssouf, le gouverneur musulman de Narbonne, sont tombés fous amoureux de sa fille, Blanche. Pour l’aider à prendre sa décision, le duc décide d’ouvrir son palais à des conteurs venus des deux contrées ennemies. Durant d’innombrables nuits, les narrateurs affluent et c’est un feu d’artifice de récits magnifiques ou tout l’imaginaire des hommes est exalté : l’amour, l’érotisme, la cruauté, la beauté, le fantastique… Chacun cherche à toucher, au plus secret, la raison du père et le cœur de la fille. Mais seuls les dieux savent qui sera l’heureux vainqueur de ce combat singulier.

J’ai découvert Jean-Christophe Duchon-Doris il y a deux ans avec un roman policier passionnant se déroulant dans le Paris du XIXe siècle. Ce nouvel ouvrage est d’un tout autre genre. L’auteur nous propose de remonter le temps jusqu’au Moyen-Âge (en 736 pour être précis). L’histoire débute à Marseille, ville cosmopolite dont le destin se joue entre les francs et les musulmans. Ce roman est un peu déroutant au départ. Il faut du temps afin que le lecteur prenne ses marques dans l’époque et les différentes forces qui s’affrontent. Mais c’est aussi et surtout dans sa forme que ce livre est original. Les différentes parties se composent d’un récit classique puis de différentes histoires rapportées par des conteurs. Le tout finit par s’imbriquer parfaitement et donne un roman épique composé de personnage haut en couleur.

A l’époque, les informations sont bien souvent véhiculées par les conteurs. Se mêlent donc vérité, fiction et légende. Au fil des pages, on s’attache aux personnages et notamment à Blanche, jeune victime des tractations matrimoniales des hommes. Ces derniers sont subjugués par son aura relaté par les conteurs mais aussi par l’intérêt d’une telle union. L’écrivain laisse transparaitre beaucoup de poésie et d’amour pour sa ville, Marseille. J’ai parfois presque eu l’impression de sentir les odeurs, de voir les ruelles de la cité et d’entendre la mer non loin de là. L’intermédiaire des contes est une bonne idée. Ils donnent du relief au récit, transmettent du rêve mais sont aussi une base de réflexion. Le Moyen-Âge nous est présenté d’une manière inhabituelle et c’est surement ce qui fait toute la différence.

J’ai bien fait de m’accrocher à cette histoire après des débuts un peu difficiles. Une fois la dernière page tournée, j’ai eu le sentiment que tout s’imbriquait parfaitement et que le mélange de récit classique et de conte avait porté ses fruits. C’est donc un roman unique de par sa construction, l’intermédiaire des conteurs mais aussi par la plume toujours poétique de Jean-Christophe Duchon-Doris.

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Les pires batailles de l’histoire de Benjamin Brillaud

9782221197677Résumé de l’éditeur : Au Ve siècle avant notre ère, les Perses débarquent à Marathon ou ils seront écrasés par une armée athénienne pourtant largement inférieure en nombre ; au début du XIVe siècle, Philippe le Bel lance la crème de l’armée française pour mater la rébellion, composée de simples artisans sous-équipés, qui décime l’essentiel de la noblesse du royaume ; durant la Seconde Guerre mondiale, neuf chasseurs alpins français résistent héroïquement à plusieurs milliers de soldats italiens. Malgré sa puissance, son avance technologique ou encore ses effectifs en surnombre par rapport à l’ennemi, une armée n’est jamais à l’abri d’une défaite majeure quand la loi de Murphy, dite de « l’emmerdement maximum », décide de s’en mêler. Ordres mal transmis, infériorité numérique flagrante, conditions climatiques désastreuses… ce livre reconstitue ces batailles désespérées ou incongrues qui ont marqué notre mémoire par leurs issues inattendues. Autant d’épisodes tragi-comiques qui nous font regretter les cours d’histoire.

Nota Bene est une chaîne Youtube dont le thème principal est l’Histoire. J’ai découvert Benjamin Brillaud il y a quelques mois. Ses vidéos m’accompagnent régulièrement pendant mes pauses déjeuners parfois solitaires au travail. L’annonce de la sortie de son livre m’a donc tout de suite interpellée. Il prend le parti de nous faire découvrir les batailles restées célèbres ou non. Leur point commun est que ce sont toutes des échecs pour diverses raisons. Un chapitre correspond à une bataille. Chacun est divisé de la même manière tout au long du livre : une explication linéaire, une courte partie de fiction et un résumé de la situation à la même époque dans d’autres parties du monde. Le tout est ordonné chronologiquement. Je l’avoue, certaines batailles m’ont plus intéressée que d’autres. Il est également tout à fait possible de le picorer dans le désordre.

Plusieurs chapitres ont ravivé de vieux souvenirs de fac où j’ai passé deux années à étudier l’Histoire, période très stimulante pour moi. Je n’avais pas lu de livre d’Histoire depuis des années et j’avoue que j’ai pris beaucoup de plaisir à me replonger dans ce genre littéraire. Benjamin Brillaud a réalisé un véritable effort de vulgarisation grâce à une une écriture accessible et à des chapitre finalement assez courts. Certes les puristes de cette matière y verront surement à redire. Pour ma part, je suis tout à fait enthousiaste lorsque sort un ouvrage comme celui-ci et surtout s’il peut rendre cette discipline plus accessible et moins effrayante. L’auteur nous fait aussi découvrir des pays dont l’Histoire est assez méconnue en France.

C’est un bon livre de vulgarisation dans l’ensemble. Il permet de découvrir l’Histoire de diverses parties du monde à diverses époques en toute simplicité. Certains chapitres m’ont davantage intéressée que d’autres par goût de tel ou tel pays ou de tel ou tel période. L’écriture simple, les touches d’humour et l’organisation de chaque chapitre en font un livre d’Histoire facile et agréable à lire.

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Fanny

Nos âmes la nuit de Kent Haruf / Rentrée littéraire 2016

9782221187845Résumé de l’éditeur : Dans la petite ville de Holt, Colorado, dans une Amérique profonde et isolée, Addie, une septuagénaire, veuve depuis des décennies, fait une étrange proposition à son voisin, Louis, également veuf : voudrait-il bien passer de temps à autre la nuit avec elle, simplement pour parler, pour se tenir compagnie ? La solitude est parfois si dure… Bravant les cancans, Louis se rend donc régulièrement chez Addie. Ainsi commence une très belle histoire d’amour, lente et paisible, faite de confidences chuchotées dans la nuit, de mots de réconfort et d’encouragement. Une nouvelle jeunesse apaisée, toute teintée du bonheur de vieillir ensemble. Mais voilà, les choses ne vont pas se passer si simplement, les cancans vont bon train, et les familles s’en mêlent… Que va-t-il advenir de cette bulle de douceur si précieuse qu’Addie et Louis avaient réussi à construire ?

Ce court roman est assez étonnant. En effet, Kent Haruf nous propose une histoire sans prétention et épurée de toute fioriture. Il fait le choix d’aller à l’essentiel en un peu moins de 200 pages. On y trouve beaucoup de dialogues. Et les chapitres sont très courts. C’est donc une lecture rythmée et rapide qui s’effectue. Malgré cela, l’auteur arrive à transmettre des messages forts et à apporter du charisme à ses modestes héros. C’est l’hiver de la vie qui nous est conté ici. C’est le moment de faire le point et de tirer le bilan de ce qu’on a réalisé mais aussi de tout ce qu’on a perdu. Ce sont les sentiments, le partage, la solitude, la mort et les difficultés d’une existence bien remplie que l’auteur nous donne à voir.

L’intérêt de cette histoire réside clairement dans ses personnages hautement attachants. On aimerait rencontrer ces deux seniors et discuter avec eux. Ils ont beaucoup à nous apprendre et à partager. C’est aussi l’occasion de leur donner la parole face parfois à une jeunesse qui croit tout savoir, tout maîtriser et tout contrôler. On assiste également et avec émotion à l’émergence d’un lien d’attachement entre les deux protagonistes envers et contre tout mais surtout contre le qu’en-dira-t-on. Même si cela arrive tardivement et malgré quelques craintes, ils décident de vivre leur vie comme ils l’entendent. Ce roman est-il le témoin des propres peurs de Kent Haruf? Nous ne le sauront jamais car il a disparu juste avant la sortie de ce roman.

Je me range bien volontiers derrière l’avis positif général. Ce roman vous touche alors que vous ne vous y attendez pas forcément. Derrière une certaine simplicité, les mots font sens et marquent notre esprit de lecteur. Pour ne rien gâcher, l’ensemble est raconté avec beaucoup d’élégance et de pudeur. Addie et Louis resteront dans ma mémoire, c’est certain.

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Dieu n’habite pas La Havane de Yasmina Khadra / Rentrée littéraire 2016

9782260024217Résumé de l’éditeur : À l’heure ou le régime castriste s’essouffle, « Don Fuego » chante toujours dans les cabarets de La Havane. Jadis, sa voix magnifique électrisait les foules. Aujourd’hui, les temps ont changé et le roi de la rumba doit céder la place. Livré à lui-même, il rencontre Mayensi, une jeune fille « rousse et belle comme une flamme », dont il tombe éperdument amoureux. Mais le mystère qui entoure cette beauté fascinante menace leur improbable idylle.

Je n’avais encore jamais lu Yasmina Khadra. Il m’a pourtant été conseillé plusieurs fois et les critiques sont souvent positives. Ce nouveau roman a donc été l’occasion pour moi de tester cet écrivain. Malheureusement, je ne vais sûrement pas faire partie de ses adeptes car ma lecture a été quelque peu contrariée. Ce livre se classe parmi les ouvrages que je lis jusqu’au bout mais qui, finalement, ne me laisse pas un sentiment impérissable. Il n’est ni très bon, ni très mauvais. Je l’ai lu un peu la tête ailleurs et sans vraiment m’abîmer dans ses pages. Le récit met du temps à démarrer. Un  déséquilibre est présent entre la première partie assez descriptive et la seconde où il se passe beaucoup d’événements.

Le héros est plutôt charismatique, il faut l’avouer. Il a de l’allure mais aussi des faiblesses. J’ai apprécié l’accompagner dans ses pérégrinations à travers La Havane. La cadre spatio-temporel du Cuba contemporain est peu développé mais suffisant pour apporter une ambiance et un dépaysement particuliers. Cette histoire est construite à la manière d’un conte moderne avec une morale finale. Le schéma reste tout de même bien classique et pas forcément à la hauteur de la réputation de l’auteur. Mes attentes ont peut-être mis la barre trop haute… Malgré cela et comme dit plus haut, j’ai nettement préféré la seconde partie. Elle est bien menée et est faite de rebondissements, de révélations et de réponses à nos soupçons.

Dieu n’habite pas La Havane est donc, à mon sens, un roman en demi-teinte dans lequel je n’ai pas réussi à me plonger complètement. Je suis restée assez indifférente surtout durant la première partie. Je ne m’en fais pas pour Yasmina Khadra qui a son public et qui est très nombreux.

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L’affaire Léon Sadorski de Romain Slocombe / Rentrée littéraire 2016

9782221187777Résumé de l’éditeur : Avril 1942 : Au sortir d’un hiver rigoureux, Paris prend des airs de fête malgré les tracas de l’Occupation. Pétainiste et antisémite, l’inspecteur Léon Sadorski est un flic modèle doublé d’un mari attentionné. Il fait très correctement son travail à la 3e section des Renseignements généraux, contrôle et arrête les Juifs pour les expédier à Drancy. De temps en temps, il lui arrive de donner un coup de main aux Brigades spéciales, d’intervenir contre les « terroristes ». Mais Sadorski est brusquement arrêté par la Gestapo et transféré à Berlin, où on le jette en prison. Le but des Allemands est de le transformer en un exécutant fidèle et d’en faire leur informateur au sein de la préfecture de police. De retour à Paris, il reçoit l’ordre de retrouver son ancienne maîtresse, Thérèse Gerst, mystérieuse agent-double que la Gestapo soupçonne d’appartenir à un réseau antinazi. Par ailleurs, Sadorski, persuadé d’avoir découvert un groupe de résistants juifs, part seul à la recherche des assassins d’une jeune droguée des beaux quartiers, réputée pour coucher avec les soldats de la Wehrmacht, dont le corps a été retrouvé en banlieue, violée et tuée de quatre balles…

Romain Slocombe est un auteur connu et reconnu mais dont je n’avais encore jamais lu de livre. L’affaire Léon Sadorski est pour le moins déroutant et hors du commun. Dès les premières pages, nous faisons la connaissance de Léon, inspecteur pour les renseignements généraux de la Préfecture de police de Paris. Il a tout de l’anti-héros qu’on ne peut que détester. En effet, c’est un antisémite notoire, il n’hésite pas à mentir sur les fiches des personnes surveillées et a souvent des pensées équivoques. L’auteur remet les choses à leur place et n’hésite pas à bousculer les idées reçues concernant la France de la Seconde Guerre mondiale. Certains éléments sont encore tabous et non-dits aujourd’hui. Romain Slocombe nous donne donc à voir l’envers du décor, ce qu’on a parfois tenté de cacher et d’enjoliver. Ce roman est une véritable aventure trouble entre Paris et Berlin.

Léon Sadorski est un personnage qui nous croyons, à tort, très vite cerné car toute l’ambiguïté cachée en lui ne tarde pas à faire surface. En effet, il est l’acteur d’un des pires crimes contre l’humanité mais sait aussi se montrer tendre avec sa femme et parfois faire preuve de clémence. Cet homme nous met sans cesse mal à l’aise. C’est également ce qui fait la réussite de ce roman et bouscule notre esprit. Le travail de documentation pour écrire un tel livre est colossal. Cela se ressent à tous les détails insérés ici et là et qui donnent une dimension réaliste au récit. C’est passionnant mais aussi terrifiant de découvrir les coulisses du régime de Vichy allié au régime nazi, un sacré cocktail de destruction, de traque, d’extermination et d’installation d’une idéologie. L’écriture maitrisée de l’auteur dépeint très bien l’ambiance sombre, délétère et pesante de cette période.

Ce roman noir flirtant avec le thriller m’a beaucoup plu. L’auteur nous décrit sans concession toute l’ambiguïté et la laideur de la période troublée que fut la Seconde Guerre mondiale et plus précisément la participation active de la France à collaborer avec le Troisième Reich (encore taboue et parfois enjolivée aujourd’hui). C’est intéressant et bien écrit. Je conseille fortement cette lecture qui me semble nécessaire.

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Nora Webster de Colm Tóibín / Rentrée littéraire 2016

9782221157923Résumé de l’éditeur : Irlande, fin des années 1960. Nora, qui élève seule ses quatre enfants depuis la mort de son mari, tente de refaire sa vie sous l’oeil critique des habitants de la petite ville ou elle vit depuis toujours. Opiniâtre et indocile, elle s’affranchit peu à peu des cancans et s’autorise de menues libertés : prendre des cours de chant, s’acheter une chaîne stéréo… La profondeur des émotions que soulève en elle la musique s’accorde au réveil de sa sensibilité et de sa personnalité.

Brooklyn est le premier roman que j’ai découvert de Colm Toibin. Mon avis était mitigé. Je suis donc contente d’avoir renouveler l’expérience avec l’auteur grâce à ce nouveau roman. Pendant près de 400 pages, nous suivons un personnage principal, Nora Webster, et son entourage. Nous découvrons sa vie après la mort de Maurice, son mari. J’ai retrouvé la jolie écriture que possède Colm Toibin. Il est toujours aussi agréable à lire. Il nous emmène dans l’Irlande troublée du début des années 60. C’est une période que l’auteur connait bien pour l’avoir vécue pendant son enfance. Cela se ressent tout au long du roman. J’ai beaucoup aimé le clin d’œil à Eilis et Tony, les héros de Brooklyn, au tout début du livre. Certains détails sur leur sort ont de quoi attiser notre curiosité. Je ne dirais pas non à une suite de leur histoire.

Au début des années 60, la pression sociale sur les femmes est toujours très forte. Nora est veuve. Elle doit donc suivre toutes les étapes dues à son rang pour ne pas offusquer la bien-pensance de la petite ville d’Irlande où elle vit. Petit à petit, elle s’émancipe de ces carcans et trouve la place qui est la sienne. Elle va ainsi trouver un travail et se découvrir une passion qui va l’amener à faire des rencontres et à se construire une nouvelle vie de femme indépendante. L’héroïne ne manque pas de profondeur. Sa psychologie est traitée avec beaucoup de finesse et d’attention. C’est un roman est subtil. Peut-être un peu trop parfois car on aimerait en savoir plus sur le contexte historique de l’époque et sur certains personnages. Pour moi, certains éléments auraient mérité d’être un peu plus développés.

Dans l’ensemble, ce roman m’a plu. J’ai aimé retrouvé la plume de Colm Toibin. L’histoire de Nora Webster est le reflet d’une époque et d’un pays. A mon sens, le trop-plein de subtilité ne sert pas forcément le récit à certains moments. Le clin d’œil à Eilis et Tony (Brooklyn) montre tout l’attachement que l’auteur porte à ses héros.

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