Nos âmes la nuit de Kent Haruf / Rentrée littéraire 2016

9782221187845Résumé de l’éditeur : Dans la petite ville de Holt, Colorado, dans une Amérique profonde et isolée, Addie, une septuagénaire, veuve depuis des décennies, fait une étrange proposition à son voisin, Louis, également veuf : voudrait-il bien passer de temps à autre la nuit avec elle, simplement pour parler, pour se tenir compagnie ? La solitude est parfois si dure… Bravant les cancans, Louis se rend donc régulièrement chez Addie. Ainsi commence une très belle histoire d’amour, lente et paisible, faite de confidences chuchotées dans la nuit, de mots de réconfort et d’encouragement. Une nouvelle jeunesse apaisée, toute teintée du bonheur de vieillir ensemble. Mais voilà, les choses ne vont pas se passer si simplement, les cancans vont bon train, et les familles s’en mêlent… Que va-t-il advenir de cette bulle de douceur si précieuse qu’Addie et Louis avaient réussi à construire ?

Ce court roman est assez étonnant. En effet, Kent Haruf nous propose une histoire sans prétention et épurée de toute fioriture. Il fait le choix d’aller à l’essentiel en un peu moins de 200 pages. On y trouve beaucoup de dialogues. Et les chapitres sont très courts. C’est donc une lecture rythmée et rapide qui s’effectue. Malgré cela, l’auteur arrive à transmettre des messages forts et à apporter du charisme à ses modestes héros. C’est l’hiver de la vie qui nous est conté ici. C’est le moment de faire le point et de tirer le bilan de ce qu’on a réalisé mais aussi de tout ce qu’on a perdu. Ce sont les sentiments, le partage, la solitude, la mort et les difficultés d’une existence bien remplie que l’auteur nous donne à voir.

L’intérêt de cette histoire réside clairement dans ses personnages hautement attachants. On aimerait rencontrer ces deux seniors et discuter avec eux. Ils ont beaucoup à nous apprendre et à partager. C’est aussi l’occasion de leur donner la parole face parfois à une jeunesse qui croit tout savoir, tout maîtriser et tout contrôler. On assiste également et avec émotion à l’émergence d’un lien d’attachement entre les deux protagonistes envers et contre tout mais surtout contre le qu’en-dira-t-on. Même si cela arrive tardivement et malgré quelques craintes, ils décident de vivre leur vie comme ils l’entendent. Ce roman est-il le témoin des propres peurs de Kent Haruf? Nous ne le sauront jamais car il a disparu juste avant la sortie de ce roman.

Je me range bien volontiers derrière l’avis positif général. Ce roman vous touche alors que vous ne vous y attendez pas forcément. Derrière une certaine simplicité, les mots font sens et marquent notre esprit de lecteur. Pour ne rien gâcher, l’ensemble est raconté avec beaucoup d’élégance et de pudeur. Addie et Louis resteront dans ma mémoire, c’est certain.

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Dieu n’habite pas La Havane de Yasmina Khadra / Rentrée littéraire 2016

9782260024217Résumé de l’éditeur : À l’heure ou le régime castriste s’essouffle, « Don Fuego » chante toujours dans les cabarets de La Havane. Jadis, sa voix magnifique électrisait les foules. Aujourd’hui, les temps ont changé et le roi de la rumba doit céder la place. Livré à lui-même, il rencontre Mayensi, une jeune fille « rousse et belle comme une flamme », dont il tombe éperdument amoureux. Mais le mystère qui entoure cette beauté fascinante menace leur improbable idylle.

Je n’avais encore jamais lu Yasmina Khadra. Il m’a pourtant été conseillé plusieurs fois et les critiques sont souvent positives. Ce nouveau roman a donc été l’occasion pour moi de tester cet écrivain. Malheureusement, je ne vais sûrement pas faire partie de ses adeptes car ma lecture a été quelque peu contrariée. Ce livre se classe parmi les ouvrages que je lis jusqu’au bout mais qui, finalement, ne me laisse pas un sentiment impérissable. Il n’est ni très bon, ni très mauvais. Je l’ai lu un peu la tête ailleurs et sans vraiment m’abîmer dans ses pages. Le récit met du temps à démarrer. Un  déséquilibre est présent entre la première partie assez descriptive et la seconde où il se passe beaucoup d’événements.

Le héros est plutôt charismatique, il faut l’avouer. Il a de l’allure mais aussi des faiblesses. J’ai apprécié l’accompagner dans ses pérégrinations à travers La Havane. La cadre spatio-temporel du Cuba contemporain est peu développé mais suffisant pour apporter une ambiance et un dépaysement particuliers. Cette histoire est construite à la manière d’un conte moderne avec une morale finale. Le schéma reste tout de même bien classique et pas forcément à la hauteur de la réputation de l’auteur. Mes attentes ont peut-être mis la barre trop haute… Malgré cela et comme dit plus haut, j’ai nettement préféré la seconde partie. Elle est bien menée et est faite de rebondissements, de révélations et de réponses à nos soupçons.

Dieu n’habite pas La Havane est donc, à mon sens, un roman en demi-teinte dans lequel je n’ai pas réussi à me plonger complètement. Je suis restée assez indifférente surtout durant la première partie. Je ne m’en fais pas pour Yasmina Khadra qui a son public et qui est très nombreux.

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Fanny

Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby / Rentrée littéraire 2016

paquebotRésumé de l’éditeur : Au milieu des années 1950, Mathilde sort à peine de l’enfance quand la tuberculose envoie son père et, plus tard, sa mère au sanatorium d’Aincourt. Cafetiers de La Roche-Guyon, ils ont été le coeur battant de ce village des boucles de la Seine, à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant est ruiné par les soins tandis que le placement des enfants fait voler la famille en éclats, l’entraînant dans la spirale de la dépossession. En ce début des Trente Glorieuses au nom parfois trompeur, la Sécurité sociale protège presque exclusivement les salariés, et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui par insouciance, méconnaissance ou dénuement tardent à solliciter la médecine. À l’âge où les reflets changeants du fleuve, la conquête des bois et l’insatiable désir d’être aimée par son père auraient pu être ses seules obsessions, Mathilde lutte sans relâche pour réunir cette famille en détresse, et préserver la dignité de ses parents, retirés dans ce sanatorium – modèle architectural des années 1930 –, ce grand paquebot blanc niché au milieu des arbres.

Vous êtes nombreux à m’avoir donné envie de lire Valentine Goby et plus particulièrement son dernier roman. L’auteur nous conte une histoire difficile faite de maladie, de difficultés financières et d’une société parfois injuste. Le récit débute dans les années 50 en plein milieu des Trente Glorieuses, période censée être faste. Mais derrière ce verni, la réalité est toute autre. En effet, la famille de Mathilde ne profite qu’un temps de cette embellie. Une fois la redoutable tuberculose entrée dans le foyer ainsi que dans le commerce familiale, Le Balto, s’en est fini de l’insouciance. On s’imagine les ravages de cette maladie très lointaine de notre époque actuelle, au XIXe siècle ou au début du XXe siècle. Ce qu’on oublie ou qu’on ne sait pas, c’est que la maladie est encore bien présente en France durant la seconde moitié du XXe siècle.

Nous suivons donc les espoirs et les déconvenues de Mathilde. Elle est d’abord adolescente puis jeune femme et enfin femme mûre. C’est un personnage fort qui ne vous laissera pas de marbre. Malgré quelques petites baisses de moral, elle se bat contre vents et marées pour réunir ceux qu’elle aime et entretenir les liens familiaux malgré que tous soient éparpillés un peu partout. La maison familiale a une grande importance. Notre héroïne a pour but de rassembler toute sa famille dans la maison de La Roche-Guyon. Mathilde met sa fierté, sa vie d’adolescente et de jeune femme de côté. Elle gagne un peu d’argent, fait du stop pour aller voir ses parents au sanatorium et demande de l’aide à tout son entourage. Ce roman est aussi l’histoire d’une relation malmenée entre un père et sa fille.

Au fil des pages, on comprend assez vite le choix de ce beau titre. Le sanatorium d’Aincourt est en effet un paquebot au milieu d’un grand parc arboré même si on n’y entre pas pour partir sur une croisière voulue et agréable. Il y a tout de même des personnes qui forment un petit club et apportent de la joie. C’est une vraie parenthèse dans les soins et l’isolement. Il est possible de voir des photographies du lieu sur internet. Le bâtiment est représentatif de l’architecture de l’époque. Ce roman est évidemment un bel hommage a un lieu laissé à l’abandon, à tout le personnel médical et à toutes les personnes soignées ou ayant disparues. C’est aussi le témoignage des accompagnants à la manière de Mathilde. Leur statut est régulièrement évoqué dans les actualités ces dernières années. Cette histoire est donc aussi dans l’air du temps.

C’est un très beau roman que j’ai eu entre les mains. Je n’oublierais jamais Mathilde, sa famille et le sanatorium d’Aincourt. La plume de l’auteur est précise, sensible et bienveillante. Elle redonne une place et une mémoire à toutes les personnes ayant vécues le drame de la tuberculose et bien souvent oubliées. Je n’en ai pas fini avec Valentine Goby, j’en suis certaine.

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Fanny

Yaak Valley, Montana de Smith Henderson / Rentrée littéraire 2016

9782714456786Résumé de l’éditeur : La première fois qu’il l’a vu, Pete a cru rêver. Des gosses paumés, il en croise constamment dans son job d’assistant social. Mais, tout de même, un enfant en pleine forêt, méfiant, en guenilles, l’air affamé… Pete s’accroche, laisse de la nourriture, des vêtements et finit par gagner la confiance du petit. Suffisamment pour découvrir que le garçon n’est pas seul. Sa mère et ses frères et soeurs sont introuvables, il vit avec son père, Jeremiah Pearl, un fondamentaliste chrétien qui fuit la civilisation pour se préparer à l’Apocalypse et comploter contre un gouvernement corrompu et dépravé. Petit à petit, entre Pete et Jeremiah s’installe une relation étrange. Car Jeremiah s’est isolé par désespoir, après un drame atroce ; Pete de son côté est au bord de sombrer : son frère est recherché par la police ; son ex, alcoolique, collectionne les amants ; et, surtout, sa fille de quatorze ans a disparu quelque part le long de la route du Texas…

Dès l’annonce de la parution de ce roman, j’ai voulu le découvrir car je m’intéresse de plus en plus à la littérature américaine. Je ne pouvais évidemment pas passer à côté. Le récit prend place dans les années 80. Le contexte historique en lui-même n’est pas très développé. Ce roman pourrait d’ailleurs très bien se dérouler de nos jours. Nous avons plus affaire à une analyse sociale de cette période et d’un état des États-Unis. La Yaak Valley est toute proche du Canada. Une nature hostile y occupe encore une majeure partie de l’espace. Nous avons deux récits en parallèle : celui de Pete et celui de l’errance de sa fille après sa fugue. Tout fini par s’imbriquer et se recouper dans les dernières pages du roman. Un intérêt pour ces différentes histoires s’installe donc très vite.

Nous suivons principalement l’histoire d’un assistant-social, Pete, qui voue sa vie à son métier. Il a un attachement particulier pour les enfants qu’il ne peut s’empêcher de vouloir sauver au détriment de sa propre vie et de sa propre famille. Notre héros se retrouve face à des situations à peine croyables. D’ailleurs, certains passages peuvent choquer. Mais c’est aussi ce qui fait que ce roman est bon. Nous sommes dans un réalisme total. Rien ne nous est caché sur la situation de chaque protagoniste : un jeune homme qui perd régulièrement les pédales, une petite fille à la mère droguée, un garçon embarqué dans les idées survivalistes de son père. Ce roman est aussi l’occasion de dénoncer la faiblesse des institutions, de la collaboration entre services et des moyens.

C’est un roman difficile, assez long à lire et à digérer mais qui vaut qu’on s’y intéresse. J’ai aimé ce côté hyperréaliste qui se dégage de chaque page. Le métier d’assistant-social y est mis en avant avec tout ce qu’il contient d’abstraction de soi et de rudesse. Une belle découverte!

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Fanny

Les mots entre mes mains de Guinevere Glasfurd / Rentrée littéraire 2016

9782253107804-001-XRésumé de l’éditeur : Helena Jans van der Strom n’est pas une servante comme les autres. Quand elle arrive à Amsterdam pour travailler chez un libraire anglais, la jeune femme, fascinée par les mots, a appris seule à lire et à écrire. Son indépendance et sa soif de savoir trouveront des échos dans le coeur et l’esprit du philosophe René Descartes. Mais dans ce XVIIe siècle d’ombres et de lumières, leur liaison pourrait les perdre. Descartes est catholique, Helena protestante. Il est philosophe, elle est servante. Quel peut être leur avenir ?

Je vous présente le tout premier livre lu pour la rentrée littéraire 2016 qui bat son plein depuis plusieurs jours déjà. Ce roman historique est une belle surprise. Le lecteur découvre l’histoire d’Héléna, une jeune hollandaise, qui va voir sa vie complétement bouleversée par sa rencontre avec un homme hors du commun en la personne de René Descartes. L’auteur brode son roman à partir de faits avérés. En fin d’ouvrage, elle explique qu’il reste aujourd’hui peu de trace de cette histoire d’amour. La part de fiction est donc assez importante. Nous suivons le destin parfois heureux et parfois tragique de notre héroïne a travers la Hollande. Le contexte des Pays-Bas du XVIIe siècle est d’ailleurs passionnant et très bien retranscrit.

On sent tout l’amour que René Descartes porte à Héléna et à leur fille, Francine. Malheureusement, cette histoire est assez vite contrariée car le philosophe français semble poursuivi pour ces idées avant-gardistes et révolutionnaires. Ceci est sous-entendu tout le long du roman car nous avons uniquement le point de vue d’Héléna. Cette dernière reste dans le flou concernant les conséquences des travaux de son amant. Le long chemin de notre héroïne vers l’alphabétisation nous est aussi raconté. Il lui ouvre des horizons inespérés vu sa condition de femme et son extraction sociale. Je regrette seulement que Guinevere Glasfurd n’ait pas toujours su me rendre proche d’Héléna. Elle parait assez méfiante ce qui empêche parfois de la comprendre tout à fait.

Il s’agit d’un roman historique intéressant avec lequel j’ai beaucoup appris sur les Pays-Bas du XVIIe siècle et sur René Descartes. J’ai parfois eu quelques difficultés à rester proche d’Héléna. Cependant, pour un premier roman, je dois bien avouer que Guinevere Glasfurd s’en sort très très bien.

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Fanny