Un océan d’amour de Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione

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Résumé de l’éditeur : Chaque matin, Monsieur part pêcher au large des côtes bretonnes. Mais ce jour-là, c’est lui qui est pêché par un effrayant bateau-usine. Pendant ce temps, Madame attend. Sourde aux complaintes des bigoudènes, convaincue que son homme est en vie, elle part à sa recherche. C’est le début d’un périlleux chassé-croisé, sur un océan dans tous ses états. Une histoire muette avec moult mouettes.

Cette bande dessinée me tentait énormément depuis sa sortie. Entre les premiers visuels dévoilés et les avis élogieux, je ne pouvais passer à côté. Je me suis tout de suite prise au jeu de cet ouvrage muet. En effet aucun texte n’est présent : ni narration, ni dialogue. J’avoue m’être beaucoup amusée à imaginer les paroles avec les intonations qui vont bien et autres onomatopées dans ma tête. L’histoire est une vraie aventure qui bouscule la vie et les habitudes d’un vieux couple de bretons. Il y a du rythme et des rebondissements. Le tout est drôle, attendrissant mais aussi dramatique parfois. Le scénario est écrit d’une main de maître.

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Les planches sont superbes. Nous allons de petites vignettes en dessins en pleine page. Il n’y a ainsi aucune monotonie. Le rythme est sans cesse relancé. Chaque page nous donne l’occasion de découvrir tout plein de détails que les auteurs ont inséré ici et là. Les dessins sont superbes à la fois simple et travaillé. Le grain de l’ensemble est agréable à regarder. Les couleurs sont bien choisies avec ces camaïeux de bleu, de vert, de jaune. Le fait qu’il n’y ait aucun texte nécessite forcément de trouver une contrepartie afin que le lecteur comprenne ce qu’il se passe. Les expressions des personnages pallie en grande partie à ce manque.

Le parti pris est original et complétement assumé. Le challenge est une réussite. Cette bande dessinée muette est un petit bijou. Qu’il s’agisse du scénario, de l’ambiance, du dessin ou des couleurs, tout est soigné et pensé. A déguster !

Lu dans le cadre de « La BD fait son festival » par PriceMinister-Rakuten.

BDFestival

Fanny

Le Singe de Hartlepool de Jérémie Moreau et Wilfrid Lupano

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Début du XIXe siècle durant les campagnes napoléoniennes, un navire français échoue sur les cotes anglaises en tentant d’attaquer le pays. Un survivant est retrouvé sur la plage d’Hartlepool. Il s’agit du singe mascotte du navire français. Les anglais le découvre. C’est comme ceci que débute l’histoire et que nous suivons les déboires de cet animal qui n’a pas choisi son camps.

Aveuglé par leur haine, les habitants d’Hartlepool ne s’aperçoivent même pas qu’il s’agit d’un singe. Pour eux, c’est simplement un français mangeur de grenouilles et d’escargots et vont lui faire subir les pires atrocités. Les français ne sont pas en reste puisque lorsque leur navire est encore à flot, les quolibets ne manquent pas! Cette bande dessinée raconte donc l’histoire du sentiment nationaliste à l’extrême qui mène à cette haine absurde entre anglais et français. Le pire c’est que les enfants reproduisent ce que les adultes font par le jeu certes mais ce n’est pas anodin. Il existe tout de même certains personnages clairvoyants et qui relève le niveau d’intelligence des autres protagonistes.

Les dessins sont parfois assez brutaux et crus. Cette bande dessinée est tantôt cruelle tantôt drôle par l’ironie, l’absurdité des agissements et à la physionomie caricaturale de tous ces personnages et par des dialogues percutants.

Il y a beaucoup de leçons à relever de cette bande dessinée. Elle est instructive par son sujet (il s’agit en fait d’une légende locale à Hartlepool) mais elle dénonce aussi. Les auteurs ne nous épargnent aucune atrocité pour nous montrer jusqu’où le genre humain est près à aller par nationalisme ou/et racisme. Ils mettent en avant et dénoncent l’ignorance, l’intolérance et la bêtise humaine. Ceci ne fait qu’accentuer le fait qu’en deux siècles rien n’a vraiment changé… Pour faire bref : une BD marquante et réussie!

Merci à ma copinaute Céline qui m’a donné envie de la lire. Sa chronique est par là :

Fanny