Le bullet journal, cet outil qui a révolutionné mon quotidien

Aujourd’hui, je vous propose un article hors du commun sur le blog. Je vais vous parler d’un outil qui a changé ma vie. Oui oui, rien que ça! Je ne vous ferais pas l’affront de vous expliquer ce qu’est le bullet journal (ou bujo pour les intimes) car il en est question un peu partout sur la toile, à la télévision ou dans la presse écrite. Si vous souhaitez avoir plus d’information, n’hésitez pas à surfer sur le site du créateur Ryder Carroll, de Boho Berry, d’Alice, de Violette Factory, de Journaling Addict ou encore de Julie de journaling.fr.

Cet article a pour but de vous présenter mon expérience ainsi que ma vision de l’outil. C’est aussi un point d’étape après 4 mois d’utilisation.

img_20161030_181201

Pourquoi vouloir changer son organisation?

J’ai découvert le concept de bullet journal en début d’année. J’ai commencé par suivre l’expérience de quelques adeptes. L’idée a mis plusieurs mois à faire son chemin avant que je me lance dans l’aventure en juillet. C’est un ras-le-bol général qui est à l’origine de cette envie de changer ma façon de m’organiser. Je ne supportais plus d’avoir de plus en plus de choses à gérer, d’avoir des idées plein la tête à longueur de journée et d’avoir des listes sur des petits bouts de papier un peu partout. La méthode fonctionnait pour beaucoup de gens, alors pourquoi pas moi?

L’euphorie des débuts

Les débuts sont toujours plein d’enthousiasme. On a envie de tout faire, de tout mettre et de tout maitriser. Mais très vite, les petites erreurs arrivent et il faut savoir les maquiller. Le premier mois, je décorais de beaucoup de dessin, de couleur, de citation. Le quotidien reprenant le dessus, je me suis vite rendue compte du caractère chronophage de cette tâche. Par la suite et encore maintenant, je suis revenue à l’essentiel et à quelque chose de gérable en temps pour le quotidien. Ce qui ne m’empêche pas de décorer à quelques endroits et de temps en temps.

Comment je fonctionne

Cette façon de faire n’engage que moi. C’est l’organisation qui me convient.

img_20161029_134950

  1. Page de garde du mois décorée.
  2. Calendrier mensuel accompagné de puces de couleur pour différents évènements (rendez-vous médicaux, anniversaire, congés, etc.). Il permet d’avoir une vision global du mois.
  3. Le budget où je soustrais chaque dépense pour connaitre mon solde.
  4. Le tracker de mes habitudes. J’y ai inséré des tâches que j’avais du mal à réaliser avant le bujo. Ce tracker me permet de maitriser ma légendaire procrastination.
  5. Une double page pour mes activités littéraires. Elle se compose d’une vignette qui recense mes lectures mensuelles, une seconde où je note les évènements littéraires du mois (lectures communes, sorties littéraires ou salon) et une troisième qui est en fait un tracker de partage de mes billets de blog sur les différents réseaux sociaux pour ne rien oublier.
  6. Mon planning de travail par demi-journée. J’occupe un poste qui demande beaucoup de mobilité. Je récapitule donc mes déplacements dans ce tableau.
  7. Les souvenirs du mois. Je remplis cette page à chaque fin de mois. Elle récapitule 4 à 6 faits marquants.
  8. Viennent enfin les dailies.
  9. Des pages collection au fil de l’eau quand l’idée me vient.

img_20161030_124304     img_20161030_124237

Quelques pages

img_20161030_125003     img_20161030_125150

img_20161030_125634     img_20161030_125258

img_20161030_130803     img_20161030_131211

Les bienfaits

Vous trouverez ci-dessous une liste de l’apport positif du bullet journal. Ce sont les points qui ressortent lorsque j’analyse mon expérience.

  • Tout est réuni en seul carnet. Fini l’éparpillement sur plusieurs supports.
  • Meilleure productivité. J’arrive enfin à faire tout ce que je souhaite sans stress et avec estime de soi en prime.
  • Mon esprit est libéré d’un lourd poids et d’un encombrement franchement fatiguant sur le long terme. Je me repose complétement sur le bujo.
  • Faire des économies. Je suis dorénavant mes finances de très près. J’arrive maintenant à mettre une certaine somme de côté chaque mois.
  • Meilleure anticipation. Les échéances ne tombent plus brutalement.
  • Gain de temps non négligeable au quotidien ce qui permet de se concentrer sur les choses essentielles.
  • Exutoire pour les évènements douloureux ou les petites peines de tous les jours. Je m’épanche régulièrement par une phrase, une citation ou un dessin.
  • Travailler sa créativité. La mise en page, le lettrage, le dessins sont autant de bonus qui font que c’est un vrai plaisir d’ouvrir son bullet journal chaque jour.

Quelques conseils

  • Ne négligez jamais le brouillon. N’hésitez pas à vous poser devant une feuille blanche pour réfléchir à ce que vous avez vraiment besoin.
  • La communauté est vaste et généreuse. N’hésitez pas à vous inspirer des autres grâce à Facebook, Instagram ou encore Pinterest.
  • Ne cherchez pas à vouloir absolument que votre bullet journal ressemble à celui de quelqu’un d’autre. C’est un bon point de départ certes mais il faut savoir laisser parler votre personnalité et vos besoins pour que cet outil soit optimisé et personnalisé.

En 4 mois, je suis clairement devenue une adepte du bullet journal. Je ne le laisserais pour rien au monde. Et vous? Adepte, en cours de réflexion ou réfractaire? N’hésitez pas à me contacter pour plus de photos ou de renseignement.

Fanny

Interview d’auteur #3 – Michel Moutot nous parle de Ciel d’acier

Il y a une semaine, je vous faisais part de mon coup de cœur pour Ciel d’acier de Michel Moutot. L’auteur m’a contactée. J’ai donc sauté sur l’occasion pour lui poser quelques questions et vous partager ses réponses. Son roman découle de son expérience de reporter lors des attentats des tours jumelles du 11 septembre 2001. Il déroule, à partir de cet évènement, le fil historique d’ironworkers et Mohawks du Canada sur plusieurs générations.

640_michel-moutot-arlea_-2     71kboci3fkl

1. Votre roman débute par les attentats des tours jumelles du 11 septembre 2001.Vous avez reçu une récompense pour votre couverture de cette catastrophe en tant que journaliste. Pourquoi avoir attendu presque 15 ans pour écrire ce livre?

J’ai attendu tout ce temps parce que jesuis rentré en France en 2003, avec l’idée de ce roman dans un coin de ma tête, mais trop occupé par mon travail à l’AFP pour pouvoir m’y mettre. Puis en 2011 j’ai aidé un ami à raconter sa vie, cela a donné un livre titré « Aventurier des glaces ». J’ai passé six mois à l’écrire et j’ai adoré, ça m’a donné l’envie et la confiance de tenter quelque chose de plus ambitieux.

2. Grâce à votre ouvrage, le lecteur fait la rencontre des Mohawks (indiens du Canada), ironworkers bien souvent oubliés par l’histoire. Comment les avez-vous découverts?

J’ai découvert les Mohawks lors d’un reportage à Ground Zero, le 16 ou le 17 septembre 2001. Puis je suis tombé en janvier 2002 sur une exposition, titrée « Booming out, the Mohawk indians built New York », dans laquelle était racontée toute l’histoire de la tribu. J’en suis sorti en me disant : c’est incroyable, l’histoire de cette tribu c’est un vrai roman !

3. Vous vous étonnez (et nous aussi) qu’aucun auteur américain ou canadien n’ait pensé à écrire au sujet des Mohawks. Pourtant leur destin est des plus romanesques. Comment l’expliquez-vous?

Aucune idée : pour moi c’est un mystère. J’étais persuadé qu’une si belle histoire aurait attiré quelqu’un avant moi.

4. Votre écriture est imagée grâce, notamment, à de nombreuses descriptions. Le 11/09/2001 a bénéficié d’une grande médiatisation dans un un monde déjà gouverné par l’image. Êtes-vous un adepte de la complémentarité entre l’écrit et l’image?

Bien sûr. Ma femme, qui est ma première et meilleure lectrice, m’a toujours dit que j’avais une écriture imagée. J’aime donner à voir au lecteur, avec des descriptions, mais pas trop non plus. Il faut laisser au lecteur sa part d’imaginaire. En tant que lecteur, j’aime bien qu’on me laisse ma part de travail…

5. Pouvez-vous nous expliquer comment votre métier de reporter à influencer l’écriture de ce roman?

Une partie du roman est tirée directement de mes reportages le 11 septembre et dans les mois qui ont suivi. C’était la partie la plus facile : la visite de John, par exemple, à Fresh Kills, est une scène que j’ai vécue. D’un autre côté, pour devenir romancier il faut cesser d’être journaliste, et ce n’est pas facile. Il faut développer ses personnages, se mettre dans leur tête, leur prêter des sentiments. Tout ça était nouveau pour moi.

6. Quelle a été la plus grande difficulté que vous ayez rencontré pendant l’écriture de ce livre? Comment avez-vous réussi à trouver le bon équilibre entre événements historiques, détails techniques et pans de vie?

Le plus difficile a été effectivement de me séparer de mes réflexes professionnels de journaliste pour devenir vraiment romancier. Lors des cent premières pages, je me suis aperçu que j’écrivais un très long reportage. J’ai tout repris, tout réécris depuis le début.

7. Lors de vos recherches, quels sont les éléments qui vous ont le plus marqué?

Les récits des anciens, ironworkers à la retraite qui avaient construit le WTC et ont assisté à la télévision à leur écroulement. J’en ai rencontré trois à Kahnawake, ce furent de très belles rencontres.

8. Ciel d’acier est votre seul et unique roman. Travaillez-vous sur un nouveau projet en parallèle de votre activité journalistique?

Oui, je suis en train d’écrire un nouveau roman. Il s’appelle, pour l’instant, « Freedom fever » et raconte l’histoire, au milieu du 19e siècle, des chasseurs de baleines de l’île de Nantucket, au large de Boston, qui sont partis, avec leurs bateaux, chercher de l’or en Californie. C’était en 1849, lors de la première ruée vers l’or qui a bâti San Francisco. C’est l’histoire de trois frères, qui quittent Nantucket à la fin de 1848, et arrivent à San Francisco cinq mois plus tard. Je suis à la page 125, ce matin, je vais m’y remettre. Et je pars mercredi pour dix jours de repérages à San Francisco.

Merci Michel Moutot pour ces quelques mots qui éclairent un peu plus votre roman.

Fanny

Dieu n’habite pas La Havane de Yasmina Khadra / Rentrée littéraire 2016

9782260024217Résumé de l’éditeur : À l’heure ou le régime castriste s’essouffle, « Don Fuego » chante toujours dans les cabarets de La Havane. Jadis, sa voix magnifique électrisait les foules. Aujourd’hui, les temps ont changé et le roi de la rumba doit céder la place. Livré à lui-même, il rencontre Mayensi, une jeune fille « rousse et belle comme une flamme », dont il tombe éperdument amoureux. Mais le mystère qui entoure cette beauté fascinante menace leur improbable idylle.

Je n’avais encore jamais lu Yasmina Khadra. Il m’a pourtant été conseillé plusieurs fois et les critiques sont souvent positives. Ce nouveau roman a donc été l’occasion pour moi de tester cet écrivain. Malheureusement, je ne vais sûrement pas faire partie de ses adeptes car ma lecture a été quelque peu contrariée. Ce livre se classe parmi les ouvrages que je lis jusqu’au bout mais qui, finalement, ne me laisse pas un sentiment impérissable. Il n’est ni très bon, ni très mauvais. Je l’ai lu un peu la tête ailleurs et sans vraiment m’abîmer dans ses pages. Le récit met du temps à démarrer. Un  déséquilibre est présent entre la première partie assez descriptive et la seconde où il se passe beaucoup d’événements.

Le héros est plutôt charismatique, il faut l’avouer. Il a de l’allure mais aussi des faiblesses. J’ai apprécié l’accompagner dans ses pérégrinations à travers La Havane. La cadre spatio-temporel du Cuba contemporain est peu développé mais suffisant pour apporter une ambiance et un dépaysement particuliers. Cette histoire est construite à la manière d’un conte moderne avec une morale finale. Le schéma reste tout de même bien classique et pas forcément à la hauteur de la réputation de l’auteur. Mes attentes ont peut-être mis la barre trop haute… Malgré cela et comme dit plus haut, j’ai nettement préféré la seconde partie. Elle est bien menée et est faite de rebondissements, de révélations et de réponses à nos soupçons.

Dieu n’habite pas La Havane est donc, à mon sens, un roman en demi-teinte dans lequel je n’ai pas réussi à me plonger complètement. Je suis restée assez indifférente surtout durant la première partie. Je ne m’en fais pas pour Yasmina Khadra qui a son public et qui est très nombreux.

logo-robert-laffontVous aimerez aussi découvrir :

  • Aide-moi si tu peux de Jérôme Attal
  • La grâce des brigands de Véronique Ovaldé
  • Ma grand-mère vous passe le bonjour de Fredrik Backman

Fanny

L’espace sans gravité : histoires insolites de l’exploration spatiale de Florence Porcel

couverture-hdRésumé de l’éditeur : Personnalités, événements historiques, engins spatiaux, projets, accidents sans gravité, Florence Porcel raconte avec humour le quotidien des astronautes, astrophysiciens et autres génies de l’informatique. Parce qu’avant d’être des super-héros, ce sont des humains, capable de crasher des engins de centaines de millions de dollars à cause d’une erreur stupide, d’oublier des objets dans l’espace lors d une sortie extravéhiculaire ou de faire exploser une fusée en se trompant d un simple bit dans un code informatique…  Parce qu’on peut être ingénieur de la NASA et commettre d énormes gaffes !

Depuis quelques mois maintenant, je me passionne d’astronomie et de toutes les disciplines qui s’y rattachent. J’ai même fait l’acquisition d’une petite lunette astronomique et je fais mes premières observations depuis mon balcon. Je lis beaucoup à ce sujet et passe beaucoup d’heures sur internet à consulter différents supports proposés. Et oui, c’est une communauté finalement assez ouverte, qui n’hésite pas à partager au maximum et qui cherche toujours plus d’adeptes. C’est captivant et fascinant! Florence Porcel fait partie de ses passionnés qui m’ont donné envie de continuer sur cette voie. Sa chaine youtube, La Galaxie de Florence Porcel, m’a rapidement convaincue. J’ai donc très vite souhaité lire son livre tout récemment sorti en librairie. Le postulat de départ est simple. L’auteure nous propose 31 anecdotes drôles, tristes et parfois affligeantes qui ont fait l’histoire de l’exploration spatiale. Plusieurs passages sont clairement féministes car les femmes ont souvent été mises sur la touche et lésées dans leur découverte.

L’ordre n’est pas chronologique mais l’ensemble s’enchaine parfaitement grâce à des transitions bien amenées. Florence Porcel use aussi bien d’un langage familier et parlé que d’un langage courant voire soutenu parfois. Je pense qu’un certain public pourrait être un peu dérouté par ce mélange. Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié ce choix. Ce dernier facilite la vulgarisation de certaines notions, rend proche et dédramatise le lecteur face à toute cette science. On retrouve quelques expressions ou façons de parler à la Alexandre Astier. La jeune femme est une grande admiratrice de cet homme (elle n’est pas la seule…). A chaque page, on ressent le travail de recherche énorme. Elle a beaucoup lu et décrypté. Elle l’explique d’ailleurs régulièrement et a rédigé une bibliographie complète par chapitre accompagnée de contenus supplémentaires sur son blog. Elle a également rencontré des personnes passionnantes et compétentes. Ceci me laisse à penser que ce livre est une mine d’informations fiables.

J’ai dévoré ce livre en quelques jours heures. J’ai découvert et redécouvert beaucoup de faits. Le ton et le parti pris de l’humour et de la détente sont parfaits pour les débutants ou les petits curieux comme moi. La dernière page est arrivée beaucoup trop vite à mon goût. J’en redemande! Pour ne pas rester sur ma faim, je vais continuer mes pérégrinations sur le net, dans les livres et les yeux tournés vers le ciel.

Comme dirait Florence : « N‘oubliez pas de rester le nez en l’air à ne rien faire! »

Son site internet :

Sa chaine youtube :

Sa page facebook où elle poste tout plein d’actualités liées au spatial :

P.S. : S’il y a des personnes qui passent par ici et passionnées comme moi, n’hésitez pas à m’écrire en commentaire ou par mail car il est possible que nous ayons beaucoup de choses à nous dire.

Fanny

Ciel d’acier de Michel Moutot

71kboci3fklRésumé de l’éditeur : Chalumeau en main, John LaLiberté, ironworker comme ses ancêtres, sectionne l’acier à la recherche de survivants. Les Twin Towers viennent de s’effondrer sous ses yeux. Depuis le premier rivet porté au rouge dans un brasero, jusqu’à la construction de la Liberty Tower, six générations de Mohawks ont bâti l’Amérique. La légende dit qu’ils n’ont pas le vertige. Peut-on apprendre à maîtriser sa peur ?

Je vous l’annonce tout de suite, ce roman m’a apporté de grands moments d’émotion. Dès les premières pages, j’ai su qu’il se placerait au rang des coups de cœur. Michel Moutot commence par nous plonger au plus près du chaos surréaliste des premières heures de la catastrophes du 11 septembre 2001 alors que les tours jumelles s’effondrent. On dit souvent que les images sont plus parlantes que les écrits. Cependant, je peux vous assurer que l’auteur nous immerge dans l’action avec brio et beaucoup de réalisme. Pour preuve, des frissons m’ont parcourue à plusieurs reprises. C’est l’histoire d’un pays meurtri dans ses symboles et de sa reconstruction. Mais c’est aussi et surtout le récit d’indiens du Canada ayant mis, au péril de leurs vies, leurs compétentes au service d’une nation. L’auteur rend un bel hommage à ces ouvriers trop souvent oubliés.

« Un pickup s’arrête, je saute à l’arrière. Sur Canal Street, dernier barrage, nous n’irons pas plus loin à pied. A partir d’ici, la chaussée, les trottoirs, les voitures, les arbustes, les lampadaires, les panneaux, les poubelles, tout disparaît sous dix centimètres de cendre grises, fines comme du talc. Un paysage d’hiver nucléaire, un film de science-fiction. Un Pompéi moderne. Comme les jours de neige sur New-York, la rumeur de la ville a disparu. Le silence est si profond qu’il bourdonne dans mes oreilles. Je n’entends pas le bruit de mes pas ; le mélange de poussières, de cendres, de feuilles de papier et de béton pulvérisé étouffe tout.«  (p. 22)

Nous suivons trois générations composées de personnages forts et ironworker de père en fils : du début d’une épopée d’assembleurs d’acier indiens d’une réserve Mohawk du Canada de la fin du XIXe siècle jusqu’à leur expatriation temporaire pour la construction des tours jumelles dans les années 60 et 70 pour finir avec le déblaiement suite aux attentats du 11 septembre 2001 et la construction du One World Trade Center dans les années 2000. A la fin du roman, la boucle est complète et se referme d’une superbe façon. C’est autant l’histoire d’une population, de ses croyances et d’un métier. Les techniques de construction et leurs évolutions nous sont expliquées. Michel Moutot s’y prend très bien en les insérant au roman sans aucune lourdeur, sans aucun ennui et en provoquant l’intérêt du lecteur vers un domaine auquel il ne se serait surement pas intéressé autrement.

Vous l’aurez compris à la lecture de cette chronique pour le moins dithyrambique, ce roman se positionne comme un véritable coup de cœur. J’ai tout aimé de la première page jusqu’à la dernière. La belle écriture et l’expérience de Michel Moutot en tant que correspondant durant les attentats du 11 septembre 2001 rehaussent le sujet et lui apporte un réalisme et une profondeur. J’ai appris beaucoup aussi bien historiquement que techniquement.

Retrouvez l’interview que l’auteur a bien voulu m’accorder :

Lu grâce à la masse critique Babelio et aux éditions Points.

massecritiquelogo-point-createur-fdnoir-e1386848123480Vous aimerez aussi découvrir :

  • A l’orée du verger de Tracy Chevalier
  • The girls de Emma Cline
  • Un destin d’exception de Richard Yates 

Fanny

The Girls de Emma Cline / Rentrée littéraire 2016

81exqc-2uklRésumé de l’éditeur : Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n’a que Connie, son amie d’enfance. Lorsqu’une dispute les sépare au début de l’été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l’atmosphère d’abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l’aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d’une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l’adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s’y faire accepter. Tandis qu’elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s’aperçoit pas qu’elle s’approche inéluctablement d’une violence impensable.

Pour son premier roman, Emma Cline s’est attelée à un sujet coup de poing et plutôt ambitieux. En effet, elle s’inspire de la secte de Charles Manson ayant défrayée la chronique aux États-Unis dans les années 60. Ici, les noms sont modifiés mais le parallèle est très facile à faire. L’auteur nous introduit dans ce groupe dirigé par un homme froid, pervers et colérique. Il est entouré de quelques hommes. Mais la majorité de ces adeptes sont des femmes dont il se sert pour assouvir ses pulsions sexuelles. Elles sont désœuvrées, fragiles et coupées de leur famille. Ce groupe vit en reclus dans un minimalisme et un dénuement outrancier. Ils pratiquent le vol et la pression pour subvenir à leurs besoins. C’est souvent assez glauque. Le lecteur reste toujours dans une position inconfortable car une ambiance malsaine se dégage à chaque page.

Nous suivons Evie dans une alternance de chapitres entre adolescence et âge adulte. Emma Cline étudie sa psychologie d’une manière très poussée. Quels éléments peuvent pousser une  adolescente de 14 ans à s’insérer dans une secte et à aller jusqu’à la dernière limite avant le meurtre ? Le lecteur assiste au lent glissement de la vie de notre héroïne sans pouvoir rien y faire. Sa vie ne lui convient pas et découvre en Suzanne un modèle à suivre. C’est aussi l’importance d’appartenir à un groupe qui est explicitée ici. Nous sommes spectateurs des drames qui se jouent dans cette petite communauté. Nous découvrons aussi l’Evie adulte dans sa nouvelle vie après les procès (elle-même n’a pas été inquiétée par la justice). Ce pan trouble de son existence est gravé en elle, la poursuit et faire naitre une multitude d’interrogations.

The girls n’est clairement pas facile à lire. Ce livre choque, bouscule et met son lecteur dans une posture inconfortable de spectateur d’une descente aux enfers. Il s’agit d’une fiction qui frise aussi parfois avec le reportage. Ce premier roman au sujet ambitieux est une réussite. Emma Cline est sans aucun doute un auteur à suivre.

Lu en lecture commune avec Fanny.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • City on fire de Garth Risk Hallberg
  • Dalva de Jim Harrison
  • Yaak Valley, Montana de Smith Henderson

Fanny

Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby / Rentrée littéraire 2016

paquebotRésumé de l’éditeur : Au milieu des années 1950, Mathilde sort à peine de l’enfance quand la tuberculose envoie son père et, plus tard, sa mère au sanatorium d’Aincourt. Cafetiers de La Roche-Guyon, ils ont été le coeur battant de ce village des boucles de la Seine, à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant est ruiné par les soins tandis que le placement des enfants fait voler la famille en éclats, l’entraînant dans la spirale de la dépossession. En ce début des Trente Glorieuses au nom parfois trompeur, la Sécurité sociale protège presque exclusivement les salariés, et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui par insouciance, méconnaissance ou dénuement tardent à solliciter la médecine. À l’âge où les reflets changeants du fleuve, la conquête des bois et l’insatiable désir d’être aimée par son père auraient pu être ses seules obsessions, Mathilde lutte sans relâche pour réunir cette famille en détresse, et préserver la dignité de ses parents, retirés dans ce sanatorium – modèle architectural des années 1930 –, ce grand paquebot blanc niché au milieu des arbres.

Vous êtes nombreux à m’avoir donné envie de lire Valentine Goby et plus particulièrement son dernier roman. L’auteur nous conte une histoire difficile faite de maladie, de difficultés financières et d’une société parfois injuste. Le récit débute dans les années 50 en plein milieu des Trente Glorieuses, période censée être faste. Mais derrière ce verni, la réalité est toute autre. En effet, la famille de Mathilde ne profite qu’un temps de cette embellie. Une fois la redoutable tuberculose entrée dans le foyer ainsi que dans le commerce familiale, Le Balto, s’en est fini de l’insouciance. On s’imagine les ravages de cette maladie très lointaine de notre époque actuelle, au XIXe siècle ou au début du XXe siècle. Ce qu’on oublie ou qu’on ne sait pas, c’est que la maladie est encore bien présente en France durant la seconde moitié du XXe siècle.

Nous suivons donc les espoirs et les déconvenues de Mathilde. Elle est d’abord adolescente puis jeune femme et enfin femme mûre. C’est un personnage fort qui ne vous laissera pas de marbre. Malgré quelques petites baisses de moral, elle se bat contre vents et marées pour réunir ceux qu’elle aime et entretenir les liens familiaux malgré que tous soient éparpillés un peu partout. La maison familiale a une grande importance. Notre héroïne a pour but de rassembler toute sa famille dans la maison de La Roche-Guyon. Mathilde met sa fierté, sa vie d’adolescente et de jeune femme de côté. Elle gagne un peu d’argent, fait du stop pour aller voir ses parents au sanatorium et demande de l’aide à tout son entourage. Ce roman est aussi l’histoire d’une relation malmenée entre un père et sa fille.

Au fil des pages, on comprend assez vite le choix de ce beau titre. Le sanatorium d’Aincourt est en effet un paquebot au milieu d’un grand parc arboré même si on n’y entre pas pour partir sur une croisière voulue et agréable. Il y a tout de même des personnes qui forment un petit club et apportent de la joie. C’est une vraie parenthèse dans les soins et l’isolement. Il est possible de voir des photographies du lieu sur internet. Le bâtiment est représentatif de l’architecture de l’époque. Ce roman est évidemment un bel hommage a un lieu laissé à l’abandon, à tout le personnel médical et à toutes les personnes soignées ou ayant disparues. C’est aussi le témoignage des accompagnants à la manière de Mathilde. Leur statut est régulièrement évoqué dans les actualités ces dernières années. Cette histoire est donc aussi dans l’air du temps.

C’est un très beau roman que j’ai eu entre les mains. Je n’oublierais jamais Mathilde, sa famille et le sanatorium d’Aincourt. La plume de l’auteur est précise, sensible et bienveillante. Elle redonne une place et une mémoire à toutes les personnes ayant vécues le drame de la tuberculose et bien souvent oubliées. Je n’en ai pas fini avec Valentine Goby, j’en suis certaine.

actes

logo_rentreelitteraire

Vous aimerez aussi découvrir :

  • L’étoile d’argent de Jeannette Walls
  • Les jonquilles de Green Park de Jérôme Attal
  • Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés de Jami Attenberg

Fanny