Interview d’auteur #1 – Iona Grey nous parle de Lettres à Stella

Je débute aujourd’hui un nouveau rendez-vous qui sera surement mensuel. En effet, je suis partie du constat que les écrivains ne sont pas toujours mis en avant sur les blogs littéraires contrairement à leur livre. Je vais donc essayer de donner la parole à ceux qui nous procurent de quoi assouvir notre passion et qui voudront bien répondre à mes questions.

C’est Iona Grey qui inaugure cette nouvelle catégorie d’articles. Son premier roman Lettres à Stella (Letters to the lost en version originale) est sortie aux éditions des Escales le 12 mai 2016. Cet auteur tout droit venu du nord de l’Angleterre à accepter avec beaucoup d’enthousiasme de nous révéler quelques petites choses à propos de son roman mais aussi de sa vie d’écrivain. Mon avis sur le livre :

81OkwtGACoL     9782365691628

a9xKGj-b

1. Lettres à Stella est votre premier roman et est maintenant publié dans 12 pays. Quels sentiments ressentez-vous à cette évocation?

Un mélange d’étonnement, d’excitation et une immense reconnaissance. C’est un peu surréaliste, dans le bon sens du terme, de penser que des personnes le lisent dans autant de pays et de langues différents.

2. Racontez-nous vos habitudes d’écriture.

J’écris à plein temps tout en veillant sur ma famille. Mes enfants sont tous grands maintenant donc c’est plus facile de trouver du temps pour écrire bien que, d’une certaine manière, je trouve que ces adolescents prennent davantage de place moralement que de jeunes enfants. Je n’ai plus à les habiller le matin ou à les mettre au lit mais c’est surprenant l’effet que peut avoir sur ma capacité à me concentrer le stress des examens, l’argumentation à propos des piercings, des sorties ou des teintures pour cheveux.

3. Qu’est-ce qui a inspiré l’écriture de ce roman?

Une combinaison de plusieurs choses je pense. Depuis très longtemps, j’avais une idée en tête à propos d’une maison ordinaire dans une rue ordinaire qui serait restée longtemps vide et le  pourquoi de cette situation. Un jour, alors que je passais dans la chambre de ma fille, j’ai vu une lettre ouverte sur le bureau et la phrase « Letters to the lost » m’est venue à l’esprit. C’est cela qui m’a donné le titre (pour la version anglaise!) et une idée pour travailler autour. L’histoire a grandi ensuite.

4. Vous avez mêlé le roman avec l’espistolaire. Pourquoi avez-vous choisi ce schéma? Est-ce que cela n’a pas été trop difficile de trouver un bon équilibre?

Je savais depuis le début que ces lettres allaient jouer un rôle clé dans l’histoire car elles apportent un lien entre le présent et le passé. J’ai écrit les passages des années 1940 en premier et donc au fur et à mesure les lettres de Dan à Stella qui remplissent le temps où ils sont séparés. Je me suis assurée que je respectais bien la chronologie de la guerre. Le raid aérien auquel Dan prend part m’a donné une structure rigide autour de laquelle travailler ce qui a rendu la tâche en réalité plus facile. Ce n’est pas avant d’avoir fini l’histoire des années 1940 que je suis revenue au début du livre pour écrire le présent y compris la première lettre que Dan envoie pour essayer de retrouver Stella. A partir de ce moment, sa voix fut vraiment claire dans ma tête et j’ai adoré écrire à son propos.

5. Votre roman se déroule à Londres. Vous décrivez régulièrement la ville et ses rues. Est-ce une ville que vous connaissez bien et qui vous inspire?

Je vis dans une petite ville agricole du nord-ouest de l’Angleterre loin de Londres (dans tous les sens du terme!) mais je la visite régulièrement. Au fil des années j’en suis venue à bien la connaitre. Comme visiteur, je recherchais particulièrement tous les détails que je pourrais introduire dans un livre. J’ai souvent planifié des balades à pied autour d’une partie bien précise de la ville ou pour aller voir des bâtiments spécifiques. J’ai trouvé cela vraiment très inspirant. Bien que la ville ait été durement frappée durant le Blitz et que tant de troupes du monde entier soient passées par là pendant ces extraordinaires années de guerre, c’est incroyable à quel point elle est similaire aujourd’hui.

6. Votre roman pose la question de la femme dans la société. Était-ce important pour vous de les mettre à l’honneur ?

J’ai voulu écrire sur les femmes ordinaires parce que je pense que souvent elles ont (naturellement) été exclues de la fiction historique. Pour beaucoup de femmes, la Seconde Guerre mondiale a fourni indépendance et opportunité puisqu’elles ont été encouragées à prendre un rôle actif. Cependant, mon intérêt s’est porté vers ce que c’était que d’être laissé à la maison et d’être déconnecté des grandes avancées réalisées vers l’égalité, de vivre dans la peur pas seulement d’un ennemi étranger mais aussi d’un ennemi beaucoup plus proche de la maison. A cette époque, les femmes n’avaient souvent aucun moyen de s’enfuir loin d’un mari abusif sans le support de la loi ou de leur communauté. J’ai voulu examiner ce que cela faisait et aussi voir comment les attitudes envers plusieurs questions touchant les femmes ont changé dans les années intermédiaires.

7. La maison de Greenfields Lane a une place importante dans votre roman. Comme Daphné du Maurier, avez-vous voulu que cette demeure soit un personnage à part entière?

Je suis fascinée par les maisons. Je me trouve toujours attirée par les histoires ayant des maisons en leur centre. Pour moi, le thème de la « maison » a un pouvoir très fort. J’aime l’idée qu’elles retiennent une impression des gens qui y ont vécus et des évènements qui s’y sont déroulés. J’adore les écritures descriptives et les mises en scène et si cela évoque une maison suffisamment forte pour la faire ressentir comme un personnage à part entière, j’en serais très heureuse!

8. Jess est perdue et à la croisée des chemins. Trouver Stella lui donne un but ainsi qu’un sens à sa vie. Comment avez-vous pensé à ce personnage qui fait la connexion entre le passé et le présent?

Quand j’ai eu l’idée d’une maison vide et abandonnée, j’ai imaginé qu’elle pouvait être découverte par quelqu’un de brisé à la recherche de quelque chose d’inattendu. Jess a été un personnage très agréable à écrire car elle combine une extrême vulnérabilité avec une certaine dureté. Elle est aussi du nord de l’Angleterre que j’aime (car j’en viens aussi!).

9. Sur Instagram, j’ai cru comprendre que vous étiez en train de travailler sur un nouveau projet. Pouvez-vous nous en dire davantage?

C’est un livre avec une autre maison en son centre mais cette fois plus grande et plus grandiose. Je prends beaucoup de plaisir à imaginer les énormes et élégantes pièces et les effets qu’une époque peut avoir sur sa splendeur. L’histoire commence au tout début de la guerre, en septembre 1939, quand personne ne réalise vraiment quelles épreuves s’annoncent. C’est une période instable de bouleversements et d’incertitudes. L’ordre ancien est menacé et les circonstances réunissent des personnes des plus improbables. Et bien sûre, c’est une histoire d’amour!

10. Quels sont les romans qui vous ont le plus marqué?

Juste quand j’ai commencé à écrire Lettres à Stella un ami m’a envoyé un exemplaire de Une vie après l’autre (Life After Life) de Kate Atkinson que j’ai beaucoup aimé et trouvé extrêmement inspirant. Son premier livre, Dans les coulisses du musée (Behind the Scenes at the Museum), reste un de mes préférés. J’ai toujours trouvé les livres où le passé est vue depuis le présent complétement irrésistibles. Je me souviens du frisson que j’ai eu lorsque j’ai lu la première ligne de Le messager (The Go-between) de L. P. Hartley quand j’étais adolescente : « Le passé est un pays étrangé : ils font les choses différemment là-bas. » (« The past is a foreign country: they do things differently there. »). Un livre sur lequel je reviens encore et encore et que je recommande à chaque opportunité est La partie de chasse (The Shooting Party) de Isabel Colegate qui est très joliment écrit, évocateur et poignant. Suite Française d’Irène Nemirovsky est l’un des rares et précieux livres qui vous fait vous sentir à bout de souffle pendant la lecture et perdu à la fin.

Merci beaucoup et bon weekend!

Merci!

Pour lire la version originale de l’interview c’est par ici :

J’espère que cela vous a plu. N’hésitez pas à réagir, je me ferais un plaisir de relayer vos impressions à Iona Grey.

Interview réalisée dans le cadre du mois anglais.

11694975_1578774289054555_2528089989659185866_n

Fanny

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Publicités

13 commentaires sur « Interview d’auteur #1 – Iona Grey nous parle de Lettres à Stella »

  1. Ohhh, quelle belle intervieuw ! Je suis justement en plein dans ma lecture de son roman et je l’adore ! Ces réponses sont très agréables, et j’ai bien aimé la naissance de l’idée : la lettre sur le bureau de sa fille et la phrase qui a donné le titre au livre ! J’ignorais qu’elle était sur Instagram, je vais aller la rechercher !!!
    Une excellente idée ce rendez-vous ! Je suis curieuse de voir qui sera le 2nd auteur 🙂

  2. Très très chouette billet et nouveau rendez-vous ! J’ai adoré lire les réponses de l’auteur et mtnt j’ai encore plus envie de lire son roman !! Tous les romans qu’elle évoque m’intriguent et deux sont dans ma PAL 🙂 et je ne parle pas de son futur roman qui m’a l’air extrêmement prometteur !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s