Broadway Limited, Tome 2 : Un shim sham avec Fred Astaire de Malika Ferdjoukh

Résumé de l’éditeur : Janvier 1949. Six. Elles sont six à souffler sur leurs doigts quand le brouillard s’attarde sur New York. Avant de se réchauffer dans la cuisine de l’honorable pension Giboulée, où elles partagent aussi leurs rêves fous, leurs escarpins trop pointus et quelques pancakes joufflus. Un jour, elles seront comédiennes ou danseuses, et Broadway sera à leurs pieds. En attendant, Hadley, Manhattan, Page, Chic, Etchika et Ursula courent les théâtres, les annonces, les auditions, les cachets – New York est une ville fabuleuse à condition d’avoir des sparadraps dans son sac. Elles ont 19 ans ou à peine plus, et elles donneraient tout pour réussir, elles qui n’ont rien, en dehors de leur talent. Cela peut-il suffire dans cette Amérique d’après-guerre qui ne fait pas de cadeau ? Pas sûr. Mais si elles n’y croient pas, si elles n’y croient pas scandaleusement, qui y croira ?

Trois années d’attente afin de pouvoir déguster la suite des aventures des habitants de la pension Giboulée. Le temps fut bien long mais quel bonheur d’avoir enfin retrouvé toute cette ribambelle de personnages, toute cette agitation et le New-York de la fin des années 40. Malika Ferdjoukh nous offre un roman au rythme endiablé. Pas de temps mort pour nos héros, l’avenir n’attend qu’eux. Grâce à la fantaisie naturelle de la romancière, c’est une nouvelle fois un régal de découvrir jeux de mots et répartie. Les protagonistes possèdent un charisme fou et provoquent une empathie immédiate. Je nourris un attachement tellement fort pour eux que je suis déjà impatiente de bientôt les retrouver.

Malika Ferdjoukh nous fait passer par toute une palette de sentiments : joie, nostalgie, déception, émotion. Certaines scènes m’ont brisé le cœur. D’autres m’ont au contraire gonflée d’espoir. La romancière distille finement des élèments historiques comme la chasse aux communistes ou encore la ségrégation raciale. Ce roman est aussi l’occasion de croiser de nombreuses célébrités de cette époque. Je retiendrais l’apparition tonitruante de Billie Holiday et l’arrivée du fabuleux Fred Astaire. Avec magie, elle fait revivre toutes ces grandes figures de la scène artistique américaine des années 40 et 50. Les nombreuses références au cinéma et à la musique ne sont pas en reste.

Cela fait plusieurs années que j’admire Malika Ferdkoukh, son talent de conteuse et son sens de la répartie. Chaque lecture ne fait que confirmer ce sentiment. Un shim sham avec Fred Astaire apporte à son lecteur ce qu’il faut de magie, de rêve mais aussi d’un certain réalisme. Je ne peux qu’être reconnaissante envers cette écrivaine d’apporter autant de fantaisie dans nos vies d’adulte.

D’autres romans de Malika Ferdjoukh à découvrir :

  • Broadway Limited, Tome 1 : Un dîner avec Cary Grant 
  • Chaque soir à 11 heures
  • Fais-moi peur
  • Quatre sœurs
  • Taille 42

Fanny

Les inséparables : Simone Veil et ses sœurs de Dominique Missika

Résumé de l’éditeur : Elles sont trois sœurs : Madeleine, Denise et Simone Jacob, rescapées des camps de la mort. Madeleine, dite Milou, et Simone déportées avec leur mère Yvonne parce que juives à Auschwitz et à Bergen-Belsen ; Denise, à Ravensbrück. Rapatriées en mai 1945, Milou et Simone apprennent à Denise, déjà rentrée, que leur mère est morte d’épuisement. De leur père, André, et de leur frère Jean, elles espèrent des nouvelles. Déportés en Lituanie, ils ne reviendront jamais. Pour les sœurs Jacob, le retour est tragique. À la Libération, on fête les résistants, mais qui a envie d’écouter le récit des survivants ? Milou et Simone ne rencontrent qu’indifférence, incompréhension et gêne, alors elles se taisent. Mais, peu à peu, la vie reprend ses droits. Les jeunes femmes semblent heureuses quand, en 1952, Milou meurt dans un accident de voiture. Denise et Simone restent les deux seules survivantes d’une famille décimée. Plus que jamais inséparables.

Dominique Missika, spécialiste de la Résistance et de la Déportation durant la Seconde Guerre mondiale, nous propose un nouvel ouvrage consacré à la famille Jacob dont est issue Simone Veil. Les entrevues avec cette dernière et sa grande soeur Denise Vernay mais aussi les recherches de l’historienne ont permis la publication de ce livre. Avec simplicité et clarté, le parcours vers l’horreur, l’indicible et l’incompréhensible nous est dévoilé. L’historienne détaille particulièrement les maux psychologiques de l’après et du retour à un semblant de normalité. Toute leur vie, des fantômes vont poursuivre Denise et Simone.  Elles vont tout de même réussir à en faire une force pour se hisser vers des destins hors du commun.

Je me dois d’être franche. Je n’ai pas forcémment appris beaucoup d’élément avec à ce livre. En effet, j’ai lu il y a plusieurs années Une jeunesse au temps de la Shoah (première partie de la l’autobiographie de Simone Veil). Je me suis également pas mal documentée sur le retour des déportés pour des raisons familiales et plus particulièrement généalogiques, mon grand-père ayant été forcé au Service de travail obligatoire (STO). Ce dernier n’est d’ailleurs jamais mentionné dans cet ouvrage contrairement à d’autres types de déportation, à croire que les STO semblent toujours aussi peu considérés même 75 ans après. Cela n’enlève rien à la qualité du travail de Dominique Missika tout à fait louable et documenté.

Les inséparables est un bon livre pour découvrir Simone Veil et plus largement la famille Jacob. C’est aussi un bon moyen de débuter avec le sujet de la Déportation. Il permet de comprendre les rouages psychologiques qu’impliquent une telle expérience et un tel retour brutal au quotidien. Si vous souhaitez aller plus loin, je ne peux que vous conseillez d’aller vers l’autobiographie édifiante et très intéressante de Simone Veil.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Croquis d’une vie de bohème de Lesley Blanch
  • Rebelles honorables de Jessica Mitford
  • Une jeunesse au temps de la Shoah de Simone Veil

Fanny

Ma dévotion de Julia Kerninon / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : Quelle est la nature du sentiment qui lia toute sa vie Helen à Frank ? Il faut leurs retrouvailles, par hasard à Londres, pour qu’elle revisite le cours de leur double existence. Elle n’espérait plus le revoir – tous deux ont atteint les 80 ans – et l’on comprend qu’un événement tragique a mis fin à leur relation. Dans un retour sur soi, la vieille dame met à plat ces années passées avec, ou loin, de Frank, qu’elle aida à devenir un peintre célèbre. Une vie de femme dessinée dans toutes ses subtilités et ses contradictions. Dans ce quatrième roman, Julia Kerninon, qui a obtenu de nombreux prix pour ses précédents livres, déploie plus encore ses longues phrases fluides et imagées, d’une impeccable rythmique.

Julia Kerninon m’était totalement inconnue avant de lire ce roman. J’ai d’abord découvert une plume. Cette dernière est travaillée, ciselée et méticuleusement façonnée pour faire ressentir aux lecteurs toutes les émotions contenues dans le récit. Ce dernier est à fleur de peau, tout en sensations et en ressentis. Nous découvrons un couple qui n’en est pas vraiment un. Helen et Frank passent leur vie à se chercher, à se trouver et à se perdre.  Nous les suivons entre Londres, Rome, Amsterdam et la Normandie. La romancière nous décrit une relation destructrice dont la conclusion est connue d’avance.

Helen est la narratrice de ce roman et s’adresse à Frank. Un monologue s’engage comme dans une longue conversation, une longue lettre où les souvenirs refont surface. Avec une certaine mélancolie, un lent flashback s’installe et se précise. Il déroule toute une vie faite d’abnégation et finalement de regrets. Julia Kerninon nous montre ce qu’il y a de plus beau dans l’acte de création mais aussi la face sombre. En effet, les concessions, les exigences et les égarements sont nombreux. Helen en fait les frais et nettoie les pots cassés des secrets, des révélations et des dérapages.

Avec Ma dévotion, Julia Kerninon nous offre un roman à fleur de peau. Les phrases ciselées et le ton mélancolique se dégagent nettement. J’ai aimé suivre cette histoire d’amour plutôt hors du commun. La romancière possède un style bien à elle et très agréable à découvrir.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Baïnes de France Cavalie
  • La lumière des étoiles mortes de John Banville
  • Mémoire d’elles de T. Greenwood

Fanny

Le prince à la petite tasse d’Émilie de Turckheim / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : Un jour, j’ai dit : « Ils sont des milliers à dormir dehors. Quelqu’un pourrait habiter chez nous, peut-être ? » Et Fabrice a dit : « Oui, il faudra juste acheter un lit. » Et notre fils Marius a dit : « Faudra apprendre sa langue avant qu’il arrive. » Et son petit frère Noé a ajouté : « Faudra surtout lui apprendre à joueraux cartes, parce qu’on adore jouer aux cartes, nous ! » Pendant neuf mois, Émilie, Fabrice et leurs deux enfants ont accueilli dans leur appartement parisien Reza, un jeune Afghan qui a fui son pays en guerre à l’âge de douze ans. Ce journal lumineux retrace la formidable aventure de ces mois passés à se découvrir et à retrouver ce qu’on avait égaré en chemin : l’espoir et la fraternité.

La crise des migrants est un sujet d’actualité brûlant. Plus que cela, c’est un fait bien réel et qui n’est pas prêt de s’essouffler. La littérature s’en est emparée depuis quelques années avec la parution de romans et d’enquêtes. Émile de Turckheim nous propose ici une forme toute différente. En effet, elle nous livre le journal qu’elle a écrit presque au quotidien pendant l’année où sa famille a accueilli Reza, un jeune migrant afghan. Deux mondes s’opposent. D’abord, cette famille d’accueil française classique et modeste mais vivant confortablement. Ensuite, ce jeune homme déraciné qui a tout laissé derrière lui. Malgré la difficulté de la situation, ils vont se rejoindre en mettant tout en œuvre pour se comprendre et avancer.

Ici pas question de politique ni de tentative de moralisation. Sans aucune arrière-pensée, Émilie de Turckheim nous propose son expérience. Comment réagir face à l’inconnu, à l’étranger, au drame que vivent des milliers de personnes? Ce témoignage laisse une grande place à la parole. Il est question de la barrière de la langue et de la difficulté à se comprendre. Certains passages sont très drôles. Ils sont d’ailleurs souvent liés au langage (allez expliquer certains mots totalement inexplicables!). La place du livre, de la littérature, de la poésie, de l’écriture chez l’écrivaine est aussi très présente. Reza est attachant, il porte en lui une farouche générosité ainsi qu’une grandeur d’âme malgré son long voyage et ses maux.

Ce témoignage m’a beaucoup intéressée. Sans moralisation ni arrière-pensée politique, Émilie de Turckheim nous livre un témoignage aussi édifiant qu’éclairant grâce à un mélange d’humour, de drames sous-jacents, de naïveté et de peur aussi. Reza est très attachant. J’avoue m’interroger sur son devenir ainsi que sur celui de sa mère et de son entourage.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  •  La cuisinière de Mary Beth Keane
  • Le plus beau de tous les pays de Grace McCLeen
  • Rebelles honorables de Jessica Mitford

Fanny

La révolte de Clara Dupont-Monod / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : « Sa robe caresse le sol. À cet instant, nous sommes comme les pierres des voûtes, immobiles et sans souffle. Mais ce qui raidit mes frères, ce n’est pas l’indifférence, car ils sont habitués à ne pas être regardés ; ni non plus la solennité de l’entretien – tout ce qui touche à Aliénor est solennel. Non, ce qui nous fige, à cet instant-là, c’est sa voix. Car c’est d’une voix douce, pleine de menaces, que ma mère ordonne d’aller renverser notre père. » Aliénor d’Aquitaine racontée par son fils Richard Coeur de Lion.

Après Le roi disait que j’étais diable, Clara Dupont-Monod nous propose un second roman consacré à Aliénor d’Aquitaine. Véritable figure légendaire de l’Histoire, cette dernière a déjà fait couler beaucoup d’encre. La romancière nous propose ici de découvrir la seconde partie de l’existence d’Aliénor, alors qu’elle va bientôt devenir reine d’Angleterre aux côtés de son second époux Henri II. Leur fils, Richard Cœur de Lion, sert de narrateur. Son regard est clairement partial envers sa mère. Leur complicité, leur connivence, leur amour indéfectible sont au cœur du récit. L’action se déroule entre l’Angleterre, l’Aquitaine et Saint-Jean-d’Acre (dans l’actuel Israël).

Clara Dupont-Monod fait renaître le Moyen-Âge avec panache. Elle dépoussière cette période qui peut parfois paraître obscure et rustre. On croise notamment Louis VII ou encore Saladin. Le style d’écriture, fait de phrases courtes, est percutant. J’avoue m’être laissée prendre par la main très facilement et avoir suivi cette histoire avec beaucoup de passion. Arrangements matrimoniaux, tentatives de parricide et de régicide,  trahisons et  croisades sont le lot des Plantagenêt. Cependant, Aliénor est bien l’héroïne de ce roman, suivie de très près par Richard. On découvre une femme forte et déterminée, que même les duperies ne font pas plier.

La révolte est un roman passionnant, prenant et très bien écrit. J’ai beaucoup aimé le style de Clara Dupont-Monod, vif et percutant. Ce roman nous fait découvrir Aliénor d’Aquitaine et Richard Cœur de Lion d’une façon originale. C’est aussi le récit des enjeux et des luttes de pouvoir qui régissent le Moyen-Âge.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Chez les heureux du monde d’Edith Wharton
  • Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain
  • Le roi disait que j’étais diable de Clara Dupont-Monod

Fanny

Chien-Loup de Serge Joncour / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : L’idée de passer tout l’été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecœur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L’annonce parlait d’un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cet endroit que personne n’habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s’est imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître. En arrivant cet été-là, Franck croyait encore que la nature, qu’on avait apprivoisée aussi bien qu’un animal de compagnie, n’avait plus rien de sauvage ; il pensait que les guerres du passé, où les hommes s’entretuaient, avaient cédé la place à des guerres plus insidieuses, moins meurtrières. Ça, c’était en arrivant.

Serge Joncour avait attiré mon attention avec ses précédents romans sans que j’ai l’occasion d’en découvrir un seul. Voilà qui est chose faite avec Chien-Loup. Malheureusement, ma rencontre avec l’auteur ne s’est pas tout à fait passée comme prévu. En effet, j’ai eu bien des difficultés à aller au bout de ce roman. Les descriptions m’ont paru répétitives. Cette impression de redondance s’est rapidement installée suivi d’une certaine lassitude. L’auteur construit son roman sur deux temporalités, la première contemporaine et la seconde pendant la Première Guerre mondiale sans qu’aucune ne se démarque véritablement.

Serge Joncour aborde pourtant des questions intéressantes, certaines dans l’air du temps. La place de l’animal, la part sauvage de l’homme et la relation entre l’homme et l’animal sont interrogées mais sans vraiment apporter de point de vue ou d’engagement. C’est aussi le retour au source, à la nature dans un monde de connexion et de surconsommation qui est exposé. Les personnages sont assez insaisissables. Malgré leur ressemblance avec la majorité d’entre nous, ils m’ont paru caricaturaux et finalement peu crédibles. Pour tout vous dire, ce roman me laisse une impression assez étrange dont j’ai bien du mal à pointer la cause et à expliquer.

Vous l’aurez compris, je manque quelque peu d’enthousiasme pour écrire à propos de ce livre. J’ai l’impression d’être passée complétement à côté de ce roman et de son message. Je n’aime pas rester sur une mauvaise impression, j’espère donc découvrir un autre ouvrage de Serge Joncour prochainement. Je suis preneuse de tous vos conseils!

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • La maison des hautes falaises de Karen Viggers
  • Mon dernier continent de Midge Raymond
  • Soudain, seuls d’Isabelle Autissier

Fanny

Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : « Les mots des autres m’ont nourrie, portée, infusé leur énergie et leurs émotions. Jusqu’à la mort de mon frère, le 14 octobre 2015 à Montréal, je ne voyais pas la nécessité d’écrire. Le suicide d’Alex m’a transpercée de chagrin, m’a mise aussi dans une colère folle. Parce qu’un suicide, c’est la double peine, la violence de la disparition génère un silence gêné qui prend toute la place, empêchant même de se souvenir des jours heureux. Moi, je ne voulais pas me taire. Alex était un être flamboyant, il a eu une existence belle, pleine, passionnante, aimante et aimée. Il s’est battu contre la mélancolie, elle a gagné. Raconter son courage, dire le bonheur que j’ai eu de l’avoir comme frère, m’a semblé vital. Je ne voulais ni faire mon deuil ni céder à la désolation. Je désirais inventer une manière joyeuse d’être triste. Les morts peuvent nous rendre plus libres, plus vivants. »

Qu’est-ce qui pousse un homme brillant, drôle et entouré à mettre fin à ses jours? C’est la question à laquelle tente de répondre Olivia de Lamberterie dans son tout premier livre, véritable linceul pour son petit-frère Alexandre. Je vous préviens tout de suite, cet ouvrage est un coup de cœur. J’ai tourné chaque page avec cette impression de retenir ma respiration, comme en apnée. Ce livre touche à une peur qu’on porte tous en nous : la perte. Paradoxalement, le sujet est difficile mais j’ai eu bien du mal à quitter Olivia et Alexandre. Nous apprenons à les connaître : leur enfance, leur complicité, leur parcours, leur part d’ombre.

Ce livre est écrit sur le vif, en témoigne la spontanéité qui se dégage de chaque phrase. Avec sa plume franche, Olivia de Lamberterie fait revivre son petit frère. Elle donne ainsi un pouvoir unique à chaque lecteur : redonner à leur tour une nouvelle existence à Alex. Face à son chagrin, l’écrivaine a décidé d’« inventer une manière joyeuse d’être triste ». Plusieurs passages sont donc très drôles grâce à des anecdotes, des situations improbables ou des expressions. C’est aussi le combat contre la noirceur qui s’installe inéluctablement. La psychiatrie n’en est finalement qu’à ses balbutiements et les diagnostics sont bien difficiles à poser.

Olivia dépose tout ce qu’elle a sur le cœur entre les pages de son livre. Elle ne tente pas de repousser à tout prix son chagrin mais plutôt de vivre avec et de faire au mieux. Cette idée a fait écho en moi. Ce livre est déchirant, percutant, édifiant sur bien des élèments mais aussi joyeux par moment. C’est une pépite à l’état brut, clairvoyante et si vraie. Je ne peux que vous conseiller de faite revivre Alex à votre tour en lisant les mots d’Olivia de Lamberterie.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Chronique d’hiver de Paul Auster
  • Croquis d’une vie de bohème de Lesley Blanch
  • La vocation de Sophie Fontanel

Fanny

Tu t’appelais Maria Schneider de Vanessa Schneider / Rentrée littéraire 2018

Résumé de l’éditeur : « Tu étais libre et sauvage. D’une beauté à couper le souffle. Tu n’étais plus une enfant, pas encore une adulte quand tu enflammas la pellicule du Dernier Tango à Paris, un huis clos de sexe et de violence avec Marlon Brando. Tu étais ma cousine. J’étais une petite fille et tu étais célèbre. Tu avais eu plusieurs vies déjà et de premières fêlures. Tu avais quitté ta mère à quinze ans pour venir vivre chez mes parents. Ce Tango marquait le début d’une grande carrière, voulais-tu croire. Il fut le linceul de tes rêves. Tu n’étais préparée à rien, ni à la gloire, ni au scandale. Tu as continué à tourner, mais la douleur s’est installée. Cette histoire, nous nous étions dit que nous l’écririons ensemble. Tu es partie et je m’y suis attelée seule, avec mes souvenirs, mes songes et les traces que tu as laissées derrière toi. Ce livre parle beaucoup de toi et un peu de moi. De cinéma, de politique, des années soixante-dix, de notre famille de fous, de drogue et de suicide, de fêtes et de rires éclatants aussi. Il nous embarque à Londres, à Paris, en Californie, à New York et au Brésil. On y croise les nôtres et ceux qui ont compté, Alain Delon, Brigitte Bardot, Patti Smith, Marlon Brandon, Nan Goldin… Ce livre est pour toi, Maria. Je ne sais pas si c’est le récit que tu aurais souhaité, mais c’est le roman que j’ai voulu écrire ».

Pour commencer, je dois bien avouer que Maria Schneider m’était totalement inconnue. J’ouvre donc ce livre et je découvre. Je découvre une jeune femme dépassée par le scandale d’un film dont elle partage l’affiche avec Marlon Brando, Le dernier tango à Paris. Ce dernier la poursuivra toute sa vie. Se dessinent aussi l’enfer de la drogue, de la dépression, de l’aigreur parfois et du rouleau-compresseur de la grosse machine du cinéma. Une vie faite de désillusion, de déchéance mais aussi de rares joies et d’envies. L’écrivaine utilise son livre comme medium pour entamer une conversation avec Maria. Elle emploie le tutoiement de la première à la dernière page. Vanessa Schneider nous propose un portrait sans concession de sa célèbre cousine. Elle la décrit comme une grande sœur dont l’écart d’âge important lui confère une aura mystérieuse, un peu floue mais provoque une fascination chez la jeune fille puis une véritable obsession.

Vanessa Schneider nous livre sa vérité. Sa colère est clairement présente, contre le réalisateur du Dernier tango à Paris, contre les personnes ayant laissées tomber Maria au fil des ans, contre les secrets des plateaux de tournage, contre le manque de tact et de respect des médias. Cependant, derrière le portrait de l’actrice, il est aussi question du parcours de Vanessa, de son enfance dans une famille hors du commun dans les années 80, de son adolescence puis de sa complicité d’adulte avec Maria. Il est dommage qu’une fois la dernière page du livre tournée, l’impression du souhait absolu de Vanessa Schneider d’une réhabilitation à tout prix prenne beaucoup de place. Il manque la voix et l’opinion de Maria que j’aurais beaucoup aimé lire. Elle en aurait eu des choses à nous raconter, mais elle n’aura jamais eu l’occasion de s’exprimer réellement. Ceci me laisse un goût un peu amer lorsque je repense à elle.

Vanessa Schneider nous livre le récit intime de l’existence éprouvante de Maria Schneider. La sincérité et la tendresse qui transparaissent de ces pages sont touchantes. Une certaine colère est également présente tout comme l’envie d’une réhabilitation. Cette dernière est louable puisqu’elle redonne une voix à Maria, mais elle est peut-être un peu trop prégnante dans certains passages.

Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2019.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Gala et Dali : de l’autre côté du miroir de Dominique de Gasquet
  • Mariage en douce d’Ariane Chemin
  • Vivre vite de Philippe Besson

Fanny

La vie rêvée de Gabrielle de Lyliane Mosca

Résumé de l’éditeur : La vie de Gabrielle Renard est un roman. Un roman vrai et en couleurs qui commence en 1894, quand, toute jeune, elle quitte sa Champagne natale pour devenir bonne à Paris chez les Renoir. Sa beauté simple mais rayonnante lui vaut de poser bientôt pour le célèbre peintre. Également nourrice du petit Jean, le futur cinéaste, elle contribue grandement à son éducation. De cette complicité, de cette tendresse, Renoir saisit sur la toile les instants pleins de grâce. Gabrielle suit la famille au gré de ses pérégrinations et de ses secrets, et côtoie de grands artistes : Manet, Degas… Toujours disponible quand le maître la réclame comme modèle, toujours admirative, de plus en plus experte en art… Ainsi va la vie hors du commun de Gabrielle dans l’intimité de deux artistes majeurs du XXe siècle.

Pierre-Auguste Renoir, peintre impressionniste connu et reconnu, a été maintes fois raconté. Avec son dernier roman, Lyliane Mosca nous introduit dans le cercle Renoir par un biais inédit. En effet, elle nous propose de suivre les pas de Gabrielle Renard. Cette dernière quitte sa campagne champenoise pour entrer au service de la famille du peintre. Elle leur sera fidèle jusqu’à la fin de sa vie. Grâce à son écriture simple et vivante, la romancière nous fait partager le quotidien de tout ce petit monde entre Paris, Essoyes et la Côte d’Azur. C’est le récit d’une relation de confiance et de confidence avec Pierre-Auguste mais aussi de grande complicité avec Jean, l’un des fils et futur cinéaste.

Gabrielle est un personnage assez incroyable. Son naturel, son franc-parler et son authenticité lui attirent les sympathies de tous sauf de la femme de Renoir, Aline. Cette dernière la bat froid à la moindre occasion. Son destin est assez exceptionnel et hors du commun. Elle est domestique, cuisinière, infirmière, nourrice et surtout l’un des modèles fétiches de Pierre-Auguste. Son existence la mènera même à finir ses jours à Los Angeles dans le giron de Jean Renoir. Nous assistons également bien impuissant à l’hiver de la vie de Pierre-Auguste Renoir. La polyarthrite le fait souffrir et limite ses mouvements mais il garde toujours cette envie de peindre et de fixer la lumière et les couleurs sur la toile.

© RMN-Grand Palais (musée de l'Orangerie) / Hervé Lewandowski
Gabrielle et Jean (1895-1896)

Comme vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce roman. Avec simplicité, un certain charme et une tendresse pour ses personnages, Lyliane Mosca nous dévoile le quotidien des Renoir, des anecdotes méconnues mais aussi un très beau portrait de femme au destin étonnant. Je suis ressortie enchantée de cette lecture tout en ayant l’impression d’avoir appris beaucoup. J’ai eu la chance d’interviewer l’écrivaine lors du salon Le livre sur la place à Nancy. La transcription devrait arriver sous peu sur le blog.

Vous aimerez aussi découvrir :

  • Deux remords de Claude Monet de Michel Bernard
  • L’atelier des poisons de Sylvie Gibert
  • Les attentifs de Marc Mauguin

Fanny

 

Les déracinés de Catherine Bardon

Résumé de l’éditeur : Vienne, 1932. Au milieu du joyeux tumulte des cafés, Wilhelm, journaliste, rencontre Almah, libre et radieuse. Mais la montée de l’antisémitisme vient assombrir leur idylle. Au bout de quelques années, ils n’auront plus le choix ; les voilà condamnés à l’exil. Commence alors une longue errance de pays en pays, d’illusions en désillusions. Jusqu’à ce qu’on leur fasse une proposition inattendue : fonder une colonie en République dominicaine. En effet, le dictateur local a offert cent mille visas à des Juifs venus du Reich. Là, au milieu de la jungle brûlante, tout est à construire : leur ville, leur vie. Fondée sur des faits réels, cette fresque au souffle admirable révèle un pan méconnu de notre histoire. Elle dépeint le sort des êtres pris dans les turbulences du temps, la perte des rêves de jeunesse, la douleur de l’exil et la quête des racines.

Ce roman s’ouvre en 1932 alors que Vienne est encore une capitale prospère et en pleine effervescence culturelle. Catherine Bardon décrit très bien le glissement qui s’ensuit vers le totalitarisme, l’antisémitisme et la terreur d’une partie de la population. Wilhelm et Alma doivent se résoudre à tout laisser derrière eux : leur famille, leur souvenir, leur vie et ce sans savoir ce qui les attend. Le sort va les conduire en République dominicaine, dictature acceptant l’arrivée de juifs en exil. Ce roman ajoute sa pierre à tous les récits sur la Seconde Guerre mondiale. En effet, je n’avais aucune idée du rôle de ce territoire des Caraïbes pendant cette période trouble de l’histoire contemporaine. Je ne vous en dis pas davantage mais sachez que c’est passionnant.

Les descriptions de Vienne sont très belles, de quoi donner des envies de déambulation au cœur de la capitale autrichienne. L’écrivaine n’oublie pas d’évoquer tout ce que sous-entend un déracinement forcé et le parcours du combattant pour tenter de tout reconstruire sans aucun repère. Le physique et le mental ne sont pas épargnés, c’est le moins que l’on puisse dire. Quelles épreuves! Certains passages sont d’ailleurs poignants, déchirants et m’ont beaucoup émue. La chronologie est rapide, ce qui maintient le lecteur en haleine et attentif. Le récit s’essouffle à certains rares moments pour mieux se relancer par la suite. La plume de Catherine Bardon m’a paru soignée et fluide.

Ce premier roman est une très belle découverte. Je ressors de cette lecture avec cette impression que j’apprécie par dessus tout d’avoir appris quelque chose. Le contexte de Vienne puis de la République dominicaine dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale est très intéressant. Il en va de même avec toutes les autres thématiques abordées mais aussi avec la galerie de personnages que j’ai grandement apprécié suivre. Catherine Bardon est une écrivaine que je suivrais, c’est certain.

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  • Les jonquilles de Green Park de Jérôme Attal
  • Lettres à Stella de Iona Grey
  • Taille 42 de Malika Ferdjoukh

Fanny